• Oscar et la dame rose »

     

    EXTRAIT DU LIVRE DE ERIC-EMMANUEL SCHMITT

    «  Oscar et la dame rose »

     

    Résumé : Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la « dame rose » qui vient lui rendre visite à l’hôpital des enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours concasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut être les douze derniers. Mais grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende.

     

    Extraits :

     

     «  On m’appelle Crâne d’œuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis à l’hôpital à cause de mon cancer et je ne t’ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes, seulement si j’écris ça, ça la fout mal (Mamie Rose), tu vas moins t’intéresse à moi. Or j’ai besoin que tu t’intéresse. »

     

    « Mamie Rose, je ne te la présente pas, Dieu, c’est une bonne copine à toi, vu que c’est elle qui m’a di de t’écrire »

     

    « Si tu dis « mourir » dans un hôpital, personne n’entend. Tu peux être sûr qu’il va y avoir un trou d’air et que l’on va parler d’autre chose. J’ai fais le test avec tout le monde. »

     

    « - Mamie Rose, j’ai l’impression que personne ne me dit que je vais mourir.

     

    Elle me regarde.  – pourquoi veux-tu qu’on te le dise si tu le sais Oscar ! »

     

     

     

    « J’ai l’impression Mamie Rose, qu’on a inventé un autre hôpital que celui qui existe vraiment. On fait comme si on ne venait à l’hôpital que pour guérir. Alors qu’on y vient aussi pour mourir. »

     

    « Tu as raison, Oscar. Et je crois qu’on fait la même erreur pour la vie. Nous oublions que la vie est fragile, friable, éphémère. Nous faisons tous semblant d’être immortels. »

     

    « Le docteur a dit à mes parents que j’allais mourir et ils se sont enfuis. Je les déteste. »

     

     

     

    « Dieu j’ai un truc à te demander, je serais d’accord pour une petite visite. Une visite en esprit. Je trouve ça très fort. J’aimerai bien que tu m’en fasses une. Je suis ouvrable de huit heures du matin à neuf heures du soir. Le reste du temps je dors. Mais parfois dans la journée je pique des petits roupillons à cause des traitements. Mais si tu me trouves comme ça, n’hésite pas à me réveiller. Ca serait con de se rater à une minute près. »

     

     

     

    « - Réfléchis Oscar. De quoi te sens-tu le proche ? D’un Dieu qui n’éprouve rien ou d’un Dieu qui souffre ?

     

    -         De celui qui souffre évidement. Mais si j’étais lui, si j’étais Dieu, si, comme lui, j’avais les moyens, j’aurais évité de souffrir.

     

    -         Personne ne peut éviter de souffrir. Ni Dieu, ni toi. Ni tes parents ni moi.

     

    -         Bon d’accord. Mais pourquoi souffrir ?

     

    -         Justement il y a souffrance et souffrance. Regarde mieux son visage (celui du Christ). Observe. Est-ce qu’il a l’air de souffrir ?

     

    -         Non c’est curieux il n’a pas l’air  d’avoir mal.

     

    -         Voilà. Il faut distinguer deux peines, mon petit Oscar, la souffrance physique et la souffrance morale. La souffrance physique, on la subit. La souffrance morale, on la choisit.

     

    -         Je ne comprends pas.

     

    -         Si on t’enfonce des clous dans les poignets ou les pieds, tu ne peux pas faire autrement que d’avoir mal. Tu subis. En revanche, à l’idée de mourir, tu n’es pas obligé d’avoir mal. Tu ne sais pas ce que c’est. Ca dépend donc de toi. »

     

     

     

    « Les gens craignent de mourir parce qu’ils doutent de l’inconnu. Mais justement, qu’est-ce que l’inconnu ? Je te propose Oscar, de ne pas avoir peur mais d’avoir confiance. Regarde le visage de Jésus sur la croix : il subit la peine physique mais il n’éprouve pas de peine morale car il a confiance. Du coup les clous le font moins souffrir. Il se répète : ça fait mal mais ça ne peut pas être mal. Voilà c’est çà le bénéfice de la foi. Je voulais te le montrer. »

     

     

     

    « Que reproches-tu à tes parents ?

     

    -         Ils ont peur de moi. Ils n’osent pas me parler. Et moins ils osent, plus j’ai l’impression d’être un monstre. Pourquoi est-ce que je les terrorise ? Je suis si moche que ça ? Je pue ? Je suis devenu idiot sans m’en rendre compte ?

     

    -         Ils n’ont pas peur de toi, Oscar. Ils ont peur de la maladie.

     

    -         Ma maladie ça fait partie de moi. Ils n’ont pas à se comporter différemment parce que je suis malade. Ou alors ils ne peuvent aimer qu’un Oscar en bonne santé ?

     

    -         Ils t’aiment, Oscar ils me l’ont dit

     

    -         Tu sais Oscar tu vas mourir, un jour. Mais tes parents, ils vont mourir aussi. Oui  ils vont mourir aussi. Tout seul. Et avec le remord terrible de n’avoir pas pu se réconcilier avec leur seul enfant, un Oscar qu’ils adoraient.

     

    -         Dites pas des choses comme ça Mamie Rose, ça me fout le cafard.

     

    -         Pense à eux, Oscar. Tu as compris que tu allais mourir parce que tu es un garçon très intelligent. Mais tu n’as pas compris qu’il n’y a pas que toi qui meurs. Tout le monde meurt. Tes parents un jour, moi, un jour.

     

    -         Oui, mais enfin tout de même je passe devant.

     

    -         C’est vrai. Tu passes devant. Cependant est-ce, sous prétexte que tu passes devant, tu as tous les droits ? Et le droit oublier les autres ?

     

    -         J’ai compris Marie Rose. Appelez –les. »

     

     

     

    « J’ai essayé d’expliquer à mes parents que la vie, c’était un drôle de cadeau. Au départ, on le surestime, ce cadeau : on croit avoir reçu la vie éternelle. Après on le sous-estime, on le trouve pourri, trop court, on serait presque prêt à le jeter. Enfin on se rend compte que ce n’était pas un cadeau, mais juste un prêt. Alors on essaie de le mériter. Plus on vieillit, plus faut faire preuve de goût pour apprécier la vie.

     

     

     

    «  Les trois derniers jours, Oscar avait posé une pancarte sur sa table de chevet. Je crois que cela te concerne. Il y avait écrit : « Seul Dieu a le droit de me réveiller. »

     

     

    Cats1

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