• Poèmes divers (Les Etoiles des hommes)

    LES ÉTOILES DES HOMMES

      

    Les collines, sous l'avion, creusaient déjà leur sillage d'ombre dans l'or du soir. Les plaines devenaient lumineuses mais d'une inusable lumière : dans ce pays elles n'en finissent pas de rendre leur or, de même qu'après l'hiver elles n'en finissent pas de rendre leur neige.

     

    Et le pilote Fabien, qui ramenait de l'extrême Sud, vers Buenos-Aires, le courrier de Patagonie, reconnaissait l'approche du soir aux mêmes signes que les eaux d'un port : à ce calme, à ces rides légères qu'à peine dessinaient de tranquilles nuages. Il entrait dans une rade immense et bienheureuse.

     

    Il eût pu croire aussi, dans ce calme, faire une lente promenade, presque comme un berger. Les bergers de Patagonie vont, sans se presser, d'un troupeau à l'autre :

     

    il allait d'une ville à l'autre, il était le berger des petites villes. Toutes les deux  heures il en rencontrait qui venaient boire au bord des fleuves ou qui broutaient leur plaine.

     

    Quelquefois, après cent kilomètres de steppes plus inhabitées que la mer, il croisait une ferme perdue, et qui semblait emporter en arrière, dans une houle de prairies, sa charge de vies humaines alors il saluait des ailes ce navire.

     

    Antoine de  Saint-Exupéry

     

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