• Les deux chats

    Les deux chats

     

    Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard,

    Et dignes tous les deux de leur noble origine,

    Différaient d'embonpoint : l'un était gras à lard,

    C'était l'aîné ; sous son hermine

    D'un chanoine il avait la mine,

    Tant il était dodu, potelé, frais et beau :

    Le cadet n'avait que la peau

    Collée à sa tranchante échine.

    Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir,

    De la cave à la gouttière

    Trottait, courait, il fallait voir,

    Sans en faire meilleure chère.

    Enfin, un jour, au désespoir,

    Il tint ce discours à son frère :

    Explique-moi par quel moyen,

    Passant ta vie à ne rien faire,

    Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien,

    Et moi si mal. La chose est claire,

    Lui répondit l'aîné : tu cours tout le logis

    Pour manger rarement quelque maigre souris...

    - N'est-ce pas mon devoir ? - D'accord, cela peut être :

    Mais moi je reste auprès du maître ;

    Je sais l'amuser par mes tours.

    Admis à ses repas sans qu'il me réprimande,

    Je prends de bons morceaux, et puis je les demande

    En faisant patte de velours,

    Tandis que toi, pauvre imbécile,

    Tu ne sais rien que le servir,

    Va, le secret de réussir,

    C'est d'être adroit, non d'être utile.

     

    Jean-Pierre Claris de Florian. Source : www.poesie-francaise.fr 

     

    Limassol


  • Commentaires

    1
    Jeudi 23 Novembre à 06:52

    Ah la rouerie !  Il est bien malin notre dodu. Le maître est mal avisé de ne pas gâter le chasseur. Sans lui les souris mangeraient les réserves.

    2
    Jeudi 23 Novembre à 09:05

    Une belle fable !!

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