• Far-niente

    Far-niente

     

    Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage

    Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,

    J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,

    Loin des chemins poudreux, à demeurer assis

    Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,

    Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.

     

    Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi

    Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,

    Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,

    Le puceron qui grimpe et se pende au brin d’herbe,

    La chenille traînant ses anneaux veloutés,

    La limace baveuse aux sillons argentés,

    Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.

     

    Ensuite je regarde, amusement frivole,

    La lumière brisant dans chacun de mes cils,

    Palissade opposée à ses rayons subtils,

    Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte

    En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;

    Et lorsque je suis las je me laisse endormir,

    Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,

    Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,

    Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

     

    Théophile Gautier, Premières Poésies

    Aout 2014, Hautes Alpes, col de la Saume


  • Commentaires

    1
    Jeudi 26 Janvier à 10:05

    Ah comme je m'y vois bien à vivre ces instants de quiétude printanières ou estivales. Bientôt. Le temps suit son cours et les beaux jours nous apporteront de nouveaux plaisirs.

    Bonne journée Renal

    2
    Silviastella
    Jeudi 26 Janvier à 20:43

    Merci pour ce partage et douce soirée.

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