• Pourquoi être chrétien ?

    Extrait de « Pourquoi être chrétien ? » 

    De Timothy Radcliffe 

     

    « Je veux donc réfléchir ici sur ce que la foi peut faire comme différence dans notre façon de vivre. 

    Mais disons-le tout de suite, l’absolue différence ne vient pas de ce que les chrétiens seraient meilleurs que les autres. Rien ne prouve que nous le sommes. 

    L’Église accueille tout le monde, et spécialement ceux dont la vie est un gâchis. Si les Églises sont si souvent l’objet d’attaques dans la presse, et si tous nos péchés font la une, c’est parce que l’on pense généralement, mais à tort, qu’être chrétien, c’est prétendre être meilleur que les autres. Ce livre ne cherchera pas identifier l’ingrédient particulier au christianisme, le secret de sa saveur, comme l’ingrédient mystérieux de la chartreuse verte ou ce qu’il y a de spécial dans les Pepsi Cola ; il s’efforcera plutôt d’examiner différents aspects de la foi chrétienne, de voir comment ils peuvent nous inviter à garder une certaine distance par rapport à la culture dominante du village global. Ce sont ces différences qui donnent leur sens à nous affirmations sur notre foi ; si notre vie n’est pas, de quelque manière, bizarre, si nous sommes tout à fait dans la ligne, ce que nous disons de la foi sera vide. 

    La raison d’être du christianisme est d’orienter vers Dieu, de le désigner comme sens de notre vie. L’espérance  est suspendue à la certitude que l’existence humaine a une raison d’être ultime ; si elle n’en a pas, le christianisme et toutes les autres religions avec lui sont une perte de temps. 

    Être orienté vers Dieu, ce n’est pas seulement croire que Dieu est le but de mon pèlerinage personnel à travers la vie et la mort ; nous croyons que c’est en Dieu que toute l’humanité trouvera son unité et son sens. En dehors de l’ensemble de l’humanité, je suis incomplet, inachevé. » 

     

     

     

    « Exister n’est pas un simple fait brut. C’est être maintenu dans l’existence par la Parole de Dieu. Et comprendre les choses n’est pas leur imposer un sens arbitraire, c’est entrer en contact avec le Créateur qui leur donne l’existence. 

     

    « Chrétiens, nous espérons l’éternité. Mais l’éternité n’est pas ce qui arrive à la fin du temps, quand nous serons morts. L’éternité commence maintenant, chaque fois que nous vivons de la vie de Dieu. Elle arrive chaque fois que nous surmontons la haine par l’amour. La génération du maintenant ne vit pas tant dans le présent que pour l’avantage qui va être donné, pour l’acquisition imminente, pour ce qu’on s’attend à consommer. C’est une envie irrésistible de changement. L’espérance signifie permettre à l’éternité de Dieu de traverser les nuages, maintenant. Vivre dans l’espérance, c’est vivre pleinement  le moment présent. » 

     

    « Comme l’écrit Eric Hoffer « Ceux qui veulent transformer une nation ou changer le monde n’y arriveront pas en nourrissant et en canalisant le mécontentement ni en démontrant que le changement voulu est raisonnable et souhaitable, ni en obligeant les gens à adopter un nouveau mode de vie, Ils doivent savoir comment allumer et entretenir la flamme d’une espérance extravagante. «  

     

    « La raison d’être du christianisme est avant tout de nous montrer que la vie a un sens. Notre vie est orientée vers une fin ultime. En dépit de toute l’absurdité et de toute la souffrance que nous pouvons connaître, le sens a le dernier mot. Nous ne sommes peut être pas encore en mesure de dire l’histoire de notre vie ou celle de l’humanité, mais notre espérance est qu’un jour, tout ce que nous avons été tout ce que nous avons vécu révèlera son sens. » 

     

    Le christianisme nous invite à une liberté particulière, à un bonheur particulier, qui sont un partage de la vitalité de Dieu. » 

     

    « L’Eglise ne sera le berceau de la liberté évangélique que si l’on nous voit nous tenir auprès des gens, les aidant à prendre des décisions morales plutôt que de les prendre à leur place. Les gens ne seront pas attirés par l’Eglise si sa morale semble dicter aux gens ce qu’ils doivent faire. A tort ou à raison, ce sera ressenti comme un empiètement sur notre autonomie. » 

     

    « L’amitié signifie qu’on  voit avec les yeux des autres, qu’on est attentif à ce qu’ils vivent, qu’on prend au sérieux leur intuitions et leurs doutes. » 

     

    « Les amis ont des devoirs les uns envers les autres, devoirs qui ne les obligent pas tant qu’ils les unissent. Devoirs de l’amour plutôt que de la loi. C’est  donc seulement dans l’amitié et en étant proche que l’Eglise peut se trouver à nos côtés quand nous sommes face à des dilemmes, et devons faire des choix. Ainsi seulement les gens auront assez de confiance pour faire des choix inventifs et libérateurs, qui vont plus loin que l’alternative évidente, et pour innover. » 

     

    « Le regret, c’est être désolé d’avoir fait ce qu’on a fait. Le remord, c’est se rendre compte qu’on n’avait pas vraiment envie de le faire. » 

     

    « La spontanéité naît dans un cœur simple. La spontanéité ne consiste pas à faire la première chose qui nous passe par la tête. Elle consiste à agir à partir de ce qu’il y a de plus profond en notre être, là où Dieu nous maintient en vie. » 

     

    « Le christianisme, c’est la bonne nouvelle que Dieu nous a créés pour le bonheur et, en fin de compte, pour le bonheur qui est que Dieu soit Dieu ; mais nous ne pouvons en être des témoins crédibles si nous chrétiens, nous sommes misérables et complexés. Il ne peut y avoir d’annonce de la bonne nouvelle si celle-ci ne naît pas de la joie. » 

     

    « Sur bien des points, nous connaissons une plus grande sécurité que nos ancêtres. En tout cas, en Occident, nous sommes largement protégés contre la maladie, la violence et la misère. Et pourtant, nous avons peur : nous sommes angoissés devant les dangers  que nous avons créés : un désastre écologique, la vache folle, la puissance nucléaire, les cultures génétiquement modifiées. Je me suis trouvée en Afrique, dans des pays où les gens avaient supporté, jour après jour, de terribles dangers, dans le calme et la confiance, alors qu’en Occident, le moindre risque provoque souvent la panique. » 

     

    « Dieu vient de l’intérieur, du plus profond de nous-mêmes. Il est comme le disait saint Augustin,  plus proche de nous que nous-mêmes. 

    Dieu vient à nous comme un enfant vient près de sa mère, touche son être profond et la transforme peu à peu. Sinon ce serait une violence, un viol. Nous devons être patient, parce ce que Dieu ne vient jamais comme un agent extérieur, mais dans l’intimité de notre être corporel, qui vit dans le temps. » 

     

    « Quand je prie tout simplement pour que cesse ma migraine, ou que je trouve du travail – Dieu vient, non pas comme un magicien venu d’en haut avec, dans sa poche, une solution immédiate. Souvent, Dieu vient en secret, sans se faire voir, avec un infini respect pour les rythmes de la vie humaine. » 

     

    « On doit apprendre l'art d'être seul. Je ne puis être bien avec d'autres si je ne suis pas capable d'être heureux en étant seul. Si la solitude me terrifie, je vais m'accrocher aux autres, non parce que je suis heureux d'être avec eux, pour eux-mêmes, mais parce qu'ils sont une solution à mes problèmes. Je vais voir les autres comme des moyens de combler mon propre vide, ma terrible solitude; je ne serai plus capable de me réjouir de ce qu'ils sont. Ainsi, quand nous sommes avec quelqu'un d'autre, soyons vraiment présents, et quand nous sommes seuls, apprécions notre solitude. » 

     

    « Pour les chrétiens, le grand mensonge consiste à regarder les autres sans bienveillance, à fermer les yeux sur ce que leur humanité à de bon, à les alourdir du poids de leurs péchés. » 

     

    « Nous ne voyons pas exactement les gens si nous ne les regardons pas avec bienveillance. L’amour fait attention aux gens, au fait même de leur existence, la haine coupe de la réalité, de sorte que la personne que l’on déteste devient le symbole de tout ce qui est menaçant, plutôt que quelqu’un  de réel. » 

     

    « Un jour, un rabbin demande à ses étudiants : « Comment savez-vous que la nuit est terminée et que le jour se lève ? » Un étudiant propose : « Quand on peut voir qu'un animal, au loin, est un lion et non un léopard. - Non ! » Dit le rabbin. Un autre dit : « Quand on peut dire qu'un arbre porte des figues et non des pêches. –  

    Non », dit le rabbin, « c'est quand en regardant le visage de quelqu'un, on peut voir que cet homme ou cette femme est un frère ou une sœur ; jusque-là, quelle que soit l'heure du jour, vous êtes encore dans la nuit. » 

     

     

    « Nous devons quelquefois accuser, mais pas avant d'avoir discerné la bonté fondamentale de l'autre. Des gens qui sont bons font parfois des choses qui sont mauvaises. Dans notre monde livré au doute et au soupçon, nous avons besoin d'une autre presse; d'une presse libérée de ses limites héritées des Lumières. Nous avons besoin d'un autre débat politique, un débat dont l'objectif ne serait pas de montrer que l'adversaire ne vaut rien, mais de parvenir ensemble à une meilleure compréhension du bien commun. » 

     

    « Le Royaume de Dieu n’est pas un autre endroit, caché dans quelque coin éloigné et où l’on espère aller un jour. C’est l’unité de tous les êtres humains dans le Christ. » 

     

    « Dieu est celui en qui personne n’est à la marge, parce que le centre de Dieu est partout et sa circonférence nulle part. C’est là que nous serons complètement chez nous, dans ce vaste espace qu’est Dieu, car tout le monde sera chez lui. » 

     

    « L’humilité chrétienne ne consiste pas à se sentir un méprisable ver de terre c’est avoir un juste respect de soi-même. Jean Louis Brugès, a écrit que l’humilité était le nom chrétien de l’estime de soi. » Grâce à l’humilité, je demeure en moi, satisfait d’être ce que je suis. C’est une libération de la rivalité, du besoin de se mesurer sans cesse aux autres. L’humilité me donne une ambition à la mesure de ce que je peux faire et me libère de l’imagination de ce dont je suis incapable. » 

     

    « L’humilité nous libère du besoin impérieux d’avoir le premier rôle ; elle nous fait accepter de jouer un rôle dans l’histoire que nous partageons avec d’autres, mais pas nécessairement le plus important. » 

     

    Conclusion 

     

    « Si notre foi est vraie, alors Dieu est la raison de toute chose. Il est notre destinée et notre bonheur, celui vers qui nous sommes orientés. 

    Notre foi ne s’arrête pas aux formulations mais s’en sert pour aller vers le mystère de Dieu qui est au-delà des mots. Nos mots désignent plus que les mots. Je les ai comparés à des flèches pointées sur ce que nous ne pouvons pas apercevoir. Nous tirons nos flèches dans le noir. Nos affirmations sur Dieu ne sont intelligibles que si notre vie est orientée vers Dieu. Hors du contexte d’une vie qui va  au-delà d’elle-même, nos affirmations sur Dieu ne veulent pas dire grand-chose ; elles seront comme des flèches jamais tirées : elles ne convaincront personne et n’auront aucune autorité ; Nous pouvons parler d’amour, de liberté et d’espérance autant que nous voulons, s’il n’y en a aucun signe dans notre vie, nous gaspillons notre souffle. 

    Ce qui est demandé à l’Eglise est donc d’être le genre de communauté qui peut parler de Dieu de façon convaincante, c'est-à-dire un lieu de compassion et de compréhension mutuelle, de joie et de liberté. Si nous paraissons être des gens craintifs, des gens qui ont peur du monde et des autres, pourquoi croirait-on ce que nous disons ? 

    La raison d’être chrétien, finalement, c’est d’orienter vers Dieu. 

    Si le christianisme doit permettre à des vies d’être orientées vers Dieu, s’il doit aider les pèlerins à avancer vers ce qui est notre demeure ultime, il faut que nous nous donnions mutuellement du courage. Si nous croyons vraiment que l’Esprit Saint a été donné à l’Eglise, à la Pentecôte, nous pouvons certainement être détendus les uns avec les autres. » 

     

     

     

     

     


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