• Poèmes de Victor Hugo

    4 pages de poèmes de Victor Hugo

  • Printemps

     

    Tout était d’accord dans les plaines

    Tout était d’accord dans les bois

    Avec la douceur des haleines,

    Avec le mystère des voix

     

    Tout aimait ; tout faisait la paire.

    L'arbre à la fleur disait : Nini ;

    Le mouton disait: Notre Père,

    Que votre sainfoin soit béni !

    Les abeilles dans l'anémone

    Mendiaient, essaim diligent ;

    Le printemps leur faisait l’aumône

    Dans une corbeille d'argent.

     

    Victor Hugo Les Chansons des rues et des bois)

    Printemps

    Parc de la Légion d'honneur Mars 2017


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  • En hiver la terre pleure

     

    En hiver la terre pleure ;

    Le soleil froid, pâle et doux,

    Vient tard, et part de bonne heure,

    Ennuyé du rendez-vous.

     

    Leurs idylles sont moroses.

    - Soleil ! Aimons ! - Essayons.

    O terre, où donc sont tes roses ?

    - Astre, où donc sont tes rayons ?

     

    Il prend un prétexte, grêle,

    Vent, nuage noir ou blanc,

    Et dit : - C'est la nuit, ma belle ! -

    Et la fait en s'en allant ;

     

    Comme un amant qui retire

    Chaque jour son coeur du noeud,

    Et, ne sachant plus que dire,

    S'en va le plus tôt qu'il peut.

     

    Victor Hugo

    VERCORS AVRIL 2016


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  • La fée

    Viens, bel enfant ! je suis la Fée.

    Je règne aux bords où le soleil

    Au sein de l’onde réchauffée

    Se plonge, éclatant et vermeil.

    Les peuples d’Occident m’adorent.

    Les vapeurs de leur ciel se dorent,

    Lorsque je passe en les touchant;

    Reine des ombres léthargiques,

    Je bâtis mes palais magiques

    Dans les nuages du couchant.

    Mon aile bleue est diaphane ;

    L’essaim des Sylphes enchantés.

    Croit voir sur mon dos, quand je plane,

    Frémir deux rayons argentés.

    Ma main luit, rose et transparente ;

    Mon souffle est la brise odorante

    Qui, le soir, erre dans les champs ;

    Ma chevelure est radieuse,

    Et ma bouche mélodieuse

    Mêle un sourire à tous ses chants !

    J’ai des grottes de coquillages ;

    J’ai des tentes de rameaux verts ;

    C’est moi que bercent les feuillages,

    Moi que berce le flot des mers.

    Si tu me suis, ombre ingénue,

    Je puis t’apprendre où va la nue,

    Te montrer d’où viennent les eaux ;

    Viens, sois ma compagne nouvelle,

    Si tu veux que je te révèle

    Ce que dit la voix des oiseaux

     

    Victor Hugo (Ballades 1826) 

    La fée

    https://pixabay.com


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  • La lune

     

    Jeanne songeait, sur l’herbe assise,

    grave et rose ;

    Je m’approchai : - Dis-moi si tu veux

    quelque chose,

    Jeanne ? - car j’obéis à ces charmants amours,

    Je les guette, et je cherche à comprendre toujours

    Tout ce qui peut passer par ces divines têtes.

    Jeanne m’a répondu : - Je voudrais voir des bêtes.

    Alors je lui montrai dans l’herbe une fourmi.

    Vois ! Mais Jeanne ne fut contente qu’à demi.

    Non, les bêtes, c’est gros, me dit-elle.

    Leur rêve,

    C’est le grand. L’Océan les attire à sa grève,

    Les berçant de son chant rauque,

    et les captivant '.Par l’ombre, et par la fuite effrayante

    du vent.

    Ils aiment l’épouvante, il leur faut le prodige.

    Je n’ai pas d’éléphant sous la main, répondis-je.

    Veux-tu quelque autre chose ? O Jeanne, on te le doit !

    Parle. - Alors Jeanne au ciel leva son petit doigt.

    Ça, dit-elle. - C’était l’heure où le soir commence.

    Je vis à l’horizon surgir la lune immense.

     

    Victor Hugo (L’art d’être grand père)

     

    La lune vue des Pyrénées Orientales Saillagouse aout 2016

    photo Benoît

     


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  • Souvenirs ! Printemps !

     

    Elle courait dans la rosée,

    Sans bruit, de peur de m’éveiller ;

    Moi, je n’ouvrais pas ma croisée,

    De peur de la faire envoler.

     

    Ses frères riaient... - Aube pure !

    Tout chantait sous ses frais berceaux,

    Ma famille avec la nature,

    Mes enfants avec les oiseaux ! -

     

    Je toussais, on devenait brave,

    Elle montait à petits pas,

    Et me disait d’un air très grave :

    «J’ai laissé les enfants en bas. »

     

    Qu’elle fût bien ou mal coiffée,

    Que mon cœur fût triste ou joyeux,

    Je l’admirais. C’était ma fée,

    Et le doux astre de mes yeux !

     

    Nous jouions toute la journée.

    O jeux charmants ! chers entretiens !

    Le soir, comme elle était l’aînée,

    Elle me disait : «- Père, viens !

     

    »Nous allons t’apporter ta chaise,

    » Conte-nous une histoire, dis ! -»

    Et je voyais rayonner d’aise

    Tous ces regards du paradis.

     

    Alors, prodiguant les carnages,

    J’inventais un conte profond

    Dont je trouvais les personnages

    Parmi les ombres du plafond.

     

    Toujours, ces quatre douces têtes

    Riaient, comme à cet âge on rit,

    De voir d’affreux géants très bêtes

    Vaincus par des nains pleins d’esprit.

     

    Victor Hugo contemplation 

    Photo Renal


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  • Mes adieux à l’enfance

    Qu’avec douceur je me rappelle

    Ces jours où, tournant dans nos mains

    Nos mouchoirs, tordus avec zèle

    Et durcis exprès pour nos reins,

    Nous affrontions gaîment la grêle

    Des fruits, pris aux pommiers voisins !

    Ces jours où d’une antique échelle

    Chargeant les appuis incertains,

    Plus fiers que des soldats Romains,

    Nous assiégions la citadelle

    D’un ancien chenil à Lapins !

     

    Victor Hugo (extrait)

    Pyrénées Orientales, Aout 2016 Calvaire du Font Romieu


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  • J’ai cueilli cette fleur…

     

    J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.

    Dans l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline,

    Que l’aigle connaît seul et peut seul approcher,

    Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.

    J’ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée

     

    Elle est pâle, et n’a pas de corolle embaumée,

    Sa racine n’a pris sur la crête des monts

    Que l’amène senteur des glauques goémons ;

    Moi, j’ai dit : Pauvre fleur, du haut de cette cime,

    Tu devais t’en aller dans cet immense abîme

    Où l’algue et le nuage et les voiles s’en vont.

    Va mourir sur un cœur, abîme plus profond.

    Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.

    Le ciel, qui te créa pour t’effeuiller dans l’ombre,

    Te fit pour l’Océan, je te donne à l’amour

     

    Victor Hugo (extrait)

     

    J’ai cueilli cette fleur…


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  • Attente

     

    Monte, écureuil, monte au grand chêne,

    Sur la branche des cieux prochaine,

    Qui plie et tremble comme un jonc.

    Cigogne, aux vieilles tours fidèle,

    Oh ! vole et monte à tire-d'aile

    De l'église à la citadelle,

    Du haut clocher au grand donjon.

     

    Vieux aigle, monte de ton aire

    A la montagne centenaire

    Que blanchit l'hiver éternel.

    Et toi qu'en ta couche inquiète

    Jamais l'aube ne vit muette,

    Monte, monte, vive alouette,

    Vive alouette, monte au ciel !

     

    Et maintenant, du haut de l'arbre,

    Des flèches de la tour de marbre,

    Du grand mont, du ciel enflammé,

    A l'horizon, parmi la brume,

    Voyez-vous flotter une plume

    Et courir un cheval qui fume,

    Et revenir mon bien-aimé ?

     

    Victor Hugo, Les Orientales

    Attente


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