• Poèmes de Victor Hugo

    4 pages de poèmes de Victor Hugo

  • Attente

     

    Monte, écureuil, monte au grand chêne,

    Sur la branche des cieux prochaine,

    Qui plie et tremble comme un jonc.

    Cigogne, aux vieilles tours fidèle,

    Oh ! vole et monte à tire-d'aile

    De l'église à la citadelle,

    Du haut clocher au grand donjon.

     

    Vieux aigle, monte de ton aire

    A la montagne centenaire

    Que blanchit l'hiver éternel.

    Et toi qu'en ta couche inquiète

    Jamais l'aube ne vit muette,

    Monte, monte, vive alouette,

    Vive alouette, monte au ciel !

     

    Et maintenant, du haut de l'arbre,

    Des flèches de la tour de marbre,

    Du grand mont, du ciel enflammé,

    A l'horizon, parmi la brume,

    Voyez-vous flotter une plume

    Et courir un cheval qui fume,

    Et revenir mon bien-aimé ?

     

    Victor Hugo, Les Orientales

    Attente


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  • Après l’hiver

     

    N’attendez pas de moi que je vais vous donner
    Des raisons contre Dieu que je vois rayonner ;
    La nuit meurt, l’hiver fuit ; maintenant la lumière,
    Dans les champs, dans les bois, est partout la première.
    Je suis par le printemps vaguement attendri.
    Avril est un enfant, frêle, charmant, fleuri ;
    Je sens devant l’enfance et devant le zéphyre
    Je ne sais quel besoin de pleurer et de rire ;
    Mai complète ma joie et s’ajoute à mes pleurs.
    Jeanne, George, accourez, puisque voilà des fleurs.
    Accourez, la forêt chante, l’azur se dore,
    Vous n’avez pas le droit d’être absents de l’aurore.
    Je suis un vieux songeur et j’ai besoin de vous,
    Venez, je veux aimer, être juste, être doux,
    Croire, remercier confusément les choses,
    Vivre sans reprocher les épines aux roses,
    Être enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.

     

    Ô printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
    On sent un souffle d’air vivant qui vous pénètre,
    Et l’ouverture au loin d’une blanche fenêtre ;
    On mêle sa pensée au clair-obscur des eaux ;
    On a le doux bonheur d’être avec les oiseaux
    Et de voir, sous l’abri des branches printanières,
    Ces messieurs faire avec ces dames des manières.

     

    Victor Hugo


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  • Il faut que le poète

     

    Il faut que le poète, épris d'ombre et d'azur,

    Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,

    Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,

    Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutent

    Les femmes, les songeurs, les sages, les amants,

    Devienne formidable à de certains moments.

    Parfois, lorsqu'on se met à rêver sur son livre,

    Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre,

    Où l'âme à chaque pas trouve à faire son miel,

    Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel,

    Au milieu de cette humble et haute poésie,

    Dans cette paix sacrée où croit la fleur choisie,

    Où l'on entend couler les sources et les pleurs,

    Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs,

    Volent chantant l'amour, l'espérance et la joie,

    Il faut que par instants on frissonne, et qu'on voie

    Tout à coup, sombre, grave et terrible au passant,

    Un vers fauve sortir de l'ombre en rugissant !

    Il faut que le poète aux semences fécondes

    Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes,

    Pleines de chants, amour du vent et du rayon,

    Charmantes, où soudain l'on rencontre un lion.

     

    Paris, mai 1842.

    Victor Hugo.

    http://www.poesie-francaise.fr

     

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  • La nature est pleine d’amour

     

    La nature est pleine d'amour,

    Jeanne, autour de nos humbles joies ;

    Et les fleurs semblent tour à tour

    Se dresser pour que tu les voies.

     

    Vive Angélique ! à bas Orgon !

    L'hiver, qu'insultent nos huées,

    Recule, et son profil bougon

    Va s'effaçant dans les nuées.

     

    La sérénité de nos coeurs,

    Où chantent les bonheurs sans nombre,

    Complète, en ces doux mois vainqueurs,

    L'évanouissement de l'ombre.

     

    Juin couvre de fleurs les sommets,

    Et dit partout les mêmes choses ;

    Mais est-ce qu'on se plaint jamais

    De la prolixité des roses ?

     

    L'hirondelle, sur ton front pur,

    Vient si près de tes yeux fidèles

    Qu'on pourrait compter dans l'azur

    Toutes les plumes de ses ailes.

     

    Ta grâce est un rayon charmant ;

    Ta jeunesse, enfantine encore,

    Éclaire le bleu firmament,

    Et renvoie au ciel de l'aurore.

     

    De sa ressemblance avec toi

    Le lys pur sourit dans sa gloire ;

    Ton âme est une urne de foi

    Où la colombe voudrait boire.

    Victor Hugo.

     

    http://www.poesie-francaise.fr

     

    L'Alpe-d'Huez Epilobe rose(23)

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  • Je ne demande pas autre chose aux forêts

     

    Je ne demande pas autre chose aux forêts

    Que de faire silence autour des antres frais

    Et de ne pas troubler la chanson des fauvettes.

    Je veux entendre aller et venir les navettes

    De Pan, noir tisserand que nous entrevoyons

    Et qui file, en tordant l'eau, le vent, les rayons,

    Ce grand réseau, la vie, immense et sombre toile

    Où brille et tremble en bas la fleur, en haut l'étoile.

     

    Victor Hugo.

    http://www.poesie-francaise.fr

    Foret des  Dioux(1)

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  • Mes poèmes

     

    Mes poèmes ! Soyez des fleuves !
    Allez en vous élargissant !
    Désaltérez dans les épreuves
    Les cœurs saignants, les âmes veuves,
    Celui qui monte ou qui descend.

    Que l'aigle plonge, loin des fanges,
    Son bec de lumière en vos eaux !
    Et dans vos murmures étranges
    Mêlez l'hymne de tous les anges
    Aux chansons de tous les oiseaux !

    Victor Hugo

    Cascades Confolens 1133 m (8)

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  • La pauvre fleur

    La pauvre fleur disait au papillon céleste
    — Ne fuis pas!
    Vois comme nos destins sont différents. Je reste,
    Tu t'en vas !

    Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes
    Et loin d'eux,
    Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes
    Fleurs tous deux !

    Mais, hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne.
    Sort cruel !
    Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine
    Dans le ciel !

    Mais non, tu vas trop loin ! — Parmi des fleurs sans nombre
    Vous fuyez,
    Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre
    À mes pieds !

    Tu fuis, puis tu reviens, puis tu t'en vas encore
    Luire ailleurs.
    Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore
    Toute en pleurs !

    Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles,
    Ô mon roi,
    Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes
    Comme à toi !

     

    Victor Hugo

    L'Alpe-d'Huez (21)

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  •  

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    Victor Hugo

     

      Victor Hugo est né le 26 février 1802 à Besançon. Il est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a joué un rôle majeur dans l’histoire du XIXe siècle.

    Victor Hugo occupe une place marquante dans l’histoire des lettres françaises au XIXe siècle, dans des genres et des domaines d’une remarquable variété. Il est poète lyrique avec des recueils comme Odes et Ballades (1826), Les Feuilles d'automne (1831) ou Les Contemplations (1856), mais il est aussi poète engagé contre Napoléon III dans Les Châtiments (1853) ou encore poète épique avec La Légende des siècles (1859 et 1877).

     

    Il est également un romancier du peuple qui rencontre un grand succès populaire avec notamment Notre-Dame de Paris (1831), et plus encore avec Les Misérables (1862). Au théâtre, il expose sa théorie du drame romantique dans sa préface de Cromwell en 1827 et l’illustre principalement avec Hernani en 1830 et Ruy Blas en 1838, mais aussi Lucrèce Borgia et Le Roi s'amuse.

     

    Son œuvre multiple comprend aussi des discours politiques à la Chambre des pairs, à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative, notamment sur la peine de mort, l’école ou l’Europe, des récits de voyages (Le Rhin, 1842, ou Choses vues, posthumes, 1887 et 1890), et une correspondance abondante.

     

    Victor Hugo a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre. Il a été admiré par ses contemporains et l’est encore, mais il a aussi été contesté par certains auteurs modernes. Il a aussi permis à de nombreuses générations de développer une réflexion sur l’engagement de l’écrivain dans la vie politique et sociale grâce à ses multiples prises de position, qui le condamneront à l’exil pendant les vingt ans du Second Empire.

     

    Ses choix, à la fois moraux et politiques, durant la deuxième partie de sa vie, et son œuvre hors du commun ont fait de lui un personnage emblématique, que la Troisième République a honoré à sa mort le 22 mai 1885 par des funérailles nationales, qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris, le 31 mai 1885.

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  • Hier, la nuit d'été

    Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles,
    Etait digne de toi, tant elle avait d'étoiles !
    Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux !
    Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées !
    Tant elle répandait d'amoureuses rosées
    Sur les fleurs et sur nous !

    Moi, j'étais devant toi, plein de joie et de flamme,
    Car tu me regardais avec toute ton âme !
    J'admirais la beauté dont ton front se revêt.
    Et sans même qu'un mot révélât ta pensée,
    La tendre rêverie en ton cœur commencée
    Dans mon cœur s'achevait !

    Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie
    Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie,
    Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heureux,
    Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures,
    Si pleines de rayons, de parfums, de murmures,
    Si douces toutes deux !

    Oh oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde !
    C'est lui qui fit ton âme et qui créa le monde !
    Lui qui charme mon cœur ! lui qui ravit mes yeux !
    C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère !
    C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre
    Comme l'étoile aux cieux !

    C'est Dieu qui mit l'amour au bout de toute chose,
    L'amour en qui tout vit, l'amour sur qui tout pose !
    C'est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour.
    C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine,
    A versé la beauté, comme une coupe pleine,
    Et dans mon cœur l'amour !

    Laisse-toi donc aimer ! — Oh ! L’amour, c'est la vie.
    C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie
    Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner.
    Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne.
    La beauté c'est le front, l'amour c'est la couronne :
    Laisse-toi couronner !

    Ce qui remplit une âme, hélas ! tu peux m'en croire,
    Ce n'est pas un peu d'or, ni même un peu de gloire,
    Poussière que l'orgueil rapporte des combats,
    Ni l'ambition folle, occupée aux chimères,
    Qui ronge tristement les écorces amères
    Des choses d'ici-bas ;

    Non, il lui faut, vois-tu, l'hymen de deux pensées,
    Les soupirs étouffés, les mains longtemps pressées,
    Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur,
    Et tout ce qu'un regard dans un regard peut lire,
    Et toutes les chansons de cette douce lyre
    Qu'on appelle le cœur !

    Il n'est rien sous le ciel qui n'ait sa loi secrète,
    Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite,
    Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour ;
    Le pêcheur a la barque où l'espoir l'accompagne,
    Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne,
    Les âmes ont l'amour !

    Victor Hugo

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