• Poemes de Maurice Carême

    8 pages de poèmes

  • Je le sais bien, Seigneur…

     

    Je le sais bien, Seigneur,

    Que vous êtes le cœur

    Qui fait battre mon cœur

    D’un si doux battement,

    Que vous êtes la peine

    Qui chante dans mes veines,

    Que vous êtes la joie

    Qui pleure au fond de moi.

     

    Mais n’êtes vous pas aussi

    Ce désir qui me brise

    D’être oiseau dans la brise

    Ou cerise qui luit,

    D’être ce qui jaillit

    De la terre en la source

    De la biche en sa course,

    De l’enfant dans son cri.

     

    N’êtes-vous cet appel

    Qui creuse un puits de ciel

    Où mes colombes noires

    Longuement viennent boire,

    Cette attente suprême

    De me quitter sans fin

    Et me perdre enfin

    Dans les êtres que j’aime.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

     

    Je le sais bien, Seigneur…


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  • Pleins soleil

     

    Le soleil est aux bains, le soleil est aux plages.

    Qu’attendez-vous, terriens, à l’ombre de vos toits ?

     

    Les mouettes ne parlent plus que de voyages.

    Il est temps de laisser la bêche à son sol froid.

     

    Les maillots de couleur, sur le sable brûlant,

    Font des fleurs plus jolies que celles des avoines.

     

    Les femmes ont des corps de miel et de safran.

    Les enfants sont plus vifs que des airs de sardanes.

     

    Les parasols sont verts, les cabines sont bleues,

    Les coquillages blonds se constellent de feux,

    Des ânes vont trottant dans un bruit de sonnailles.

     

    Tout va, tout rit, tout vient, tout court, tout luit, tout bouge

    Et dressé sur le quai tel un coq sur la paille,

    Un drapeau, sans arrêt, jette son grand cri rouge.

     

    Maurice Carême ( Á l’ami Carême)


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  • L’écolière

     

    Mon Dieu ! Que de choses à faire !

    Enlève tes souliers crottés,

    Pends donc ton écharpe au vestiaire,

    Lave tes mains pour le goûter,

     

    Revois tes règles de grammaire.

    Ton problème, est-il résolu ?

    Et la carte de l’Angleterre,

    Dis, quand la dessineras-tu ?

     

    Aurais-je le temps de bercer

    Un tout petit peu ma poupée,

    De rêver, assise par terre,

    Devant mes châteaux de nuées ?

    Mon Dieu ! Que de choses à faire !

     

    Maurice Carême

    Extrait  de « Poèmes d’aujourd’hui pour les enfants de maintenant » 

    Photo https://pixabay.com/fr


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  • Le bouleau

     

    Chaque nuit, le bouleau

    Du fond de mon jardin

    Devient un long bateau

    Qui descend ou l’Escaut.

    Ou la Meuse ou le Rhin.

    Il court à l’Océan

    Qu’il traverse en jouant

    Avec les albatros,

    Salue Valparaiso,

     

    Crie bonjour à Tokyo

    Et sourit à Formose.

    Puis, dans le matin rose,

    Ayant longé le Pôle,

    Lentement redevient

    Bouleau de mon jardin.

     

    Maurice Carême

    Le bouleau


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  • On ne sait pas si ce sont les chaises …

     

    On ne sait pas si ce sont les chaises

    Avec leur bon visage de paille,

     

    Les mésanges qui se chamaillent

    Dans l’ombre fraîche de la haie.

     

    Ou la claire rangée de hêtres

    Qu’on voit d’ici par la fenêtre,

     

    Si ce sont les moutons familiers

    Qui broutent l’or du calendrier

     

    Ou le sourie de ma mère

    Qui coud, assise dans la lumière,

     

    Qui font ce bonheur simple et doux

    Comme une pomme sur la table

     

    Et cette paix si admirable

    Qu’on se jetterait à genoux.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

     

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  •  

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    Il pleut

     

    Il pleut sur les longs toits de tuiles,

    Il pleut sur les fleurs du pommier,

    Il pleut une pluie si tranquille

    Qu’on entend les jardins chanter.

     

    Il pleut comme au temps de Virgile,

    Comme au temps de Berthe aux longs pieds,

    Il pleut sur les longs toits de tuiles,

    Il pleut sur les fleurs du pommier.

     

    Il pleut du bleu doux sur la ville

    Il pleut et, dans le ciel ouaté,

    Tous les colombiers sont mouillés.

    Les pigeons semblent, sur les tuiles

    Des bouquets de  fleurs de pommiers.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

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  • Le cheval

     

    Et le cheval longea ma page.

    Il était seul, sans cavalier,

    Mais je venais de dessiner

    Une mer immense et sa plage.

     

    Comment aurais-je pu savoir

    D’où il venait, où il allait ?

    Il était grand, il était noir,

    Il ombrait ce que j’écrivais.

     

    J’aurai pourtant dû deviner

    Qu’il ne fallait pas l’appeler.

    Il tourna lentement la tête

     

    Et comme s’il n’avait eu peur

    Que je lise en son cœur de bête,

    Il redevient simple blancheur.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

     

    p1020613

     


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  • Reflet des choses

     

    Je suis le reflet des choses ;

    Je ris jusqu’au bout des doigts.

    Je ne suis ni vert, ni rose,

    Je suis vous et je suis moi.

     

    Hé ! je me métamorphose

    Parfois en petit Chinois,

    Je suis le reflet des choses ;

    Je ris jusqu’au bout des doigts

     

    Oui, je ris, je ris sans cause

    De tout, de vous et de moi.

    Jamais je ne me repose.

    Je luis partout à la fois.

    Je suis le reflet des choses.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

     

    Lac de Serre Ponçon Vu du Barrage  (4)

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  • C’est une journée….

     

    C’est une journée qui s’écoule

    Après des milliers de journées

    Comme un petit marron qui roule

    Sous le châtaignier des années.

    C’est une journée qui s’en va,

    Où s’en vont toutes les journées

    Et qui n’a même pas le droit

    De tourner un moment la tête

    Pour voir la trace de ses pas.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

     

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  • Qui donc me fait tourner…

     

    Qui donc me fait tourner

    Comme une feuille sur le pré,

     

    Tourner, tourner pour m’emporter

    Plus haut que le coq du clocher ?

     

    Ô joie, je sais bien que c’est toi,

    Mais je suis si lourde en tes bras

     

    Que, ne pouvant me soulever,

    Tu me fais tourner et tourner,

     

    Soûlée par l’odeur des verveines,

    Sans me laisser reprendre haleine.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

     

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  • Où …

     

    Où la journée n’est plus

    Qu’un panier de soleil,

     

    Où les enfants refondent

    Sans fin le chant du monde,

     

    Où les vols d’hirondelles

    Passent sous l’arc-en-ciel,

     

    Où les cloches n’annoncent

    Que de bonnes nouvelles,

     

    Où la paix rit à l’aise

    Assis sur une chaise,

     

    C’est là, seulement là

    Que je me sens chez moi.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

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    Après le beau temps…

     

    Après le beau temps,

    La pluie ;

    Après l’oiseau bleu,

    La pie.

     

    Après les rumeurs,

    La lune ;

    Après l’arbre en fleurs,

    La prune.

     

    Après les vendanges,

    Les fables ;

    Après les archanges

    Les diables.

     

    Mais après l’école,

    Le jeu,

    Et, sur nos joues folles,

    Le feu.

     

    Maurice Carême (Á l’ami Carême)

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