• Poèmes divers

    36 pages de poèmes divers

  • De la terre au ciel

     

    Un rayon de soleil se brise

    Sur la branche et sur les buissons.

    Je m'assieds à l'ombre, où la brise

    M'apporte parfums et chansons :

     

    Parfum de la fraise rougie

    Qui tremble sur le vert sentier ;

    Chanson — palpitante élégie —

    De l'oiseau sur le chêne altier ;

     

    Parfum de la rose sauvage,

    Doux trésor du pâtre amoureux ;

    Chanson égayant le rivage,

    Qui parle à tous les cœurs heureux :

     

    Parfum de la source qui coule

    Dans un lit de fleurs ombragé ;

    Chanson du ramier qui roucoule,

    Et me chante l'amour que j'ai ;

     

    Parfum de l'herbe qui s'emperle

    À la brume des soirs d'été ;

    Chanson éclatante du merle,

    Qui bat de l'aile en sa gaieté ;

     

    Parfum de toute la nature,

    Fleur, arôme, ambroisie et miel,

    Chanson de toute créature,

    Qui parle de la terre au ciel.

     

    Arsène Houssaye. Source : www.poesie-francaise.fr 

     

    Rose de Porcelaine Martinique aout 2017


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  • Espoir

     

    Pour moi, je vois encore des jouissances pures

    Dans ce bonheur humain que l'on dédaigne tant ;

    Il est encore pour nous d'innocentes parures,

    Des plaisirs sans remords, et pour plus d'un instant ;

    J'ai pour mon avenir plus d'un espoir qui brille...

     

    Il en est un surtout qui réjouit mon cœur :

    C'est l'amour d'une épouse, et ce que la famille

    Peut offrir ici-bas de joie et de bonheur.

    Oh ! qu'il est doux d'avoir un foyer domestique

    Où l'on s'assied en paix avec ceux qu'on chérit ;

    Oh ! qu'il est doux, le soir, dans une salle antique,

    D'avoir sur ses genoux un enfant blond qui rit ;

     

    De poser doucement les deux mains sur sa tête

    Et puis de l'endormir par de vieilles chansons.

    Et qu'importe au dehors, où gronde la tempête,

    Qu'importe la rigueur des nuits et des saisons !

    Au foyer devant nous se déroule la flamme ;

    C'est en vain que du vent gémit la triste voix :

    Espoir

     

    A mes côtés voici cette âme de mon âme,

    Cet ange de mon cœur, l'épouse de mon choix,

    Qui, vers moi se penchant, s'appuie à mon épaule.

    Telle une tendre fleur, à l'écart des jardins

    Recherchant un abri, s'appuie au tronc d'un saule

    En répandant sur lui mille parfums divins.

    Ô fleur de mon amour, couronne de ma vie !

    De combien de parfums elle vient m'embaumer !

    Aux habitants du ciel comment porter envie ?

    N'ai-je pas sur la terre un ange pour m'aimer ?

    N'ai-je pas une voix qui se mêle à mes plaintes,

    A mes soupirs d'amour, à mes élans joyeux ?

    S'il faut souffrir, encore, mes peines sont éteintes

    Dans une larme de ses yeux.

     

    Heureux qui peut ainsi joindre deux existences

    Pour la vie et la mort, pour la joie et les pleurs !

    Son bonheur est doublé comme ses espérances ;

    Il a partagé ses douleurs.

     

    Se peut-il que jamais si grand bonheur m'advienne ?

    Cette sœur que j'attends la trouverai-je un jour ?

    Tant de félicité sera-t-elle la mienne,

    Et vivrai-je pour tant d'amour ?

     

    Espérons ! Espérons ! C’est le mot qui console,

    Espérons ! Car l'espoir n'est pas fait pour tromper.

    Le bonheur, s'il n'est pas une vaine parole,

    Toujours ne peut nous échapper.

     

    Espérons ! Espérons ! C’est le mot de la vie,

    Le mot de la douleur et celui de l'amour ;

    Le mot que dit toute hymne et toute poésie,

    Mais qu'on ne dira plus un jour.

     

    Henri Durand. Source : www.poesie-francaise.fr 

     

    Photo Renal


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  • Apprendre à s’aimer

     

    Il le faut, un petit peu,

    S’aimer soi-même,

    Assez pour se respecter,

    Assez pour s’accepter,

     

    Il le faut, un petit peu,

    Apprendre à s’aimer,

    Pour à son tour aimer,

    Pour à son tour donner,

     

    Il le faut, un petit peu,

    S’aimer soi-même,

    Afin de ne pas se blesser,

    Afin de ne pas en chagriner,

     

    Il le faut, un petit peu,

    Apprendre à s’aimer,

    Dans cet amour, s’abriter,

    De ses racines, se relever,

     

    Il le faut, un petit peu,

    S’aimer soi-même,

    S’estimer et s’en habiller,

    Se mouvoir avec dignité,

     

    Il le faut, un petit peu,

    Apprendre à s’aimer,

    Éducation inachevée,

    Celle qui ne l’a enseigné.

     

    Il le faut, un petit peu,

    S’aimer soi-même,

    Contours clairement tracés,

    De cette âme, à toujours respecter.

     

    Nashmia Noormohamed, 2016

     

    Photo Renal. Chacra


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  • Enfermée

     

    Elle s’est enfermée peu à peu du dedans

    Pour vivre dans son monde un monde tout à elle

    Une vie sans passé sans futur sans présent

    Une vie sans attache aérienne irréelle.

     

    Elle n’invente rien elle coud des morceaux

    De vérité d’amours d’espoirs comme un puzzle

    C’est une vie rêvée où tout paraît très beau

    Sur ce chemin qui s’ouvre à elle toute seule.

     

    Éloignée peu à peu maintenant elle est loin

    Ses mots n’ont plus de voix ses yeux fixent le vide

    Où nous ne sommes plus nous qui ne sommes rien.

    Est-elle gaie ou triste heureuse à sa manière

    Ses expressions se sont figées comme ses rides

    Nous ne saurons plus rien de notre propre mère.

     

    Philippe Simon

     

    Enfermée

    Lac de Blérancourt. Photo Renal


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  • Devant la mer, un soir

     

     

    Devant la mer, un soir, un beau soir d’Italie,

    Nous rêvions… toi, câline et d’amour amollie,

    Tu regardais, bercée au cœur de ton amant,

    Le ciel qui s’allumait d’astres splendidement.

     

    Les souffles qui flottaient parlaient de défaillance ;

    Là-bas, d’un bal lointain, à travers le silence,

    Douces comme un sanglot qu’on exhale à genoux,

    Des valses d’Allemagne arrivaient jusqu’à nous.

     

    Incliné sur ton cou, j’aspirais à pleine âme

    Ta vie intense et tes secrets parfums de femme,

    Et je posais, comme une extase, par instants,

    Ma lèvre au ciel voilé de tes yeux palpitants !

     

    Des arbres parfumés encensaient la terrasse,

    Et la mer, comme un monstre apaisé par ta grâce,

    La mer jusqu’à tes pieds allongeait son velours,

    La mer…

     

    … Tu te taisais ; sous tes beaux cheveux lourds

    Ta tête à l’abandon, lasse, s’était penchée,

    Et l’indéfinissable douceur épanchée

    À travers le ciel tiède et le parfum amer

    De la grève noyait ton cœur d’une autre mer,

     

    Si bien que, lentement, sur ta main pâle et chaude

    Une larme tomba de tes yeux d’émeraude.

    Pauvre, comme une enfant tu te mis à pleurer,

    Souffrante de n’avoir nul mot à proférer.

     

    Or, dans le même instant, à travers les espaces

    Les étoiles tombaient, on eût dit, comme lasses,

    Et je sentis mon coeur, tout mon cœur fondre en moi

    Devant le ciel mourant qui pleurait comme toi…

     

    C’était devant la mer, un beau soir d’Italie,

    Un soir de volupté suprême, où tout s’oublie,

    Ô Ange de faiblesse et de mélancolie.

     

    Albert Samain, Le chariot d’or (1900)

     


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  • Au bord de la mer

     

    La lune de ses mains distraites

    A laissé choir, du haut de l’air,

    Son grand éventail à paillettes

    Sur le bleu tapis de la mer.

     

    Pour le ravoir elle se penche

    Et tend son beau bras argenté ;

    Mais l’éventail fuit sa main blanche,

    Par le flot qui passe emporté.

     

    Au gouffre amer pour te le rendre,

    Lune, j’irais bien me jeter,

    Si tu voulais du ciel descendre,

    Au ciel si je pouvais monter !

     

    Théophile Gautier, Espana

     

    Au bord de la mer


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  • Voix des arbres

     

    Les arbres timides et fort à

    La nuit parlent à voix haute

    Mais si simple est leur langage

    Qu’il n’effraie pas les oiseaux

     

    Près du cimetière où les morts

    Remuent leurs lèvres de cendre

    Le printemps en flocons roses

    Rit comme une jeune fille

     

    Et parfois comme le cœur

    Prisonnier d’un vieil amour

    La forêt pousse un long cri

    En secouant ses barreaux

     

    Marcel Béalu

    Extrait du livre : « Les voix du poème »

     

    Photo Forêt Domaniale de Verzy, Site des Faux


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  • Déjà je ne trouve plus ton visage...

     

    Déjà je ne trouve plus ton visage

    Qui dérive sous l’épaisseur des jours

    Et déjà ta voix m’arrive si basse

    Que je ne sais plus écouter ton chant

    Me faudra-t-il oublier ton image

    Me perdre sans toi dans une autre nuit

    Pour qu’au fond de l’ombre et de la souffrance

    Naisse le printemps qui nous est promis.

     

    Tu m’es revenu ce matin

    Le soleil est sur la maison

    Si je savais le retenir

    Dans la corbeille d’un beau jour

    Peut-être viendrais-tu parfois

    Faire halte au milieu de ta nuit

    Et dormir encore avec moi Dans la paille de ses rayons.

     

    Il y avait tant de silence

    Tant de présence dans cette chambre

    Toutes les lampes

    Sur nos lèvres le même sourire

    Que lorsqu’elle est venue vers toi

    Elle avait le visage du printemps.

     

    Je sais que tu m’as inventée

    Que je suis née de ton regard

    Toi qui donnais lumière aux arbres

    Mais depuis que tu m’as quittée

    Pour un sommeil qui te dévore

    Je m’applique à te redonner

    Dans le nid tremblant de mes mains

    Une part de jour assez douce

    Pour t’obliger à vivre encore.

     

    Hélène Cadou

    Extrait du livre : « Les voix du poème »

     

    Déjà je ne trouve plus ton visage...

    Photo Renal


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  • Parfum de la terre

     

    Viens marcher avec le printemps

    Sens le vent sur tes joues

    Sois libre de tes mouvements

    Prends le temps de vivre

    Car demain ne t’appartient pas.

     

    N’oublie pas ta promesse

    D’aller retrouver la paix

    Dans une forêt

    Dans une maison en bois

    Retrouve le battement de ton cœur.

     

    Nous partirons les yeux fermés

    Le cœur enveloppé

    Du parfum de la terre

    L’automne Uashtessiu

    Qui nous dira

    Viens, viens mon ami mon frère

    Oui je t’attends

    Depuis cet instant

    Où ton souffle a touché mon âme

    Oui  je t’attends mon frère

    Alors nous partirons tous deux

     

    J’ai vu la montagne dans sa splendeur

    J’ai entendu la rivière dans son désir

    Quel plaisir et quel bonheur

    D’être dans les bras de la terre

    Et lui ce grand mystère

    Que je découvre dans son absence

    Chercher la vérité au creux de ses mains

    Je respire l’air qu’il habite.

     

    Voir son regard s’évanouir dans le mien

    Pendant qu’il ferme les yeux sur mon corps

    Pour mieux goûter à l’instant

    J’entends son cœur battre.

     

    J’aime son silence

    J’aime sa voix

    J’aime son reflet

    J’aime l’invisible que je ne peux toucher

    Mais que je sens avec force en moi.

     

    Les arbres sont témoins de mon amour

    Les rochers entendent encore aujourd’hui

    L’écho de ma grande tendresse

    Sur le ciel qui nous enveloppe.

     

    Mon cœur est fait de branches de sapin

    Entremêlées à toutes les saisons du monde

     

    Je dors pour mieux tapisser tes rêves

    Et celui du chasseur en quête d’une terre

    Où il pourra alimenter son envie d’être libre

    De marcher en admirant les courbes des rivières

    De nourrir sa faim et d’assouvir sa soif.

     

    Je crois aussi en la force du destin

    Je crois aussi en la confiance de demain

    La patience d’attendre en admirant l’eau des chutes

    En priant pour mon prochain.

     

    Je deviens l’hiver pour me reposer

    Je deviens le printemps pour rêver

    Je deviens l’été pour briller.

     

    Et je suis une femme d’automne

    Née dans un univers qui est aussi le tien.

     

    Rita Mestokosho

    Extrait du livre : « Les voix du poème »

    Forêt Domaniale de Verzy, Site des Faux


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