• Poèmes divers

    36 pages de poèmes divers

  • Ronde de Printemps

     

    À Charles de Sivry.

     

    Dans le Parc, dans le Parc les glycines frissonnent,

    Etirant leurs frêles bras –

    Ainsi que de jeunes filles

    Qui se réveillent d’un court sommeil

    Après la nuit dansée au bal,

    Les boucles de leurs cheveux

    Tout en papillotes

    Pour de prochaines fêtes –

    Dans le Parc.

    Dans les Prés, dans les Prés les marguerites blanches

    S’endimanchent, et les coquelicots

    Se pavanent dans leurs jupes

    Savamment fripées,

    Mais les oiseaux, un peu outrés,

    Rient et se moquent des coquettes

    Dans les Prés.

    Dans les Bois, dans les Bois les ramures s’enlacent:

    Voûte de Cathédrale aux Silences

    Où le pas des Visions se fait pieux et furtif,

    Parmi les poses adorantes des Hêtres

    Et les blancs surplis des Bouleaux –

    Sous les vitraux d’émeraude qui font

    Cette lumière extatique –

    Dans les Bois.

    Dans l’Eau, dans l’Eau près de joncs somnolents

    Tremblent les étoiles plues du soleil

    Dans l’Eau,

    Et la Belle tout en pleurs

    Tombe parmi les joncs somnolents,

    Et la Belle

    Meurt parmi la torpeur lumineuse des flots:

    La Belle Espérance

    S’est noyée, et cela fait des ronds

    Dans l’Eau.

     

    18 mai 1889.

    Marie Krysinska, Rythmes pittoresques

     

    Ronde de Printemps

    Chacra, avril 2017


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  • Lilas


     

    La pluie larmoyante caresse ton parfum

    aime le déséquilibre éphémère

    des gouttelettes assoiffées de sève.

    À chaque pétale elle découvre ta beauté

    symphonie d’unités réfractées.

     

    Les fleurs minuscules bleutées par la lumière

    avancent comme un cortège

    joyeux

    dansent comme une valse

    d’amour.

    Forsythias et pivoines couronnent cet instant

    courtisent l’allégorie.

     

    Sous le sublime chapiteau de la nature

    un voile parfumé fleurit notre chimère.

     

    Sybille Rembard, Beauté fractionnée, 2002


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  • Origines

     

    Les livres assoiffés comme des pyramides

    Doublaient les murs de leurs blocs de savoir. 

    Sans bruit viraient en eux les planètes, les siècles

    La volupté, l’Histoire 

    Et leurs voix étouffées me traquaient dans le noir.

     

    Mille alphabets germaient aux bords de mon sommeil :

    Chaque lettre, une graine et chaque mot, le ciel.

     

    Je conjuguais à tous les temps de l’être

    Le futur intérieur, l’imparfait de l’imaginaire. 

    Dès l’aube, l’air bruissait de syllabes-cigales

    De vocables-pigeons et de versets pareils

    Au vol flammé de l’ange. 

    Un fleuve débordait écumant de secrets. 

    Des forêts surgissaient de pages entrouvertes

    Où des huppes puisaient l’or des milliers d'années

    Et mes corps à venir attendaient que je naisse.

     

    Certains livres étaient des pêches dont je buvais

    le jus la tête renversée 

    d’autres des coquillages d’où s’évadaient les fables,

    frissonnaient sur mon front telle une frange de cheveux

    sombres 

    les neiges, les mirages

    les criquets pèlerins de l’inconnaissable,

    je décrivais dans l’ombre au sein d’une glace sans tain étrangleuse d’images 

    Caressant  au passage le pelage des monstres

    Guidé par la volupté à tête chercheuse

    éperdue de liqueurs 

    Avide de froisser les dessous mauves de l’extase.

     

    J’écrivais. Et mon être naissait de l’encre

    lettre à lettre : 

    j’avais lieu dans le mot à venir. 

    J’écrivais comme on meurt et c’était pour survivre 

    Convaincu d’engendrer ainsi le dernier Livre 

    Que déchiffreraient sans en saisir hélas toutes les nuances 

    Ies grands lézards créés à l’image de Dieu.

     

    Marc Alyn

     

    Photo Pixabay


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  • Rendez-vous

     

    Je te donne rendez-vous

    Tu viendras

    dans un pays au soleil

    si vaste qu'il embrasse le monde

    si petit qu'il tient en un mot.

     

    je te donne rendez-vous

    tu viendras

    dans un pays fraternel

    ses monuments sont des tourments

    universels.

     

    je te donne rendez-vous

    tu viendras

    dans un pays éternel

    où dansent consonnes et voyelles

    derrière "masques et bergamasques".

     

    Je te donne rendez-vous

    dans ta langue maternelle.

     

    Azadée Nichapour


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  • A la mi-carême (extraits)

     

    Le carnaval s’en va, les roses vont éclore ;

    Sur les flancs des coteaux, déjà court le gazon.

    Cependant du plaisir la frileuse saison

    Sous ses grelots légers rit et voltige encore,

    Tandis que, soulevant les voiles de l’aurore,

    Le Printemps inquiet paraît à l’horizon.

     

    Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire ;

    Bien que le laboureur le craigne justement,

    L’univers y renaît ; il est vrai que le vent,

    La pluie et le soleil s’y disputent l’empire.

    Qu’y faire ? Au temps des fleurs, le monde est un enfant ;

    C’est sa première larme et son premier sourire.

     

     

    C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir

    L’anémone sauvage aux corolles tremblantes.

    Les femmes et les fleurs appellent le zéphyr ;

    Et du fond des boudoirs les belles indolentes,

    Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,

    Sous les vieux marronniers commencent à venir.

     

    C’est alors que les bals, plus joyeux et plus rares,

    Prolongent plus longtemps leurs dernières fanfares ;

    À ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur ;

    La valseuse se livre avec plus de langueur :

    Les yeux sont plus hardis, les lèvres moins avares,

    La lassitude enivre, et l’amour vient au coeur.

     

    S’il est vrai qu’ici-bas l’adieu de ce qu’on aime

    Soit un si doux chagrin qu’on en voudrait mourir,

    C’est dans le mois de mars, c’est à la mi-carême,

    Qu’au sortir d’un souper un enfant du plaisir

    Sur la valse et l’amour devrait faire un poème,

    Et saluer gaiement ses dieux prêts à partir…

     

    Alfred de Musset

    A la mi-carême (extraits)


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  • Oiseau de Printemps

     

    Joli Chardonneret tu es sorti de l’ombre

    Posé sur la rembarde pour venir me chanter

    Une ode à la Nature, au Soleil, au Printemps

    Tu es venu me dire que l’Amour est devant

     

    Saute, vrille, vole

    Et mange toutes les graines que je t’ai données

    Reviens sur mon balcon, recommence ton chant

    Qui m’envahit toute entière

    Ces matins des beaux jours

     

    Joli Chardonneret je te veux sur ma route

    dans ma jolie campagne

    au pied de mon balcon

     

    Elodie Santos, 2009

    Photo Pixabay.


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  • Avant-Printemps

     

    Des œufs dans la haie

    Fleurit l’aubépine

    Voici le retour

    Des marchands forains

     

    Et qu’un gai soleil 

    Pailleté d’or fin

    Éveille les bois

    Du pays voisin !

     

    Est-ce le printemps

    Qui cherche son nid

    Sur la haute branche

    Où niche la pie ?

     

    C’est mon cœur marqué

    Par d’anciennes pluies

    Et ce lent cortège

    D’aubes qui le suit.

     

    René Guy Cadou

    Avant-Printemps


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  • La pluie

     

     

    Suspendue à ses fils en chemise de nuit

    La pluie lit le journal au soleil de midi.

     

    Elle lit, et bientôt les nouvelles l’ennuient.

    Quelle Terre à soucis ! Que de mélancolie !

     

    Et l'on croit qu'elle pleure alors qu'elle, la pluie,

    Ne cesse dans son coeur de rire à la folie !

     

    - Si je tenais ici l'animal qui a dit :

    "Triste comme la pluie", il verrait du pays !

     

    En s'étirant, la pluie reprend le journal gris.

    - Que dit la météo ? "Aujourd'hui : de la pluie".

     

    Alors elle soupire et s'en va dans Paris

    Arroser les jardins, les chats et les souris.

     

     

    Marc Alyn

    Photo : Pixabay.com


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  • Fête africaine

     

    Sur le chemin de latérite

    S’envole

    La poussière amarante.

     

    Sur le chemin de latérite

    Face à la termitière,

    Le baobab du vieux sage.

     

    En bordure du village,

    Un flamboyant

    Drapé de grappes corail.

     

    Résonnent trompes et tambours,

    S’élèvent les voix,,

    Masques et danseurs tournoient.

     

    Rolande Causse

    Fête africaine


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  • Matin de l’origine

     

    Matin de l’origine, or du commencement !

    La lumière éblouie mange les éléments ;

    Colombe sur le toit du premier jour, elle ose

    Picorer l’univers où ses pattes se posent.

     

    Tout est là endormi. Tout à l’avance existe.

    Le soleil sort d’un fruit dans la nuit qui résiste.

    En silence la vie s’édifie sur le Verbe.

    Et déjà des brebis paissent des songes d’herbe.

     

    L’air médite. Le feu imagine l’espace.

    En l’eau vient se mirer une ébauche de face.

    L’argile sent des doigts en elle qui pénètrent

    Comme pour façonner les courbes nues d’un être.

     

    Tout est désir de naître et tout naît de l’échange

    Des éléments épris qui, entre eux, se mélangent ;

    Goute à goutte le feu pleut, l’eau se change en flamme :

    La matière se meut, la Vie enfante l’âme !

     

    Marc ALYN

     

    Matin de l’origine

    Image : https://pixabay.com


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  • Le Papillon

     

     Né au pays de la soie fine

     Dans un cocon venu de Chine,

     L'Orient est peint sur ses ailes.

     

     Jaune ou bleu, vert ou vermeil,

     Il vole, il va, il vit sa vie

     A petits battement ravis.

     Dans l'air doux, comme un éventail.

     

     On le voit, on ne le voit plus,

     Il est ici, il est là,

     Ou bien c'est un nouveau venu

     Son jumeau qui passe là-bas.

     

     Ah ! Mettez au clou vos filets,

     Jetez épingles et bouchons,

     Laissez-le libre car il est

     La poésie, le papillon !

     

     Marc Alyn


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  • Paysage de mon amour

     

    Paysage de mon amour

    Tout entier dans ce village

    Dont je défais journellement

    Les liens de chanvre et de fumée

     

    Tuiles baignées de tourterelles

    Qui chantez sous la main du soir

    Écailles des saisons nouvelles

    Plaques tournantes de l’espoir

     

    Prairies des peintres du dimanche

    Passerelles des bois dormants

    Ô bêtes qui remuez les hanches

    Dans un long rêve de froment

     

    Et toi rivière sous les saules

    Blanche fenêtre caressée

    Par une truite et mon épaule

    Et tous les jours qui sont passés

     

    Je crois en vous en toutes choses

    Qui par souci de vérité

    Parlent pour moi trouvent réponse

    Dans la raison de mon silence.

     

    René Guy Cadou

    Lanzarote.


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  • Mélopée d’été

     

    Crissent les cigales,

    Frémit le citronnier,

    Dans la buée saumonée.

     

    Bourdonnent les abeilles

    Autour du chèvrefeuille.

    La lavande en sillons

    Jusqu’aux cyprès se fond.

     

    A l’ombre feuille morte

    Les enfants complotent.

    Le ruisseau chuchote leur épopée.

     

    Rolande Causse


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  • L'étrange douceur

     

    Comme un oiseau dans la tête

    Le sang s’est mis à chanter

    Des fleurs naissent c’est peut-être

    Que mon corps est enchanté

     

    Que je suis lumière et feuilles

    Le dormeur des porches bleus

    L’églantine que l’on cueille

    Les soirs de juin quand il pleut

     

    Dans la chambre un ruisseau coule

    Horloge aux cailloux d’argent

    On entend le blé qui roule

    Vers les meules du couchant

     

    L’air est plein de pailles fraîches

    De houblons et de sommeils

    Dans le ciel un enfant pêche

    Les ablettes du soleil

     

    C’est le toit qui se soulève

    Semant d’astres la maison

    Je me penche sur tes lèvres

    Premiers fruits de la saison.

     

    René Guy Cadou


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  • Quarante jours !

     

    Quarante jours pour faire le tri,

    Pour se délester de ce qui est inutile

    Comme lorsqu’il faut traverser le désert.

     

    Quarante jours pour éduquer le cœur à aimer,

    Apprendre à aimer, d’une façon neuve,

    A la manière des premiers jours.

     

    Quarante jours pour marcher à un autre rythme,

    Pour changer de style, pour faire le ménage,

    Pour se purifier.

     

    Quarante jours pour regarder les autres, pour regarder Dieu,

    Pour écouter la Parole du Christ et la laisser faire

    Son œuvre de redressement au secret de nos désirs.

     

    Quarante jours pour être transfiguré,

    Quarante jours pour grandir avec l’Évangile,

    Quarante jours pour apprendre à vivre !

     

    Charles Singer

    Quarante jours.

    Hautes Alpes, col de la Saume


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