• Le vieux arbre et le jardinier

    Le vieux  arbre et le jardinier

     

    Un jardinier, dans son jardin,

    Avait un vieux arbre stérile ;

    C'était un grand poirier qui jadis fut fertile :

    Mais il avait vieilli, tel est notre destin.

    Le jardinier ingrat veut l'abattre un matin ;

    Le voilà qui prend sa cognée.

    Au premier coup l'arbre lui dit :

    Respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit

    Que je t'ai donné chaque année.

    La mort va me saisir, je n'ai plus qu'un instant,

    N'assassine pas un mourant

    Qui fut ton bienfaiteur. Je te coupe avec peine,

    Répond le jardinier ; mais j'ai besoin de bois.

    Alors, gazouillant à la fois,

    De rossignols une centaine

    S'écrie : épargne-le, nous n'avons plus que lui :

    Lorsque ta femme vient s'asseoir sous son ombrage,

    Nous la réjouissons par notre doux ramage ;

    Elle est seule souvent, nous charmons son ennui.

    Le jardinier les chasse et rit de leur requête ;

    Il frappe un second coup. D'abeilles un essaim

    Sort aussitôt du tronc, en lui disant : arrête,

    Écoute-nous, homme inhumain :

    Si tu nous laisses cet asile,

    Chaque jour nous te donnerons

    Un miel délicieux dont tu peux à la ville

    Porter et vendre les rayons :

    Cela te touche-t-il ? J'en pleure de tendresse,

    Répond l'avare jardinier :

    Eh ! Que ne dois-je pas à ce pauvre poirier

    Qui m'a nourri dans sa jeunesse ?

    Ma femme quelquefois vient ouïr ces oiseaux ;

    C'en est assez pour moi : qu'ils chantent en repos.

    Et vous, qui daignerez augmenter mon aisance,

    Je veux pour vous de fleurs semer tout ce canton.

    Cela dit, il s'en va, sûr de sa récompense,

    Et laisse vivre le vieux tronc.

     

    Comptez sur la reconnaissance

    Quand l'intérêt vous en répond.

     

    Jean-Pierre Claris de Florian. Source : www.poesie-francaise.fr 

     

    Le vieux  arbre et le jardinier

    Martinique aout 2017


  • Commentaires

    1
    Vendredi 16 Février à 09:11

    Un merveilleux coup de coeur pour ce poème très juste. J'ai un vieux cerisier d'au moins 60 ans planté par le grand père de mon mari qui se meurt ainsi tout doucement. Son tronc est tout creusé et abrite des oiseaux en son sein. Il finira de sa belle mort à moins que le vent ne l'abatte.

    Bon week-end Renal

      • Vendredi 16 Février à 13:04

        Bon week-end à toi aussi Pestoune.

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