• Le berger et le rossignol

     

    Dans une belle nuit du charmant mois de mai,

    Un berger contemplait, du haut d’une  colline,

    La lune promenant sa lumière argentine

    Au milieu d’un ciel d’étoiles parsemé ;

    Le tilleul odorant, le lilas, l’aubépine,

    Au gré du doux zéphyr balançant leurs rameaux,

    Et les ruisseaux dans les prairies

    Brisant de claires eaux.

    Un rossignol, dans le bocage,

    Mêlait ses doux accents à ce calme enchanteur ;

    L’écho les répétait, et notre heureux pasteur,

    Transporté de plaisir, écoutait  son ramage.

    Mais tout à coup l’oiseau finit ses tendres sons.

    En vain le berger le supplie

    De continuer ses chansons.

    « Non dit le rossignol, c’est est fait pour la vie ;

    Je ne troublerai pas ses paisibles forêts.

    N’entends-tu pas dans ce marais

    Mille grenouilles coassantes

    Qui par des cris affreux insultent à mes chants ?

    Je cède, et reconnais que mes faibles accents

    Ne peuvent l’emporter sur leur voix glapissantes.

    -Ami dit le berger, tu vas combler leur vœux ;

    Te taire est le moyen qu’on les écoute mieux ;

    Je ne les entends plus aussitôt que tu chantes. »

     

    (Jean Pierre Claris De Florian)

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  •  

    Le miroir et la Vérité

     

    Dans le beau siècle d’or, quand les premiers humains,

    Au milieu d’une paix profonde,

    Coulaient des jours purs et sereins,

    La Vérité courait le monde

    Avec son miroir dans les mains.

    Chacun s’y regardait, et le miroir sincère

    Retraçait à chacun son plus secret désir

    Sans jamais le faire rougir ;

    Temps heureux, qui ne dura guère !

    L’homme devient bientôt méchant et criminel.

    La Vérité s’enfuit au ciel,

    En jetant de dépit son miroir sur la terre.

    Le pauvre miroir se cassa.

    Ses débris qu’au hasard la chute dispersa

    Furent perdus pour le vulgaire.

    Plusieurs siècles après on en connait le prix :

    Et c’est depuis ce temps que l’on voit plus d’un sage

    Chercher avec soin ces débris,

    Les retrouver parfois ; mais ils sont si petit

    Que personne n’en fait usage.

    Hélas ! Le sage le premier

    Ne s’y voit jamais tout entier.

     

    (Jean Pierre Claris De Florian)

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  •   

    L'AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE

     

    Aidons-nous mutuellement,

    La charge des malheurs en sera plus légère ;

    Le bien que l'on fait à son frère

    Pour le mal que l'on souffre est un soulagement.

    Confucius l'a dit ; suivons tous sa doctrine :

    Pour la persuader aux peuples de la Chine,

    Il leur contait le trait suivant.

     

     

     

    Dans une ville de l'Asie

    Il existait deux malheureux,

    L'un perclus, l'autre aveugle, et pauvres tous les deux.

    Ils demandaient au ciel de terminer leur vie :

    Mais leurs cris étaient superflus,

    Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique,

    Couché sur un grabat dans la place publique,

    Soufflait sans être plaint; il en soufflait bien plus.

    L'aveugle, à qui tout pouvait nuire,

    Était sans guide, sans soutien,

    Sans avoir même un pauvre chien

    Pour l'aimer et pour le conduire.

    Un certain jour il arriva

    Que l'aveugle à tâtons, au détour d'une rue,

    Près du malade se trouva;

    II entendit ses cris, son âme en fut émue.

    Il n'est tels que les malheureux

    Pour se plaindre les uns les autres.

    «J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres :

    Unissons-les, mon frère; ils seront moins affreux.

    - Hélas ! dit le perclus, vous ignorez, mon frère

    Que je ne puis faire un seul pas; Vous-même vous n'y voyez pas:

    À quoi nous servirait d'unir notre misère.

    - À quoi? répond l'aveugle, écoutez:

    à nous deux Nous possédons le bien à chacun nécessaire,

    j'ai des jambes, et vous des yeux.

    Moi, je vais vous porter; vous, vous serez mon guide

    Vos yeux dirigeront mes pas mal assures,

    Mes jambes à leur tour iront où vous voudrez:

    Ainsi, sans que jamais notre amitié décide

    Qui de nous deux remplit le plus utile emploi,

    Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.»

     

    (Jean Pierre Claris De Florian)

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  •  

     

    Le Rossignol et le Prince

     

    Un jeune prince, avec son gouverneur,

    Se promenait dans un bocage,

    Et s’ennuyait suivant l’usage ;

    C’est le profit de la grandeur.

    Un rossignol chantait sous le feuillage ;

    Le prince l’aperçoit, et le trouve charmant ;

    Et, comme il était prince, il veut dans le moment

    L’attraper et le mettre en cage.

    Mais pour le prendre il fait du bruit,

    Et l’oiseau fuit.

    « Pourquoi donc, dit alors son altesse en colère,

    Le plus aimable des oiseaux

    Se tient-il dans les bois, farouche et solitaire,

    Tandis que mon palais est rempli de moineaux ?

    -      C’est lui dit le mentor, afin de vous instruire

    de ce qu’un jour vous devez éprouver :

    les sots savent tous se produire

    le mérite se cache, il faut l’aller trouver. »

     

    (Jean Pierre Claris De Florian)

     

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  • Le philosophe et le Chat-huant

    Persécuté, proscrit, chassé de son asile,

    Pour avoir appelé les choses par leur nom,

    Un pauvre philosophe errait de  ville en ville,

    Emportant avec lui tous ses biens, sa raison.

    Un jour qu’il méditait sur le fruit de ses veilles,

    C’était dans un grand bois, il voit un chat-huant

    Entouré de geais, de corneilles,

    Qui le harcelaient en criant :

    « C’est un coquin, c’est un impie,

    Un ennemi de la patrie ;

    Il faut le plumer vif : oui, plumons, plumons,

    Ensuite nous le jugerons. »

    Et tous fondaient sur lui, la malheureuse bête,

    Tournant et retournant sa bonne et grosse tête,

    Leur disait, mais en vain, d’excellentes raisons.

    Touché de son malheur, car la philosophie

    Nous rend plus doux et plus humains,

    Notre sage fait fuir la cohorte ennemie,

    Puis dit au Chat-huant : « Pourquoi ces assassins

    En voulaient-ils à votre vie ?

    Que leur avez-vous fait ? » L’oiseau lui répondit :

    « rien du tout, mon seul crime est d’y voir clair la nuit. »

     

    (Jean Pierre Claris De Florian)

     

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  • Le Lierre et le Thym

    « Que je te plains, petite plante !

    Disait un jour le lierre au thym :

    Toujours ramper, c’est ton destin ;

    Ta tige chétive et tremblante

    Sort à peine de terre, et la mienne dans l’air,

    Unie au chêne altier que chérit Jupiter,

    S’élance avec lui dans la nue.

    -      Il est vrai, dit le thym, ta hauteur m’est connue ;

    Je ne puis sur ce point disputer avec toi ;

    Mais je me soutiens par moi-même ;

    Et, sans cet arbre, appui de ta faiblesse extrême,

    Tu ramperais plus bas que moi. »

     

    Traducteurs, éditeurs, faiseurs de commentaires,

    Qui nous parlez toujours de grec ou de latin

    Dans vos discours préliminaire,

    Retenez ce que dit le thym.

     

    (Jean Pierre Claris De Florian)

     

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  • Fable : Un  apologue est une espèce de petit drame : il a son exposition, son nœud, son dénouement. Que les acteurs en soient des animaux, des dieux, des arbres, des hommes, il faut toujours qu’ils commencent par me dire ce dont il s’agit, qu’ils m’intéressent à une situation, à un événement, soit quelque fois d’un simple mot, qui est le résultat moral de tout ce qu’on a dit ou fait.

     

    La Fable et la Vérité

     

    La Vérité, toute nue,

    Sortit un jour de son puits.

    Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;

    Jeunes et vieux fuyaient sa vue.

    La pauvre vérité restait là morfondue,

    Sans trouver un asile où pouvoir habiter.

    A ses yeux vient se présenter

    La Fable, richement vêtue,

    Portant plumes et diamants,

    La plupart faux, mais très brillants.

    « Eh ! Vous voilà ! Bonjour, dit-elle :

    Que faites vous ici seule sur ce chemin ? »

    La Vérité répond : Vous le voyez, je gèle ;

    Aux passants je demande en vain

    De me donner une retraite,

    Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,

    Vieille femme n’obtient plus rien.

    -      Vous êtes pourtant ma cadette,

    Dit la Fable, et sans vanité,

    Partout je suis fort bien reçue :

    Mais aussi, dame Vérité,

    Pourquoi nous montrer toute nue ?

    Cela n’est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;

    Qu’un même intérêt nos rassemble :

    Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.

    Chez le sage, à cause de vous,

    Je ne serais point rebutée ;

    A cause de moi, chez les fous

    Vous ne serez point maltraitée :

    Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,

    Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,

    Vous serrez, ma sœur, que partout

    Nous passerons de compagnie. »

     

    (Jean Pierre Claris De Florian)     

     

    06-08-2013 - 006 - Tokyo - Shinjuku Gyoen Park

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  • La guenon, le singe et la noix

      

    Une jeune guenon cueillit

    Une noix dans sa coque verte ;

    Elle y porte la dent, fait la grimace... ah ! Certes,

    Dit-elle, ma mère mentit

    Quand elle m'assura que les noix étaient bonnes.

    Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes

    Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit !

    Elle jette la noix. Un singe la ramasse,

    Vite entre deux cailloux la casse,

    L'épluche, la mange, et lui dit :

    Votre mère eut raison, ma mie :

    Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.

     

    Souvenez-vous que, dans la vie,

    Sans un peu de travail on n'a point de plaisir.

     

     

    (Pierre Claris de Florian)

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  • Les écrevisses

      

    La mère de l’écrevisse

    Dit un jour à sa fille :

    Pourquoi marches-tu de travers ?

    Mère répondit-elle,

    Marche donc la première,

    Et je marcherais derrière-toi.

    La mère fut bien obligée

    De reconnaître elle-même

    S’en allait sur le côté.

    Il est plus facile de donner des conseils en parlant

    Qu’en montrant l’exemple !!

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  • La corneille avisée

    Une corneille assoiffée Trouva, par hasard, une cruche Où restait un peu d'eau.

    Comment procéder, se dit-elle, pour en faire monter le niveau ? » De son bec, elle tenta de casser le col pour transformer le pot en bol, Mais elle n'y parvint pas. La corneille eut alors l'idée De jeter des petits cailloux au fond du récipient, Jusqu'à ce que ceux-ci fassent monter l'eau assez haut, Et qu'elle puisse se désaltérer.

     

    Pour chaque problème posé, II existe au moins une solution.

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