• TAIZÉ Un sens à la vie

    Extrait du livre d’OLIVIER CLEMENT 

    « TAIZÉ Un sens à la vie » 

     

    « J'ai reçu le baptême dans l'Église orthodoxe mais, au long de ma recherche, je n'ai pas pu ne pas rencontrer Taizé. J'ai été touché au cœur par les textes brefs et lumineux de frère Roger, certains réunis en volumes que l'on aime emporter avec soi, peut-être comme on emporte une gourde d'eau fraîche dans le désert. Bien vite, j'ai découvert non seulement la pensée, mais aussi la force créatrice de frère Roger et de ses compagnons, cette aimantation qui attire à Taizé, chaque année, des jeunes par dizaines de milliers. Flux toujours renouvelés qui font de Taizé le lieu d'une prodigieuse rencontre où se construit l'Europe de l'Esprit. 

    Dans un monde où mûrissent bien des promesses mais qui ne sait dire que la dérision, Taizé est un lieu où l'on pressent "autre chose". Ne craignez rien, Taizé ne s'approprie personne, ne prétend pas être l'Eglise, seulement le seuil et le signe de l'Église en perspective de réconciliation. 

     

    À Taizé on s'éveille à l'amitié, au silence, à la prière... On y trouve un sens à la vie. Et l'on rentre chez soi avec le goût irrépressible de cet éveil. » 

    Olivier Clément 

     

    « Taizé est un lieu où l’on pressent « autre chose ». Ne craignez rien, gardiens des orthodoxies ! Taizé ne s’approprie personne, ne prétend pas être l’Eglise, seulement le seuil et le signe de l’’Eglise, en perspective de réconciliation. A Taizé, on « s’éveille » au silence, à la prière, à l’amitié. On découvre que le christianisme est possible à l’amitié. Et l’on revient dans son pays, dans sa paroisse, avec un goût irrépressible de ce éveil et de cette amitié. » 

     

    « A Taizé, des hommes jeunes pleins de vie, se libèrent des idolâtries de ce monde pour se faire disponibles à Dieu et à tous ces jeunes auxquels ils offrent une amitié désintéressée » 

     

    « Ce qui me bouleverse quand je vais à Taizé, c'est d'entrer dans cette immense église de la Réconciliation et de voir ces milliers de regards, ces milliers de visages. 

    Comment s'expliquer que chaque année des dizaines de milliers de jeunes des cinq continents se rendent à Taizé en pèlerinage ininterrompu, semaine après semaine ? 

    Dans la jeunesse, il y a une extraordinaire soif de l'absolu. Et il est patent qu'actuellement beaucoup de jeunes se rendent dans des monastères. Est-ce pour Dieu ? Ce qu'ils sentent avant tout dans un monastère, c'est un mystère, une paix, une profondeur, tout ce que n’a pas cette société dans laquelle nous vivons. » 

     

    « Le jeune d’aujourd’hui à la tête qui fonctionne à toute vitesse, soit sur des idées et sur des systèmes, soit simplement sur des désirs et sur des souhaits que lui fournissent les médias. Mais les espaces du cœur sont des espaces en friche, et il est très important de pacifier les intelligences pour qu’elles puissent peut-être alors entendre la prière. C’est pourquoi le temps de silence qui est vécu dans la prière à Taizé, et dans lequel les jeunes entrent si volontiers, est tout à fait fondamental. La prière s’infuse dans le silence et celui-ci permets aux mots de la prière, quand ils reviennent, d’être des mots différents du bavardage habituel. » 

     

    « Dans un monde qui devient de plus en plus cloisonné, homogénéisé par des haines collectives, les jeunes vivent à Taizé une expérience d’unité dans la diversité, et cela répond une fois de plus à leurs besoins les plus profonds. Il y a des cloisons, mais en même temps il y a une planétarisation : de plus en plus les jeunes voyagent d’un bout à l’autre de l’Europe, d’un bout à l’autre du monde, et ils ont un sens concret de l’universel » 

    On ne demande à personne de renoncer à son appartenance nationale ou confessionnelle ; au contraire, ces appartenances vont s’enrichir mutuellement, elles vont apprendre à s’accepter. Les jeunes chrétiens peuvent alors vivre l’unité dans la diversité. » 

     

    « Les jeunes ont besoin d'une présence qui ait quelque chose de gratuit, qui ne demande rien et qui soit simplement prête à les écouter. Or le moine ne demande rien pour lui, il ne cherche pas à capter, à absorber, à séduire, et il est ainsi prêt à écouter. Alors ces frères, à Taizé, vers qui les jeunes peuvent aller, devant qui ils peuvent ouvrir leur cœur - et il est si rare à notre époque de pouvoir parler de certaines .choses fondamentales -, accomplissent un ministère tout à fait essentiel. » 

     

    « Dans la communauté se rejoignent des gens ayant des origines confessionnelles différentes, mais vivant ensemble parce qu’ils sont chrétiens. Ils veulent être chrétiens ensemble, en respectant leurs origines diverses et en menant cette vie commune qui est un exemple de réconciliation. » 

    « C’est comme un microcosme où sont présents des hommes d’origines protestante, anglicane, des catholiques, peut être demain des orthodoxes, des hommes de toutes appartenances ethniques, parlant des langues diverses, et rassemblant autour d’eux des jeunes de toutes origines, parlant toutes langues. » 

     

    « Entre chrétiens, il est très important de découvrir et d’aimer chez l’autre sa manière d’aller vers le Christ, sa manière d’aimer le Christ. Il n’y a aucune raison de ne pas se mettre d’accord théologiquement. Rien de peut être bloqué doctrinalement. » 

     

    « Beaucoup de jeunes disent qu’on se sent « chez soi » quand on se retrouve à Taizé. Je dois dire alors que moi aussi je me sens chez moi dans cette communauté qui prépare et qui anticipe l’Église indivise. » 

     

    « C'est ce lien entre une expérience spirituelle profonde et une ouverture créatrice sur le monde qui est au cœur des rencontres animées à Taizé, celles-ci s'articulant depuis de nombreuses années autour du thème « vie intérieure et solidarités humaines ». Et c'est ce christianisme-là qui doit être visé, car plus on devient un homme de prière, plus on devient un homme de responsabilité. La prière ne libère pas des tâches de ce monde : elle rend encore plus responsable. Rien n'est plus responsable que de prier. Cela, il faut véritablement le comprendre et le faire comprendre aux jeunes. » 

     

    « Nous sommes dans une culture qui favorise l'intelligence, le désir, la sexualité, quelquefois aussi l'ardeur, la violence dans les phénomènes collectifs, mais très peu le « cœur », au sens de l'être le plus central de l'homme. L'homme d'aujourd'hui vit essentiellement dans ces trois dimensions : soit la dimension intellectuelle, soit la dimension de l'ardeur, de l'agressivité, de la violence, soit la dimension du désir qui est sans cesse trituré par toute l'atmosphère de l'époque.  Et le problème, c'est justement de faire descendre 

    L’intelligence, et aussi de faire monter le désir, dans le « cœur », qui est le creuset où ils vont se trouver purifiés dans le feu de la grâce et où l’être humain va véritablement s’unifier et se dépasser, s’unifier et s’ouvrir. » 

     

    « Des temps de silence peuvent eux aussi contribuer à la découverte et à la maturation  d'une vie intérieure. Nous sommes dans un monde où le silence est pauvre, où le silence est vide, où le silence est triste. Alors les gens le remplissent par du bruit. Il y a le bruit intérieur, la pensée qui tourne, les associations d'idées, les désirs, les rêves, et, quand il n'y a pas cela, on tourne le bouton de la radio, on ouvre la télévision, on zappe, etc. Nous sommes dans un monde de bruit perpétuel, nous sommes tout le temps occupés, alors il est très important d'apprendre à faire silence, et qu'en même temps ce silence devienne un silence habité. À Taizé, le silence est précédé et suivi par le chant, si bien que le chant le pénètre et que ce silence devient prière. Là, des forces profondes qui sont en chacun, et qui ne s'éveillent pas habituellement, commencent à s'éveiller. » 

     

    « Dieu n'est jamais l'auteur du mal, il ne veut ni la souffrance ni la détresse humaines. Dieu ne veut ni les guerres, ni les tremblements de terre, ni la violence des accidents. Il ne suscite jamais la peur, ni l'angoisse, mais il partage la peine de qui traverse l'incompréhensible épreuve. » Ces paroles de frère Roger peuvent être souvent entendues dans l'église de la Réconciliation. Les jeunes ont effectivement tôt ou tard ce sentiment : « Si Dieu existe et qu'il nous aime, pourquoi est-ce que le monde est si mauvais ? Pourquoi est-ce qu'il y a tant de choses laides, moches, gâchées, perdues, et pas seulement le mal chaotique, mais aussi le mal pervers, le mal qui est fait en quelque sorte pour nous faire douter ?  

    Il faut vraiment dire aux jeunes que Dieu n'est pas « tout-puissant » au sens que ce concept a pour nous spontanément. Certes, il a fallu une toute-puissance pour créer d'autres libertés; nous, nous ne pouvons créer que des reflets, des images, mais nous ne pouvons pas créer un autre. Dieu a créé un autre et il lui a aussi donné l'espace de sa liberté, car l'amour ne peut pas contraindre. Les Pères de l'Église, en particulier les Pères grecs, disaient : « Dieu peut tout, sauf contraindre l'homme à l'aimer. » Sa toute-puissance s'accomplit donc dans une toute-faiblesse : il laisse exister l'autre dans sa liberté, liberté qui peut se tourner vers le bien comme vers le mal. C'est un mystère fondamental : Dieu ne peut agir dans le monde qu'à travers des cœurs qui s'ouvrent librement à lui, et il agit alors comme un influx de lumière, de paix et d'amour. Il ne peut pas du tout agir du dehors, comme le ferait un dictateur ou un ouragan. » 

     

    « Les frères de Taizé n'ont jamais voulu créer 'un mouvement qui serait centré sur la communauté. Au contraire, loin de retenir les jeunes pour eux-mêmes, ils les stimulent à être porteurs de paix, de réconciliation et de confiance dans leurs villes, leurs universités, leurs lieux de travail et leurs paroisses. Cet accueil totalement désintéressé est quelque chose d'absolument fondamental pour les jeunes. » 

    « Il ne faut pas avoir  de complexe de culpabilité parce que l’on est joyeux. Il est bon de le rappeler une fois encore : la joie ne s’oppose pas à las compassion, mais elle la nourrit. La joie est porteuse de vie. » 

    « En Dieu, le partage d'un étonnement, d'une admiration, d'une inquiétude, d'une angoisse ou d'une souffrance nous donne chaque fois le sentiment que nous ne sommes pas perdus, et qu'au fond des choses il n'y a pas le néant, mais l'amour. Et, finalement, c'est cela prier sans cesse : vivre avec cette conviction intérieure qu'au fond des choses il n'y a pas le néant, mais l'amour. » 


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