• Chanson.

    Un rayon de soleil se brise
    Sur la branche et sur les buissons.
    Je m'assieds à l'ombre, où la brise
    M'apporte parfums et chansons :

    Parfum de la fraise rougie
    Qui tremble sur le vert sentier ;
    Chanson — palpitante élégie —
    De l'oiseau sur le chêne altier ;

    Parfum de la rose sauvage,
    Doux trésor du pâtre amoureux ;
    Chanson égayant le rivage,
    Qui parle à tous les cœurs heureux :

    Parfum de la source qui coule
    Dans un lit de fleurs ombragé ;
    Chanson du ramier qui roucoule,
    Et me chante l'amour que j'ai ;

    Parfum de l'herbe qui s'emperle
    À la brume des soirs d'été ;
    Chanson éclatante du merle,
    Qui bat de l'aile en sa gaieté ;

    Parfum de toute la nature,
    Fleur, arôme, ambroisie et miel,
    Chanson de toute créature,
    Qui parle de la terre au ciel.

    Arsène Houssaye.


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    À la lumière

     

    Dans l'essaim nébuleux des constellations,

    Ô toi qui naquis la première,

    Ô nourrice des fleurs et des fruits, ô Lumière,

    Blanche mère des visions,

     

    Tu nous viens du soleil à travers les doux voiles

    Des vapeurs flottantes dans l'air :

    La vie alors s'anime et, sous ton frisson clair,

    Sourit, ô fille des étoiles !

     

    Salut ! car avant toi les choses n'étaient pas.

    Salut ! douce ; salut ! puissante.

    Salut ! de mes regards conductrice innocente

    Et conseillère de mes pas.

     

    Par toi sont les couleurs et les formes divines,

    Par toi, tout ce que nous aimons.

    Tu fais briller la neige à la cime des monts,

    Tu charmes le bord des ravines.

     

    Tu fais sous le ciel bleu fleurir les colibris

    Dans les parfums et la rosée ;

    Et la grâce décente avec toi s'est posée

    Sur les choses que tu chéris.

     

    Le matin est joyeux de tes bonnes caresses ;

    Tu donnes aux nuits la douceur,

    Aux bois l'ombre mouvante et la molle épaisseur

    Que cherchent les jeunes tendresses.

     

    Par toi la mer profonde a de vivantes fleurs

    Et de blonds nageurs que tu dores.

    Au ciel humide encore et pur, tes météores

    Prêtent l'éclat des sept couleurs.

     

    Lumière, c'est par toi que les femmes sont belles

    Sous ton vêtement glorieux ;

    Et tes chères clartés, en passant par leurs yeux,

    Versent des délices nouvelles.

     

    Leurs oreilles te font un trône oriental

    Où tu brilles dans une gemme,

    Et partout où tu luis, tu restes, toi que j'aime,

    Vierge comme en ton jour natal.

     

    Sois ma force, ô Lumière ! et puissent mes pensées,

    Belles et simples comme toi,

    Dans la grâce et la paix, dérouler sous ta foi

    Leurs formes toujours cadencées !

     

    Donne à mes yeux heureux de voir longtemps encor,

    En une volupté sereine,

    La Beauté se dressant marcher comme une reine

    Sous ta chaste couronne d'or.

     

    Et, lorsque dans son sein la Nature des choses

    Formera mes destins futurs,

    Reviens baigner, reviens nourrir de tes flots purs

    Mes nouvelles métamorphoses.

     

    Anatole France. (1844-1924)

     

    Maintenont


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