• Extrait de « Sous le ciel étoilé » 

    Contes et Paraboles 

    Recueillis par Charles Delhez 

     

    Auto-stop 

    Il pleuvait à verse, raconte un automobiliste, mais j'étais bien au sec dans ma voiture. Avant de partir, j'avais lu une page d'évangile pour la route : la parabole du bon Samaritain. 

    Et maintenant, le moteur tournait rond, j'étais heureux, et je priais le chapelet. Soudain, deux auto-stoppeurs, un garçon et une fille, la pluie entre les dents. Personne ne s'arrêtait, bien entendu, puisqu'ils étaient trempés ! J'ai fait comme tout le monde. C'est alors que s'est produit un phénomène incroyable : je n'arrivais plus à dire mon chapelet. Impossible ! Le contact était rompu ! J'ai fini par faire demi-tour. 

    Les tourtereaux mouillés étaient toujours là. Je les ai embarqués. Emmitouflés dans une vieille couverture que j'avais dénichée au fond de mon coffre, ils n'en revenaient pas : 

    — N'est-ce pas vous, Monsieur, qui êtes passé il y a cinq minutes ? Et vous êtes revenu exprès ? Pourquoi ? 

    Je leur ai dit la vérité : la parabole du Bon Samaritain, le chapelet, et puis mon malaise insupportable. Au lieu de sourire, ils ouvraient de grands yeux. Le garçon conclu : Eh bien ! Je ne savais pas que la religion, c’était ça… 

     

     


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  • Extrait de « Sous le ciel étoilé » 

    Contes et Paraboles 

    Recueillis par Charles Delhez 

     

    Sous le ciel étoile... les histoires se racontent d'âge en âge. À toutes les saisons de la vie, elles font rêver ou grandir. Tendres, drôles, profonds, poétiques, ces contes et ces paraboles, de toutes les traditions spirituelles, tiendront la promesse de décrocher des étoiles pour les mettre dans les cœurs de chacun. 

    Charles DELHEZ, jésuite, est auteur, rédacteur en chef du journal Dimanche, prêtre de paroisse et aumônier. 

    J'en aurai raconté, des histoires, dans ma vie... Souvent, en effet, j'ai dû parler à des groupes plus ou moins grands, et sous différentes latitudes. Chaque fois que j'annonçais une histoire, chacun réveillait son attention, quel que soit son âge. Le langage des histoires est universel. Les idées que j'ai développées, on les oubliera, comme des dessins sur le sable. Les histoires, elles, resteront gravées dans la mémoire, et peut-être se les racontera-t-on encore... 

    C'est à toi, jeune lecteur que je dédie en priorité ces contes et autres paraboles. Je souhaite qu'ils rejoignent ce qu'il y a de plus profond en toi. Je voudrais qu'elles te fassent rêver, non pas d'exploit, de gloire ou de conquête, mais d'un monde meilleur dont tu sois l'artisan. Mais je les offre aussi à tes aînés, quel que soit leur âge, à tous ceux qui sont encore capables de rêver. 

    (Charles Delhez) 

    smile

    Église Saint-Germain-des-Prés, Paris 

    Il se tenait à sa place habituelle, sa casquette retournée à côté de lui. Pour un mendiant, le porche d'une église, n'est-ce pas l'endroit idéal ? Voilà qu'un homme sort de l'église et dépose un euro dans la casquette. Comme il a un peu de temps devant lui, il entame la conversation... 

    — Les journées ne sont pas trop longues ? 

    — Quand j'en ai marre, je m'en vais. 

    Au fil de ces propos tout simples, les deux hommes s'apprivoisent, et le mendiant se met à partager ses rêves... il aurait tellement aimé s'acheter une mobylette ! À la fin de la conversation, tirant de sa poche un petit cake emballé, il l'offre à celui qui lui a fait l'aumône. Plus tard, celui-ci dira: «J'ai rencontré un mendiant, j'ai quitté un homme. » Ceux qui font la manche n'ont-ils pas souvent autant besoin d'un sourire que d'une pièce de monnaie ? Et la plus grande preuve de dignité n'est-elle pas de pouvoir donner à son tour ? 

     


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  • Honneur aux vêtements 

     

    Houdja est un riche propriétaire terrien qui aime travailler lui même dans ses champs. Aujourd'hui, le soleil inonde les cultures et Houdja travaille le cœur léger, sans se rendre compte du temps qui passe... Sa femme vient le trouver : 

    — Houdja, tu oublies l'heure ? Et ton déjeuner chez l'émir ? Houdja se redresse vivement. 

    — C'est vrai ! La fête a lieu aujourd'hui ! Je file au palais. Tant pis pour mes vêtements d'apparat, je n'ai pas le temps de me changer ! En pénétrant dans le palais, Houdja remarque que tous les regards le fuient. L'émir lui-même fait mine de ne pas le reconnaître parmi ses invités somptueusement vêtus ! Blessé, Houdja rentre chez lui, revêt sa tenue de fête, et retourne au palais. Cette fois, il se voit accueilli avec les honneurs habituels... 

    Au repas, voilà Houdja placé à la droite de l'émir. Celui-ci le salue gracieusement comme s'il ne l'avait pas encore aperçu. Les plats commencent à circuler sur la table. Lorsqu'ils arrivent devant Houdja, celui-ci prend un morceau de viande fondante... et le glisse dans sa poche gauche ! Muets de stupeur, les convives le voient ensuite fourrer une poignée de riz dans sa poche droite. Au moment où les olives prennent le chemin d'une autre poche, l'émir arrête Houdja : 

    — Tu es fou, mon ami ? Que fais-tu ? 

    — J'ai cru comprendre que ce n'est pas moi que vous avez invité, mais les vêtements que je porte. Alors, je les nourris ! 

     


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  • Il n’y a pas de coiffeur dans cette ville

     

    Soudain, le coiffeur se permit une réflexion forte : « II n'y a pas de Dieu ! — Et pourquoi donc ? interrogea son client. — S'il existait, il n'y aurait pas tout ce mal et ces êtres mauvais comme Hitler, Staline et tant d'autres », répondit-il aussitôt. L'homme qui se faisait coiffer, un modeste croyant, opposa quelques arguments, mais en vain. Notre coiffeur avait des idées bien arrêtées. La coupe achevée, le service payé, le client s'en alla. Un peu plus loin, au coin d'une rue, il croisa un pauvre hère à la coiffure longue et désordonnée, à la barbe généreuse et hirsute. Il fit alors demi-tour à grandes enjambées et rentra dans le salon de coiffure. Sans les salutations d'usage, il interpella le coiffeur : « II n'y a pas de coiffeur dans cette ville ! — Et moi, alors ? — Non, il n'y a pas de coiffeur dans cette ville ! Je viens de voir un homme à la chevelure démesurée et à la barbe non taillée. C'est bien la

    preuve ! — Mais je n'en peux rien s'il ne franchit jamais la porte de mon salon et ne s'adresse pas à moi, répliqua le coiffeur.

    — Tu vois, il en va de même pour Dieu ! »

     
     

     

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  • La dernière maison

     

    Il était excellent menuisier. L'âge venant, il désirait se reposer, prendre une retraite bien méritée. Lorsqu'il donna sa démission à son patron, celui-ci fut consterné. Le vieil homme était son meilleur ouvrier et son maître d'œuvre le plus efficace : il n'avait pas son pareil pour diriger les autres ouvriers.

    — Construis-moi encore une maison de bois, une dernière, veux-tu ? Devant l'insistance de son patron, le vieux menuisier accepta. Mais il n'avait plus le cœur à l'ouvrage. Il travailla correctement, sans plus. II mit moins de soin à choisir les ouvriers et à diriger leur travail. Jamais maison ne fut terminée aussi vite ; cependant, elle n'avait pas la grâce habituelle, la petite touche finale qui faisait dire aux admirateurs : « C'est parfait ! » De toutes les maisons que le menuisier avait réalisées, c'était sans conteste la moins belle. Satisfait d'avoir achevé ce travail imposé et rêvant déjà aux joies de la retraite, le vieux menuisier vint dire adieu à son patron. Celui-ci lui serra chaleureusement les mains.<o:p></o:p>

    — Tu as été le meilleur des collaborateurs. Je tenais à te remercier particulièrement. Voilà pourquoi je t'ai fait réaliser cette dernière maison : elle est pour toi. C'est mon cadeau.

    C'est ainsi que le menuisier emménagea dans cette maison construite à la va-vite. Son cœur resta longtemps triste et amer. Souvent, il répétait à ses enfants :

    — Le dernier mot d'une lettre d'amour doit être aussi bien écrit que le premier.

     

     

     


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  • Extrait de « Sous le ciel étoilé » 

    Contes et Paraboles 

    Recueillis par Charles Delhez 

     

    La fête à l’eau 

    Le royaume traversait des temps difficiles, mais le roi décida d'organiser une grande fête et d'y inviter tous ses sujets. La joie partagée, pensait ce roi avec sagesse, donne du bonheur à tous... Pour que la fête soit vraiment placée sous le signe du partage, le roi demanda à tous ses invités d'apporter une bouteille de vin. A l'entrée du château se trouverait un immense tonneau et chacun y viderait sa bouteille : ainsi, tout le monde boirait de ces dons mêlés ! Quand tous les invités furent arrivés, les serviteurs allèrent puiser au grand tonneau... et se regardèrent pétrifiés : c'était de l'eau ! Tous les invités avaient eu la même idée : ma bouteille d'eau passera inaperçue parmi ces flots de vin. 

    Gâchée par l'avarice générale, la journée fut teintée d'amertume. Et lorsque les joueurs de flûte se turent sous les premiers rayons de la lune, les invités rentrèrent chez eux en silence. La fête n'était pas finie : elle n'avait jamais commencé. 


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  • La foi chrétienne est trinitaire

     

    On raconte qu'au siècle dernier, dans le diocèse du Puy, un vicaire général interrogeait un tout jeune garçon désirant devenir prêtre. Monseigneur « le Grand Vicaire », s'enquérant des connaissances religieuses de l'enfant, lui demande un résumé de la foi catholique. Et l'enfant, gravement, de tracer sur lui le signe de la croix, en en redisant lentement les paroles. Puis il se tait. « Est-ce tout ? », s'inquiète le prélat. « C'est tout », répond l'enfant. C'est bien tout, en effet : toute la foi, la liturgie, la vie chrétienne.

     

     


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  • La porte sans clenche

     

    En Angleterre, il y a un certain nombre d'années, une peinture fit parler d'elle. Elle représentait Jésus qui se tenait devant une maison et frappait à la porte. Les gens qui virent la peinture la trouvèrent très belle. Jusqu'à ce qu'un observateur attentif remarque quelque chose d'étrange. Il alla trouver l'artiste qui avait peint le tableau et lui dit :

    — C'est une très belle peinture, mais vous avez oublié un détail : la porte à laquelle Jésus frappe n'a pas de clenche. Comment pourrait-il entrer ?

    L'artiste répondit :

    — Cette porte, c'est la porte de notre cœur. On ne peut l'ouvrir que de l'intérieur.

     

     


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  • Le cadeau d’Yvan

     

    Yvan est infirme moteur cérébral : il a toute sa tête mais ne parvient pas à coordonner ses gestes. Joyeux comme un pinson, il s'est attiré une foule d'amis. Chaque année, le matin de son anniversaire, il trouve devant sa porte un magnifique colis choisi avec goût et amitié. Tout excité, Yvan déballe le paquet multicolore et fouille les moindres replis du papier. Aucune trace de celui ou celle qui a offert le cadeau ! Et voilà des années que sa déception se renouvelle. Lors qu’Yvan raconte ces anniversaires déconcertants, sa voix se teinte d'une certaine tristesse. La joie d'un cadeau est aussi d'embrasser celui qui l'a offert...

     


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  • Extrait de « Sous le ciel étoilé » 

    Contes et Paraboles 

    Recueillis par Charles Delhez 

     

    Le chapelet du savant

     

    Dans le train, un étudiant voyageait à côté d'un homme qui paraissait assez aisé. « Un riche paysan, sans doute », pensa l'étudiant. Soudain, l'homme tira de sa poche un chapelet. Les perles se mirent à glisser entre ses doigts : il priait. L'étudiant crut bon de l'interrompre. 

    — Monsieur, la religion est passée de mode... Vous y croyez encore ? 

    — Mais certainement, répondit son voisin. Pas vous ? L'étudiant se mit à rire. 

    — Non, vraiment pas. Permettez-moi de vous donner un conseil : jetez votre chapelet aux orties et demandez plutôt à la science de répondre à vos questions. 

    — La science ? Elle me dépasse, répondit le vieil homme avec humilité. Peut-être pourriez-vous me l'expliquer ? 

    L'étudiant vit que son voisin était sincère : il en avait même les larmes aux yeux  

    Montrez-moi votre adresse pour que je vous envoie de la documentation, proposa-t-il. 

    L'homme mit la main à la poche de son veston, y prit une carte de visite, et la tendit à l'étudiant avec un gentil sourire. Le jeune homme regretta alors de ne pas être assez petit pour se cacher sous la banquette... Voilà ce qu'il lisait: «Louis Pasteur, directeur de l'Institut Pasteur » 


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  • Le grand ravin

     

    < Un homme, toujours insatisfait de lui-même et mécontent des autres, ne cessait de rouspéter contre Dieu en disant : « Mais qui a dit que chacun devait porter sa croix ? Vraiment n'y a t-il aucun moyen de l'éviter ? J'en ai franchement assez de porter des fardeaux aussi lourds ! » 

    Le Bon Dieu lui répondit. Il guida l'homme dans un songe et celui-ci vit l'existence des hommes sur terre comme une immense procession. Chacun allait d'un pas imperceptible et régulier, portant sa croix sur l'épaule. 

    Lui-même faisait partie de l'interminable cortège. Il avançait péniblement, portant le poids de sa croix. Au bout d'un certain temps, il s'aperçut qu'elle était trop longue : voilà pourquoi la marche était si fatigante ! « II suffirait, se dit-il, que je la raccourcisse un peu et j'aurai beaucoup moins de peine. » 

    Il s'assit sur une borne et, par quelques entailles bien vigoureuses, il raccourcit sa croix d'une bonne longueur. 

    Quand il repartit, il constata que sa marche était beaucoup plus rapide et plus légère. Et sans se fatiguer, il atteignit l'endroit qui semblait être la destination de cette longue procession : une limite de terre bordée d'un ravin comme une blessure béante dans le sol. Mais c'est au-delà que commençait « la Terre du Bonheur éternel ». L'autre côté du ravin laissait entrevoir un spectacle enchanteur. Cependant, pour traverser, il n'y avait ni pont ni passerelle. Et pourtant, hommes et femmes passaient facilement. Chacun descendait sa croix des épaules, la posait sur les deux bords du ravin et franchissait ainsi le gouffre. 

    Les croix semblaient faites sur mesure : elles reliaient exactement les bords du précipice. Tous les gens passèrent, sauf lui. Il avait raccourci sa croix et à présent, elle était trop courte pour atteindre l'autre coté du gouffre. 

     


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  • Extrait de « Sous le ciel étoilé » 

    Contes et Paraboles 

    Recueillis par Charles Delhez 

     

    Le lieu où Dieu habite. 

     

    Un jour, de savants personnages s'interrogeaient sur le lieu où Dieu habite. L'un d'entre eux dit : dans la nature, bien sûr. Le vieux sage du groupe sourit, hochant la tête d'un signe négatif. Le juif qui était là répondit alors : dans le Temple, sans aucun doute. Ce que s'empressa de corriger le musulman : dans les mosquées, évidemment. Le chrétien se sentit obligé de dire : je crois que c'est dans les églises. Mais le vieux sage n'était toujours pas d'accord. Finalement il dit : Dieu est partout où tu le laisses entrer. 

    Mais un sage peut toujours rencontrer plus sage que lui. Ainsi, notre ami croisa un jeune homme qui allait se promener dans les bois. Que vas-tu y  

    faire ? demanda-t-il. « Rencontrer Dieu », répondit le jeune. « Mais Dieu est partout », fit évidemment remarquer le vieux sage. Et le jeune de répondre : « Oui, Dieu est partout, mais moi, je ne suis pas partout le même. C'est dans la forêt que je lui ouvre le plus facilement ma porte. » 


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  • Les ciseaux et l’aiguille

     

    Un roi rendit un jour visite au grand mystique soufi Farid. S'inclinant devant lui, il lui offrit un présent d'une grande valeur, un objet d'une rare beauté, une paire de ciseaux en or incrustés de diamants. Farid prit les ciseaux en main, les admira et les rendit à son visiteur en disant : 

    — Merci, Sire, pour ce cadeau précieux. L'objet est magnifique, mais je n'en ai pas l'usage. Donnez-moi plutôt une aiguille. Je n'ai que faire d'une paire de ciseaux. 

    — Je ne comprends pas, fit le roi, si vous avez besoin d'une aiguille, il vous faudra aussi les ciseaux ! 

    — Non, expliqua Farid. Les ciseaux coupent et séparent. Je n'en ai pas besoin. Une aiguille, par contre, recoud ce qui a été défait. Mon enseignement est fondé sur l'amour, l'union, la communion. Il me faut une aiguille pour restaurer l'unité. Les ciseaux déconnectent et tranchent. Apportez-moi une aiguille ordinaire quand vous reviendrez me voir, cela suffira. 

     

    Les ciseaux et l’aiguille

     

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