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    L'amitié

     

    Se souvenir du poids de ses silences, de ce qu'ils racontaient....

    Partir plus loin que son regard, tenter d'y saisir un de ses rêves,

    Rester assis là, si prés et pourtant si éloignés...

    L'amitié

    Sans jamais comprendre que le geste soit identique et pesé

    Le pas lourd et lent aux chemins inconnus,

    Partager sans vouloir odeurs et impressions

    Ne pas user de mots n'user que du subtil

    L'amitié

    Le regarder vivre et avoir peur de ses audaces,

    Désirer être lui au profond de ses peine

    Avoir la pudeur de toutes les phrases tues,

    Ne lui dites pas son trésor, sa richesse,

    L'amitié.

    Rime

     

     


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  • Extraits du livre de Jacqueline KELEN

    « Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien. »

     

     

    Conclusion

     

    Il faut donc en convenir : la miséricorde divine se situe bien au-delà de la récompense et du pardon. Elle n’est nullement troublée ni entachée par les multiples fautes des mortels. L’amour véritable est pur don, et non pardon. Entièrement gratuit, il ne fait pas les comptes, il n’a ni à réprimander ni à excuser. Il rayonne et toute ombre, toute tristesse s’évanouisse  en sa présence.

     

    L’Amour et la Justice ont une même finalité : aboutir à la réconciliation, à la paix, à la concorde.

     

    Le parcours du Prodigue est celui de toute âme arrivée en ce monde, tombée en un pays bien éloigné du Ciel : il lui faut frayer sa voie entre justice (le frère) et miséricorde (le père) se confronter à l’une et à l’autre. La justice se montre imparable, inévitable : elle décrète et tranche. La miséricorde, elle n’a rien d’assuré : imprévisible, elle survient soudainement, elle est pure grâce.

     

    La parabole de l’enfant prodigue ne raconte pas l’histoire d’un homme ordinaire, mais le parcours d’un être singulier, accédant après diverses épreuves à sa dignité et à sa liberté en renouant avec sa filiation divine. Plus encore, il s’agit de l’aventure de l’Âme venue ici-bas, qui se grise et s’éparpille parmi les plaisirs de l’existence terrestre, puis se réveille et entreprend de retourner à l’éternelle demeure.

     

    Lorsqu’on a le sentiment d’avoir échoué, d’avoir manqué à son devoir spirituel, il faut un fier courage, beaucoup d’amour et une vive espérance pour se présenter devant le père céleste. Ces vertus comptent beaucoup plus que la honte et le remords. Aussi le père montre-t-il une joie et une tendresse débordante envers le fils qui a failli mourir au loin. ( Jacqueline Kelen) Fin

     


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  • Extraits du livre de Jacqueline KELEN

     

    « Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien. »

     

     

    Avec l’âge, mes gestes deviennent maladroits, mes pas imprécis. J’ai perdu mon agilité à filer la laine, à confectionner des gâteaux au miel et lorsque vient le soir mes yeux clignent et s’embuent. Quoi qu’en dise le saint Livre, la vieillesse n’est pas enviable même si elle ouvre à la sagesse. Elle  nous dépouille de tant de choses, de la vigueur et des plaisirs du corps, de ses attraits, elle nous impose, avec la faiblesse, des limites de plus en plus resserrées. On se courbe, on s’amenuise, on marche moins loin et moins longtemps, on se couche avant que le soleil disparaisse même si on a du mal à s’endormir… Mais il est une chose qui ne diminue pas, bien au contraire, c’est la sensibilité : un rien fait monter la larme à l’œil, un rien fait trembler de bonheur ou de crainte. La vieillesse ressemble aux roseaux et aux papyrus qu’un moindre souffle agite et qui un jour, devenus secs, cassent soudain sous les doigts. Sa seule beauté loge dans ce tremblement au cœur, aux mains et aux paupières. Certains y lisent l’annonce du déclin, moi je sais que ce sont les signes d’un amour qui n’est jamais défait. (La mère)

     

    Qui n’est jamais tombé ne connaîtra pas la fierté de se relever, la joie de repartir. La pire épreuve peut devenir une porte ouverte à l’intérieur de soi : on fait silence, on s’interroge, on avance vers la profondeur. La pitié n’a rien de dédaigneux, elle révèle la part d’humanité commune à tout vivant, une part souvent endommagée. Celui qui éprouve cet étrange sentiment-ou est-ce une vertu majeure ? – ne se sent ni rehaussé ni épargné. Il a  simplement envie de serrer sur son cœur, d’héberger en son cœur la foule des hommes, errants, les agneaux qui tremblent et les fleurs éphémères, tout ce monde si beau qui un jour passera. (Le serviteur).

     

    Dieu, quelle clarté en cette nuit ! Les visages de tous brillent à la lueur des lampes, à la joie des retrouvailles. Tout est bien. Me voici renouvelé. Louez soit l’Éternel ! (le fils)

     

     


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  • Extraits du livre de Jacqueline KELEN

    « Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien. »

     

     

    Mon fils, mon fils bien-aimé, c’est bien toi. De loin je te reconnais malgré ta maigreur et ta démarche claudicante, je te vois te hâter, j’entends battre ton cœur, il résonne comme une harpe dans ma poitrine. Comme tu m’as manqué, cher enfant. Les ans ont passé sans ternir ton image, sans émousser mon attente. Depuis ton départ, le mûrier à l’ombre bienfaisante a élargi sa frondaison, les troupeaux ont prospéré et les grappes violettes foulées au pressoir ont donné un vin vigoureux, mais tu manquais à ce festin, tu manquais à ma joie.

    Ta mère n’a cessé de t’attendre, elle aussi, en gémissant. Elle te voulait pour elle, moi je te veux pour toi. Tu as grandi, tu as mûri, tu as pris la mesure de ta liberté et de tes limites et c’est bien ainsi. Surtout, n’aie regret ni honte, ne te sens pas coupable puisque tu reviens, puisque tu es là. Même si tu te prosternes en pleurs, je n’ai pas idée de la moindre punition à ton encontre et je n’ai rien à te pardonner. L’amour que je te porte est bien au-delà du châtiment et du pardon, il ne règle pas des comptes ni ne remet les dettes, il se tient bien plus haut que ces calculs d’usurier. Tu es revenu, riches de tes rencontres et de tes épreuves. Ne pleure pas mon enfant, ne mêle pas tes larmes amères à mes pleurs de joie. Je te retrouve, je te serre dans mes bras, mais tu n’es pas captif, ici tu es délivré de toute entrave, de toute malédiction, je te hisse vers la lumière. (Le père)

     

     

    L’homme vit peu de temps et il se livre à ses passions, à ses folies, sans essayer de les gouverner, de les comprendre. Il se laisse emporter par la colère, la jalousie, l’avidité ou l’ambition. Tous ces démons encombrent le monde, semant la discorde et la zizanie. Tes qualités sont très précieuses et j’apprécie ta présence à mes côtés, ta loyauté indéfectible. Mais mon amour de père  t’est donné dès le départ, tu n’a rien réclamé en cet instant. En restant auprès de moi tu as choisis ta voie comme ton frère à décider de la sienne en quittant la maison, et tous les deux je vous ai bénis. Ou bien tu te sens-tu- malheureux parce que j’embrasse quelqu’un que je devrais réprimander et punir ? Comment si la sollicitude et la tendresse étaient réservées aux seuls justes, aux hommes impeccables, alors que l’être humain est avant tout fragile, faillible et digne de pitié. Mon rôle de père consiste à panser, soigner et relever celui qui s’est égaré et meurtri sur le chemin. Pourquoi le cœur de l’homme est-t-il si ombrageux ? Que trame-t-il de si compliqué ? Pourquoi l’aîné se compare t-il  au cadet et réclame davantage ? Rien n’est fixé à tout jamais. Il n’est point de lac qui ne rêve un jour de devenir fleuve et la rivière vagabonde  ressent un jour l’envie de se reposer en se perdant à l’estuaire ou en devenant un calme étang.

    (Réponse du père au frère jaloux)

     

    Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien. (4)

    Colmar, décembre 2021


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  • Extraits du livre de Jacqueline KELEN

    « Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien. »

     

     

    Le plus humble travail peut être source de fierté et de gratitude. (Le vieux Serviteur).

     

    Moi, on ne me voit jamais, on ne me croit guère ou bien on rit quand j’annonce des choses à venir. Oh, ce n’est pas moi qui décide d’apporter une bonne nouvelle, de prévenir d’un danger, mais c’est avec bon cœur que je remplis scrupuleusement ma mission. Ce faisant, je porte secours aux hommes tout en obéissant au Seigneur.(L’Ange du retournement)

     

    Maintenant que je reviens vers toi, ce long séjour en des contrées étrangères ne me semble plus un échec. J’ai festoyé et joué aux dés, j’ai ri aux éclats et dépensé d’énormes sommes pour offrir aux femmes qui m’accueillaient des étoffes étincelantes, des anneaux d’or, des escarboucles. Et j’ai connu ’amour d’une belle passante, j’ai pleuré de la perdre et ne me suis pas consolé. Mais l’amour est resté. J’ai eu froid, j’ai eu faim, j’ai marché dans la boue avant de ressentir, telle une épine dans le cœur, le mal de ta demeure, de ta maison de paix qui peut- être ne m’attend pas. Oui, j’ai beaucoup perdu, j’ai rudement appris, mais ce n’est pas une défaite. Me voici dépouillé, nu, étrangement léger, je n’ai à te donner que mon grand dénuement.

    Suis-je pauvre pour autant? Le vrai pauvre, à mon sens, est celui à qui rien ne manque, qui n’attend rien d’autrui, qui est plein de lui-même, et il est bien à plaindre. Moi, avec mon âme assoif­fée de retour, je suis riche de ma belle espérance, de mon désir immense de te retrouver, d’être à nouveau ton fils très cher. Il est puéril de croire que pendant son absence les êtres et les choses que l’on a quittés restent intacts, sans bouger, comme s’ils vous attendaient, comme si le temps s’arrêtait. Oui, c’est bien ridicule. Mais, en dépit des ans et des douleurs, je le crois, je l’espère follement, là-bas ils attendent mon retour, Mère guette encore chaque jour l’horizon et Père invoque le Seigneur miséricordieux.

    ( Le Fils)

    Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien.(3)

    Colmar 31 décembre 2021

     



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