• Poèmes de pays divers

    3 pages

  • Nuit africaine

     

    La nuit étend son voile bleuté

    Sur la forêt équatoriale...

    Partout, le silence sert d'écrin

    Aux cris stridents des singes sacrés,

    Et aux feulements graves des fauves

    Étreignant la vie des gazelles...

     

    Dans la savane, le murmure du vent

    Charme le génie de la nuit.

    Porteur des promesses d'une aube nouvelle

    Aux herbes couvertes de rosée.

    Bientôt luira la vie,

    Et ses enfants couleur de nuit

    Jailliront au bonheur D’être noirs...

     

    Kama Kamanda Né en 1952, RD Congo

    Extrait du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique

     

    photo Pixabay


    2 commentaires
  •  

    Je suis né

     

    Je suis né dans un village

    Perdu des savanes,

    Dans la chaleur du Sahel,

    Où la pluie nous vient des rivières !

    Chaque pierre

    A son histoire !

    Chaque feuille,

    Son histoire !

    C’est le lieu où se retrouvent

    Patiemment rassemblés

    Dans le coeur des aînés,

    Tous les souvenirs des fonds antiques !

    C'est

    Une terre d’originalité,

    Une terre de fidélité,

    Où la case comme le ruisseau

    Le rocher comme la rivière

    Ne sont pas comme ailleurs ;

    Où l’homme est producteur,

    Et le producteur,

    À l’échelle des hommes ;

    Où l’artisan Et le fabricant,

    Suivent leur œuvre

    Avec une patiente ténacité

    Pour lui transmettre le réel d'eux-mêmes.

     

    Frédéric Pacéré Titinga Né en 1943» Burkina Faso

    Extrait du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique

     

    Poèmes extraits du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique (je suis né)

    Marrakech


    2 commentaires
  • Midi

     

    Tout est silence dans la maison, la cour est déserte;

    les canards bleus, les canards verts, les canards blancs

    sont rangés, comme si on leur avait coupé la tête,

    l’un à côté de l’autre au bord de l’étang.

     

    Le chien, dans sa niche de paille et d’ombre,

    le museau sur ses pattes, ronfle,

    et seul le bout de son museau se montre.

     

    De temps en temps seulement, on voit

    un paquet de moineaux qui se laisse tomber du toit ;

    ils font dans l’air une tache légère,

    puis ils se roulent dans la poussière,

     

    ils font alors une petite fumée.

    Oh ! apportez-moi

    une de ces pommes pas encore mûres,

    pleines d’acidité,

    qu’on cueille aux arbres du verger,

    avant le temps, avec la queue,

    et dont le jus entre les dents

    a une fraîcheur délicieuse.

     

    Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) Suisse

    Extrait du livre : 100 poèmes du monde pour les enfants

     

    Poèmes de pays divers : 100 poèmes du monde pour les enfants (Midi)

    Blérancourt


    votre commentaire

  • votre commentaire
  • Souffle (extrait)

     

    Écoute plus souvent

    Les choses que les êtres.

    La voix du feu s'entend,

    Entends la voix de l’eau.

    Écoute dans le vent

    Le buisson en sanglots :

    C'est le souffle des ancêtres.

     

    Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

    Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire

    Et dans l’ombre qui s'épaissit.

    Les morts ne sont pas sous la terre :

    Ils sont dans l'arbre qui frémit,

    Ils sont dans le bois qui gémit,

    Ils sont dans l’eau qui coule,

    Ils sont dans l’eau qui dort,

    Ils sont dans la case, ils sont dans la foule :

    Les morts ne sont pas morts.

     

    Birago Diop 1906-1989, Sénégal

    Extrait du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique

     

    Poèmes extraits du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique ( Souffle)

    Photo Renal Chacra


    1 commentaire
  • Pays lointains

     

    Grimper au cerisier ? qui peut bien

    C’est moi, le bambin.

    J’ai pris la malle dans mes deux mains

    Et scruté les pays lointains.

     

    J’ai vu le jardin d’à côté

    De mes yeux vu, resplendissant de fleurs,

    Et tout plein, tout plus de lieux enchanteurs

    Qu’il m’en avait été donné.

     

    J’ai vu passer la rivière et ses rides

    Puis se muer en miroir bleu des cieux ;

    Monter et puis descendre les sentiers poussiéreux

    Avec les gens clopinant vers la ville.

     

    Si je pouvais trouver arbre plus haut

    Plus loin, plus loin encor je pourrais voir,

    Jusqu’où la rivière adulte s’en va choir

    Dans la mer au milieu des bateaux,

     

    Jusqu’où les routes de chaque côté

    Mènent au pays des contes de fées,

    Où les enfants en chœur à cinq heures vont dîner,

    Et où les jouets prennent vie.

     

    Robert Louis Stevenson (1850-1894) Royaume-Uni

    Extrait du livre : 100 poèmes du monde pour les enfants

     

    Poèmes de pays divers : 100 poèmes du monde pour les enfants (


    1 commentaire
  • Le rossignol-flâneur

     

    Ce soir dans son nid douillet, sur un acacia en fleurs,

    Dame Rossignol s’émeut, il n’est pas là, le chanteur.

    Qu’a-t-il pu lui arriver, il est toujours si exact,

    Bientôt minuit va sonner, à cette heure on dort déjà !

     

    Tout refroidit: le bouillon fait avec la rosée,

    Un vol-au-vent farci des moucherons de la forêt,

    Le ragoût de papillons et de fleurs de myosotis 

    Et, pour finir, le dessert - un flan au parfum de nuit.

     

    S’il tombait, le malheureux, entre les mains des brigands,

    Ces méchants le plumeraient et prendraient sa voix d’argent !

    Le merle en est bien capable et sa bande de merleaux...

    Les plumes, ça repousse encor, mais sa voix - ce trésor?

     

    Or voici le Rossignol, sautillant, sifflant, très gai...

    Où étais-tu? Où volais-tu? Cruel, je m’affolais !

    « Il a fait si beau, chérie - gazouilla l’époux léger -

    Que pour mieux m’en délecter, j’ai fait mon chemin à pied. »

     

    Julian Tuwim (1894-1953) Pologne

    Extrait du livre : 100 poèmes du monde pour les enfants

     

    Photo Pixabay

     


    2 commentaires
  • Savoir

     

    Papa, tu me diras

    Pourquoi des enfants ici sont sans-logis et moi dans un palais.

    Tu me diras d’où viennent les fous, les mendiants, les sans-travail.

    Tu me diras pourquoi il y a des pauvres et des riches.

    Tu me diras la différence entre les garibous et moi.

    Tu me diras pourquoi tu es né dans la paillote de campagne.

    Tu me diras comment est la campagne et comment est l'Afrique.

    Oui, savoir !

    Je dois tout savoir, car je vais à l’école.

     

    Augustin-Sondé Coulibaly Burkina Faso

    Extrait du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique

     

    Poèmes extraits du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique ( Savoir)

    Martinique, Château Dubuc


    votre commentaire
  • La nuit est  une femme inconnue.

     

    Le regardant au fond des yeux,

    la fille demanda au passant étranger :

    « Pourquoi ne fais-tu que passer, alors que j’ai

    allumé chez moi ce grand feu ? »

     

    «Jamais je ne m’arrête »,

    lui répondit le voyageur. «Je suis poète,

     je cherche seulement à connaître la nuit

    avec sa lune au fond des puits. »

     

    La fille alors jeta des cendres sur le feu

    et l’étranger dans l’ombre entendit une voix

    qui murmurait, bouche à oreille :

    «Touche-moi, et tu la connaîtras, la nuit ! »

     

    Pablo Antonio Cuadra (1912-2002) Nicaragua

     


    2 commentaires
  • Berceuse

     

    Dors mon enfant dors.

    Quand tu dors Tu es beau

    Comme un oranger fleuri.

    Dors mon enfant dors.

    Dors comme

    La mer haute

    Caressée par les clapotis

    De la brise

    Qui vient mourir en woua woua

    Au pied de la plage sablonneuse.

     

    Dors mon enfant dors.

    Dors mon beau bébé noir

    Comme la promesse

    D'une nuit de lune

    Au regard de l'aube

    Qui naît sur ton sommeil.

    Dors mon enfant dors.

    Tu es si beau

    Quand tu dors.

    Mon beau bébé noir dors.

     

    Elolongué Epanya Yondo 1930-1998, Cameroun

    Extrait du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique

     

    Poèmes extraits du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique (Berceuse)


    votre commentaire
  • L’étoile polaire

     

    Au clair-obscur du ciel je te vois vers le nord

    chaque nuit, quand je fuis la fournaise des villes.

    Tu scintilles dans ta solitude, immobile

    sous ton diadème auréolé de prismes d’or.

     

    Ballerines, tes sœurs voltigent avec l’art

    que nous leur connaissons.

    Toi, mère de prudence,

    maîtresse de ballet, tu contrôles leur danse

    harmonieuse, et rien n’échappe à ton regard.

     

    Toi seule, au ciel, respectes l’immobilité

    pour guider les marins courageux sur les routes

    océanes où leur destin est arrêté.

     

    Si un père, égaré loin de femme et enfants,

    roule au récif impitoyable, à fond de soute,

    rends-le-leur sain et sauf, astre compatissant !

     

    Dun Karm Psaila (1871-1961) Malte

     

    Poèmes de pays divers : 100 poèmes du monde pour les enfants (l'étoile polaire)

    Photo pixabay


    votre commentaire
  • Poèmes extraits du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique (la mer)

     Photo Martinique


    2 commentaires
  • Vénus

     

    En équilibre sur le clocher

    La lune saupoudre d’or les peupliers

    Et met une semelle à la girouette qui boite

    Les feux de la Saint-Jean font rougir ses joues

    Les neiges de décembre la transforment en peluche

    Les enfants la prennent pour un cerceau

    Pour une lucarne dans le ciel

    Pour une casserole lorsqu’elle plonge dans la mer 

    À quoi sert la neige ? 

    À effacer la terre pour la réécrire correctement 

     

    Khoury-Ghata (née en 1937) Liban.

    Extrait du livre : 100 poèmes du monde pour les enfants. 

     

    Poèmes de pays divers : 100 poèmes du monde pour les enfants (Vénus)

    Photo Pixabay


    votre commentaire
  • Quand je pense à la mer

     

    Quand je pense à la mer

    C'est à l'eau que je pense, verte et mouvante

    Pas au poisson, pas au bateau.

    Quand j’écoute la mer

    C'est bien l'eau que j'entends, sourde et roulante

    Et pas le coquillage et pas le vent.

    Quand j'entre dans la mer

    Froide et secrète comme un grand abreuvoir

    C'est moi le coquillage et le bateau

    Et la vague et le vent et l'eau

    Et je bois le soleil.

     

    Jacqueline Daouad née en 1937.  Tunisie

    Extrait du livre « Le canari m’a dit » contes et poèmes d’Afrique

     

    Martinique 2014, Anse Mabouya


    votre commentaire
  • Psaume 41

     

    La coque du coco est dure :

    La chair, un délice.

     

    Pourquoi scruter le dehors

    Quand le pur est au-dedans ?

     

    La peau du jaque est rugueuse :

    Quelle saveur au-dedans !

     

    L’écorce de la canne est noire :

    Quel suc exquis au-dedans !

     

    Le goût d’un mets, c’est le sel au-dedans :

    Il n’y a pas à le chercher ailleurs.

     

    La saveur fait le prix.

    Qu’importe l’apparence?

     

    Toukârâm (1598-1650)

    Gallimard/Unesco, 1956

    Inde

    Extrait du livre : 100 poèmes du monde pour les enfants

     

    Poèmes de pays divers : 100 poèmes du monde pour les enfants (Psaume 41)

    Martinique 2014


    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique