• Tout était d’accord

      

    Tout était d'accord dans les plaines,

    Tout était d'accord dans les bois

    Avec la douceur des haleines,

    Avec le mystère des voix.

     

    Tout aimait ; tout faisait la paire,

    L'arbre à la fleur disait : Nini;

    Le mouton disait : Notre Père,

    Que votre sainfoin soit béni !

     

    Les abeilles dans l'anémone,

    Mendiaient, essaim diligent;

    Le printemps leur faisait l'aumône

    Dans une corbeille d'argent.

     

    Et l'on mariait dans l'église,

    Sous le myrte et le haricot,

    Un œillet nommé Cydalise .

    Avec un chou nommé Jacquot. [...]

     

    Cachés par une primevère,

    Une caille, un merle siffleur,

    Buvaient tous deux au même verre

    Dans une belladone en fleur.

     

    Pensif, j'observais en silence,

    Car un cœur n'a jamais aimé

    Sans remarquer la ressemblance

    De l'amour et du mois de mai.

     

    (Victor Hugo)

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  • la traversée (36)

    Mauvaises langues

     

     

    Un pigeon aime une pigeonne !

    Grand scandale dans le hallier

    Que tous les ans mai badigeonne.

    Une ramière aime un ramier! [...]

     

     

    L'ara blanc, la mésange bleue,

    Jettent des car, des si, des mais,

    Où les gestes des hoche queue

    Semblent semer des guillemets.

     

     

    - J'en sais long sur la paresseuse !

    Dit un corbeau, juge à mortier.

    - Moi, je connais sa blanchisseuse.

    - Et moi, je connais son portier. [...]

     

     

    Le geai dit : Leurs baisers blasphèment !

    Le pinson chante : Ça ira.

    La linotte fredonne : Ils s'aiment.

    La pie ajoute : Et caetera.

     

    Victor Hugo


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  • SAM_0226

    Enfants, oiseaux et Fleurs

     

    Je suis des bois l'hôte fidèle,

    Le jardinier des sauvageons.

    Quand l'automne vient, l'hirondelle

    Me dit tout bas : Déménageons.

     

     

    Après frimaire, après nivôse,

    Je vais voir si les bourgeons frais

    N'ont pas besoin de quelque chose

    Et si rien ne manque aux forêts.

     

     

    Je dis aux ronces : Croissez, vierges !

    Je dis : Embaume ! Au serpolet ;

    Je dis aux fleurs bordant les berges :

    Faites avec soin votre ourlet.

     

    J'aime la broussaille mouvante,

    Le lierre, le lichen vermeil,

    Toutes les coiffures qu'inventé

    Pour les ruines le soleil.

     

     

    Quand mai fleuri met des panaches

    Aux sombres donjons mécontents,

    Je crie à ces vieilles ganaches :

    Laissez donc faire le printemps !

     

    Victor Hugo


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  • Printemps

     

    Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !

    Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,

    Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !

    Les peupliers, au bord des fleuves endormis,

    Se courbent mollement comme de grandes palmes ;

    L'oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;

    Il semble que tout rit, et que les arbres verts

    Sont joyeux d'être ensemble et se disent des vers.

    Le jour naît couronné d'une aube fraîche et tendre ;

    Le soir est plein d'amour ; la nuit, on croit entendre,

    A travers l'ombre immense et sous le ciel béni,

    Quelque chose d'heureux chanterdans l'infini.

     

    Victor-Hugo.

     

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  • LA MORT D’UN CHIEN

     

    Un groupe tout à l'heure était là sur la grève,

    Regardant quelque chose à terre. — Un chien qui crève !

    M’ont crié des enfants ; voilà tout ce que c'est. —

    Et j'ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.

    L'Océan lui jetait l'écume de ses lames.

    — Voilà trois jours qu'il est ainsi, disaient des femmes,

    On a beau lui parler, il n'ouvre pas les yeux.

    — Son maître est un marin absent, disait un vieux.

    Un pilote, passant la tête à sa fenêtre,

    A repris : — Ce chien meurt de ne plus voir son maître.

    Justement le bateau vient d'entrer dans le port ;

    Le maître va venir, mais le chien sera mort.

     

    Je me suis arrêté près de la triste bête,

    Qui, sourde, ne bougeant ni le corps, ni la tête,

    Les yeux fermés, semblait morte sur le pavé.

    Comme le soir tombait, le maître est arrivé,

    Vieux lui-même ; et, hâtant son pas que l'âge casse,

    A murmuré le nom de son chien à voix basse.

    Alors, rouvrant ses yeux pleins d'ombre, exténué,

    Le chien a regardé son maître, a remué

    Une dernière fois sa pauvre vieille queue,

    Puis est mort.

    C'était l'heure où, sous la voûte bleue,

    Comme un flambeau qui sort d'un gouffre, Vénus luit.

    Et j'ai dit : D'où vient l'astre ? Où va le chien ? Ô nuit !

     

    VICTOR  HUGO

     

    vieux fort (5)

     


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  • Soleil couchant

     

    J'aime les soirs sereins et beaux, j'aime les soirs, Soit qu'ils dorent le front des antiques manoirs

    Ensevelis dans les feuillages ;

    Soit que la brume au loin s'allonge en bancs de feu ;

    Soit que mille rayons brisent dans un ciel bleu

    À des archipels de nuages.

     

    Oh ! Regardez le ciel ! Cent nuages mouvants, Amoncelés là-haut sous le souffle des vents,

    Groupent leurs formes inconnues ;

    Sous leurs flots par moments flamboie un pâle éclair.

    Comme si tout à coup quelque géant de l'air

    Tirait son glaive dans les nues.

     

    Le soleil, à travers leurs ombres, brille encor ; Tantôt fait, à l'égal des larges dômes d'or,

    Luire le toit d'une chaumière ;

    Ou dispute aux brouillards les vagues horizons ;

    Ou découpe, en tombant sur les sombres gazons,

    Comme de grands lacs de lumière.

     

    Puis voilà qu'on croit voir, dans le ciel balayé, Pendre un grand crocodile au dos large et rayé,

    Aux trois rangs de dents acérées ;

    Sous son ventre plombé glisse un rayon du soir ;

    Cent nuages ardents luisent sous son flanc noir

    Comme des écailles dorées.

     

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  • OÙ TROUVE-T-ON L'AURORE ?

    Puisque là-bas s'entrouvre une porte vermeille,

    Puisque l'aube blanchit le bord de l'horizon,

    Pareille au serviteur qui le premier s'éveille

    Et, sa lampe à la main, marche dans la maison,

     

    Puisqu'un blême rayon argenté la fontaine,

    Puisqu'à travers les bois l'immense firmament

    Jette une lueur pâle et calme que la plaine

    Regarde vaguement.

     

    Puisque le point du jour sur les monts vient d'éclore,

    Je m'en vais dans les champs tristes, vivants et doux

    Je voudrais bien savoir où l'on trouve une aurore

    Pour cette sombre nuit que nous avons en nous !

     

    Que fait l'homme ? La vie est-elle une aventure ?

    Que verra-t-on après et de l'autre côté ?

    Tout frissonne. Est-ce à moi que tu parles, nature,

    Dans cette obscurité ?

    Victor Hugo

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  • Le Pont

     

    J'avais devant les yeux les ténèbres. L'abîme,
    Qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime,
    Etait là, morne, immense ; et rien n'y remuait.
    Je me sentais perdu dans l'infini muet.
    Au fond, à travers l'ombre, impénétrable voile,
    On apercevait Dieu comme une sombre étoile.
    Je m'écriais : - Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
    Pour traverser ce gouffre où nul bord n'apparaît,
    Et pour qu'en cette nuit jusqu'à ton Dieu tu marches,
    Bâtir un pont géant sur des milliers d'arches.
    Qui le pourra jamais ? Personne ! O deuil ! Effroi !
    Pleure ! - Un fantôme blanc se dressa devant moi
    Pendant que je jetai sur l'ombre un œil d'alarme,
    Et ce fantôme avait la forme d'une larme ;
    C'était un front de vierge avec des mains d'enfant ;
    Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
    Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
    Il me montra l'abîme où va toute poussière,
    Si profond que jamais un écho n'y répond,
    Et me dit : - Si tu veux, je bâtirai le pont. -
    Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
    - Quel est ton nom ? Lui dis-je. Il me dit : - La prière.

    Victor HUGO

     


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  • Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées

    Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées.
    Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
    Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
    Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !

    Tous ces jours passeront; ils passeront en foule
    Sur la face des mers, sur la face des monts,
    Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
    Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

    Et la face des eaux, et le front des montagnes,
    Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
    S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
    Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.

    Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
    Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
    Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
    Sans que rien manque au monde, immense et radieux !

    Victor HUGO

     

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  • AIMONS-NOUS TOUJOURS ! AIMONS-NOUS ENCORE !

    Aimons toujours ! Aimons encore !
    Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.
    L'amour, c'est le cri de l'aurore,
    L'amour c'est l'hymne de la nuit.

    Ce que le flot dit aux rivages,
    Ce que le vent dit aux vieux monts,
    Ce que l'astre dit aux nuages,
    C'est le mot ineffable : Aimons !

    L'amour fait songer, vivre et croire.
    Il a pour réchauffer le cœur,
    Un rayon de plus que la gloire,
    Et ce rayon c'est le bonheur !

    Aime ! qu'on les loue ou les blâme,
    Toujours les grand cœurs aimeront :
    Joins cette jeunesse de l'âme
    A la jeunesse de ton front !

    Aime, afin de charmer tes heures !
    Afin qu'on voie en tes beaux yeux
    Des voluptés intérieures
    Le sourire mystérieux !

    Aimons-nous toujours davantage !
    Unissons-nous mieux chaque jour.
    Les arbres croissent en feuillage ;
    Que notre âme croisse en amour !

    Soyons le miroir et l'image !
    Soyons la fleur et le parfum !
    Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,
    Se sentent deux et ne sont qu'un !

    Les poètes cherchent les belles.
    La femme, ange aux chastes faveurs,
    Aime à rafraîchir sous ses ailes
    Ces grand fronts brûlants et rêveurs.

    Venez à nous, beautés touchantes !
    Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
    Ange ! viens à moi quand tu chantes,
    Et, quand tu pleures, viens à moi !

    Nous seuls comprenons vos extases.
    Car notre esprit n'est point moqueur ;
    Car les poètes sont les vases
    Où les femmes versent leur cœurs.

    Moi qui ne cherche dans ce monde
    Que la seule réalité,
    Moi qui laisse fuir comme l'onde
    Tout ce qui n'est que vanité,

    Je préfère aux biens dont s'enivre
    L'orgueil du soldat ou du roi,
    L'ombre que tu fais sur mon livre
    Quand ton front se penche sur moi.

    Toute ambition allumée
    Dans notre esprit, brasier subtil,
    Tombe en cendre ou vole en fumée,
    Et l'on se dit : " Qu'en reste-t-il ? "

    Tout plaisir, fleur à peine éclose
    Dans notre avril sombre et terni,
    S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
    Et l'on se dit : " C'est donc fini ! "

    L'amour seul reste. O noble femme
    Si tu veux dans ce vil séjour,
    Garder ta foi, garder ton âme,
    Garder ton Dieu, garde l'amour !

    Conserve en ton cœur, sans rien craindre,
    Dusses-tu pleurer et souffrir,
    La flamme qui ne peut s'éteindre
    Et la fleur qui ne peut mourir !

    Victor HUGO

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