24 Mai 2015, St Donatien
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Mères, l’enfant qui joue

 

Mères, l'enfant qui joue à votre seuil joyeux,

Plus frêle que les fleurs, plus serein que les cieux,

Vous conseille l'amour, la pudeur, la sagesse.

L'enfant, c'est un feu pur dont la chaleur caresse ;

C'est de la gaieté sainte et du bonheur sacré ;                      

C'est le nom paternel dans un rayon doré ;

Et vous n'avez besoin que de cette humble flamme

Pour voir distinctement dans l'ombre de votre âme.

Mères, l'enfant qu'on pleure et qui s'en est allé,                 

Si vous levez vos fronts vers le ciel constellé,

Verse à votre douleur une lumière auguste ;

Car l'innocent éclaire aussi bien que le juste !

Il montre, clarté douce, à vos yeux abattus,

Derrière notre orgueil, derrière nos vertus,

Derrière la nuit noire où l'âme en deuil s'exile,

Derrière nos malheurs, Dieu profond et tranquille.

Que l'enfant vive ou dorme, il rayonne toujours !

Sur cette terre où rien ne va loin sans secours,

Où nos jours incertains sur tant d'abîmes pendent,

Comme un guide au milieu des brumes que répandent

Nos vices ténébreux et nos doutes moqueurs,

Vivant, l'enfant fait voir le devoir à vos cœurs ;

Mort, c'est la vérité qu'à votre âme il dévoile.

Ici, c'est un flambeau ; là-haut, c'est une étoile.

 

Victor Hugo (Les rayons et les ombres)

 

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Vendredi 17 Avril 2015 à 07h48 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire
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http://www.nature-et-poesie.fr
Samedi 28 Février 2015 à 09h44 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire

 

Les paupières des fleurs.

 

Les paupières des fleurs, de larmes toujours pleines,
Ces visages brumeux qui, le soir, sur les plaines
Dessinent les vapeurs qui vont se déformant,
Ces profils dont l'ébauche apparaît dans le marbre,
Ces yeux mystérieux ouverts sur les troncs d'arbre,
Les prunelles de l'ombre et du noir firmament
Qui rayonnent partout et qu'aucun mot ne nomme,
Sont les regards de Dieu, toujours surveillant l'homme,
Par le sombre penseur entrevus vaguement.


Victor Hugo.

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Dimanche 27 Juillet 2014 à 10h05 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire

Fêtes de village en plein air

 

Le bal champêtre est sous la tente.

On prend en vain des airs moqueurs ;

Toute une musique flottante

Passe des oreilles aux cœurs.

 

On entre, on fait cette débauche

De voir danser en plein midi

Près d'une Madelon point gauche

Un Gros-Pierre point engourdi.

 

On regarde les marrons frire ;

La bière mousse, et les plateaux

Offrent aux dents pleines de rire

Des mosaïques de gâteaux.

 

Le soir, on va dîner sur l'herbe;

On est gai, content, berger, roi,

Et, sans savoir comment, superbe,

Et  tendre, sans savoir pourquoi.

 

Feuilles vertes et nappes blanches ;

Le couchant met le bois en feu ;

La joie ouvre ses ailes franches ;

Comme le ciel immense est bleu !

 

Victor Hugo

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Vendredi 23 Mai 2014 à 07h38 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire
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Lundi 05 Mai 2014 à 09h24 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire

Les rayons et les ombres (extrait)

 

Oh ! Que j'étais heureux ! Oh ! Que j'étais candide !

En classe, un banc de chêne, usé, lustré, splendide,

Une table, un pupitre, un lourd encrier noir,

Une lampe, humble sœur de l'étoile du soir,

M'accueillaient gravement et doucement.  Mon maître,

Comme je vous l'ai dit souvent, était un prêtre

À l'accent calme et bon, au regard réchauffant,

Naïf comme un savant, malin comme un enfant,

Qui m'embrassait, disant, car un éloge excite : -

Quoiqu'il n'ait que neuf ans, il explique Tacite.

Puis, près d'Eugène, esprit qu'hélas !

Dieu submergea,

Je travaillais dans l'ombre, et je songeais déjà.

Tandis que j'écrivais, sans peur, mais sans système,

Versant le barbarisme à grands flots sur le thème,

Inventant aux auteurs des sens inattendus,

Le dos courbé, le front touchant presque au Gradus,

Je croyais, car toujours l'esprit de l'enfant veille,

Ouïr confusément, tout près de mon oreille,

Les mots grecs et latins, bavards et familiers,

Barbouillés d'encre, et gais comme des écoliers,

Chuchoter, comme font les oiseaux dans une aire,

Entre les noirs feuillets du lourd dictionnaire.

Bruits plus doux que le bruit d'un essaim qui s'enfuit,

Souffles plus étouffés qu'un soupir de la nuit,

Qui faisaient par instants, sous les fermoirs de cuivre,

Frissonner vaguement les pages du vieux livre !

 

Victor Hugo

 

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Vendredi 18 Avril 2014 à 07h46 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire

La nuit s’en va

 

La nuit s'en va. Parmi les étoiles qui meurent

Souvent ma rêverie errante fait un choix.

Je travaille debout, regardant à la fois

Éclore en moi l'idée et là-haut l'aube naître.

Je pose l'écritoire au bord de la fenêtre

Que voile et qu'assombrit, comme un antre de loups.

Une ample vigne vierge accrochée à cent clous,

Et j'écris au milieu des branches entrouvertes,

Essuyant par instants ma plume aux feuilles vertes.

 

Victor Hugo

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Jeudi 20 Mars 2014 à 08h41 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire

La barricade

 

Sur une barricade, au milieu des pavés

Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés,

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.

« Es-tu de ceux là, toi ? » L’enfant dit : « Nous en sommes. 

C’est bon, dit l’officier, on va te fusiller.

Attend ton tour. » L’enfant voit des éclairs briller,

Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.

Il dit à l’officier : « Permettez-vous que j’aille

Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?

Tu veux t’enfuir ? Je vais revenir. Ces voyous

Ont peur ! Où loges-tu ? Là près de la fontaine.

Et je vais revenir, monsieur le Capitaine.

Va-t’en, drôle ! » L’enfant s’en va. Piège grossier !

Et les soldats riaient avec leurs officiers.

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;

Mais ce rire cessa, car soudain l’enfant pâle,

Brusquement reparu, fier comme Viala,

Vint s’adosser au mur et leur dit : « Me voilà »

 

La mort stupide eut honte, et l’officier fit grâce.

 

Victor Hugo

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Mardi 11 Février 2014 à 09h25 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire
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Jeudi 30 Janvier 2014 à 09h13 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire

Unité

 

Par-dessus l’horizon aux collines brunies,

Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,

Se penchait sur la terre, à l’heure du couchant ;

Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,

Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,

Blanche, épanouissait sa candide auréole ;

Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,

Regardait fixement, dans l’éternel azur,

Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.

« Et moi, j’ai des rayons aussi ! » lui disait-elle.

 

Victor Hugo

Dimanche 05 Janvier 2014 à 10h06 dans Poèmes de Victor HugoPoster un commentaire
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