• Mémoires d’espérance

     

    EXTRAIT DU LIVRE  D’OLIVIER CLEMENT 

     «  Mémoires d’espérance » 

     

    Résumé :  

    Dans un monde que paraît si souvent ravager la solitude, l'individualisme ou le vide spirituel, le christianisme peut-il encore formuler une parole originale, faire preuve d'une nouvelle jeunesse ? Peut-il encore offrir des raisons d'espérer ? Oui, répond Olivier Clément dans cette longue conversation, qui prend parfois la forme d'un testament spirituel à la fois courageux et pudique, riche du parcours d'une vie. Théologien orthodoxe engagé depuis des décennies dans l'œcuménisme et le dialogue interreligieux, passeur entre les Églises d'Orient et d'Occident, passionné d'histoire et de littérature, il se confie à Jean-Claude Noyer. 

    Illuminé par la conversion, le parcours d'Olivier Clément est l'occasion de mettre la rencontre du Christ, l'expérience spirituelle, à la première place. Avec chaleur, Olivier Clément propose à sa manière une véritable initiation à la foi, qui n'exclut pas le doute ou le temps du soupçon, et sait se nourrir aux sources inépuisables de la tradition orientale. C'est la parole d'un homme libre, nourri de la prière et des rencontres, témoin d'un amour qui ne passera jamais. 

     

    « Dans votre éveil à la foi, qu'est-ce qui a d'abord compté ? » 

    Le mystère des visages ne cessait de m'interpeller. Si l'homme n'est que de la matière, me disais-je, pourquoi y a-t-il tant de mystère dans un visage, pourquoi un regard, un sourire peuvent-ils tant nous toucher ? Je pressentais dans tous ces visages un espace secret où nous  nous rejoignons, le lieu où brille une lumière qui transcende l'homme. En somme, le visage était, à soi seul, la négation du néant. Parallèlement, petit à petit, je découvrais l'expérience multiple, multiforme, de l'infini qui sous-tend l'histoire humaine. 

     

    « Vous êtes donc parti à la rencontre de l'Esprit à l'œuvre dans les grandes traditions spirituelles ? » 

    Oui, cela a duré, comme je vous l'ai dit, une bonne dizaine d'années Je m'intéressais à toutes les traditions spirituelles. Notamment à l'hindouisme, au soufisme, à la mystique juive, surtout la kabbale, à l'ésotérisme. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main. L'Inde m'attirait particulièrement. 

     

    Dans le christianisme la conversion ou l’expérience spirituelle constitue d’abord une rencontre personnelle, sans doute plus importante et décisive que les formulations de la foi elle-même. Bien avant d’être l’adhésion intellectuelle à un dogme, à travers une démarche rationnelle ou une option théologique, elle est une mise en présence bouleversante avec le Christ. 

     

    « Mais vous-même, quelle relation « personnelle » avez-vous avec le Christ ? » 

    Je le perçois d’abord comme l’ami secret, Celui qui marche auprès de nous sans que nous le sachions et qui peut poser sa main sur notre épaule un soir de désespérance et d’abandon. En même temps, le Christ représente l’ouverture sur l’immense. Un peu comme quand vous marchez au bord de la mer, l’été, et que vous ne savez plus où est la mer, où est le ciel parce que tout se rejoint dans une sorte de gouffre bleu. Pour moi, c’est un peu cela le Christ : à la fois l’ami proche et l’ouverture sur l’abîme de la divinité. 

     

    « Comment comprendre les trois Personnes de la Trinité ? 

    La Trinité subsiste de trois manières que nous appelons Père, Fils et Esprit. D’un point de vue humain on peut dire que l’Esprit, c’est le Dieu intérieur, le souffle même de notre vie. Celui qui fait ma différence et mon unité. C’est le Dieu qui monte de la profondeur de l’être et de mon être. Le Christ, c’est la révélation de Dieu dans un visage d’homme, et finalement, dans tout visage d’homme. Quant au Père, c’est la source inépuisable et insondable de la divinité. Mais ce n’est qu’une  approche de la Trinité parmi beaucoup d’autres 

     

     

    « Quels nouveaux visages doivent prendre à l'avenir  

    les Églises ? » 

    Je vois des communautés de joie et de liberté pour montrer aux hommes que Dieu est leur liberté et leur joie. Des espaces d'Église où l'on peut faire l'expérience de l'Eucharistie tout en vivant l'amitié, la solidarité, la beauté. Où l'on peut découvrir l'Église comme source de paix, de « grande joie », comme «source de vie », source secrète où viennent se désaltérer des hommes-sources : moines, ermites, religieux et laïcs épris de Dieu. Des hommes de lumière dont le monde a tant besoin. Cela suppose des communautés plus petites, chaleureuses, accueillantes, où l'on ne juge pas. 

     

    « La relation d'amour entre un homme et une femme est-elle susceptible d'introduire au mystère du Dieu amour ? » 

    Tout dépend de la manière dont est vécu cet amour. C'est souvent aujourd'hui une sorte d'attrait passionnel derrière lequel se cache presque toujours une quête d'absolu. Mais, si j'ose dire, une quête qui ne peut aboutir qu'à des désastres douloureux. En revanche, s'il s'agit d'une relation nourrie, profonde, alors là, oui. La réalité proprement spirituelle du mariage passe par la découverte de quelqu'un à travers une longue patience. 

     

    « La foi et la vie spirituelle, pour un couple qui les partage, est-elle une force supplémentaire pour affronter la « dure durée » ? 

    Quand intervient le sacrement de Mariage, il y a une autre force, mystérieuse, qui porte un homme et une femme, qui porte leur couple. Quand on vit l’union conjugale dans la foi et le sacrement du mariage, c’est comme si l’on vivait à la surface d’un océan d’amour, qui est le mystère même de l’église, du sacrement. Et, s'il y a des problèmes, on peut arracher, en quelque sorte, les peaux mortes. Au lieu d'être perdu, on rencontre cette plénitude d'amour, cette possibilité de recommencer, cette possibilité du pardon. Ce qui doit caractériser le mariage chrétien, c'est cette confiance et ce pardon possible, qui lui-même rend possible un redémarrage. L'amour peut être rendu à un homme et une femme qui ont confiance en Dieu et au Christ. Mais il ne faut absolument pas taper sur la tête des gens avec les histoires de sacrement... Récemment, un garçon est venu me voir pour me dire : «Je voulais vous remercier parce que vous avez écrit, dans un de vos livres, que souvent l'amour humain vécu en dehors de tout consentement social ou ecclésiastique peut être un amour grand et profond. Pour moi, cela a été quelque chose d'essentiel. J'ai découvert petit à petit la profondeur spirituelle de l'amour et c'est ainsi que je suis entré dans la foi, puis, par la foi, dans le mystère sacramentel. » Voyez quels dégâts auraient été faits si on lui avait dit, d'emblée : « Ce que tu fais, c'est mal, il faut rompre cette relation. » Ce qu'il faut faire découvrir d'abord, c'est la dimension proprement religieuse, spirituelle, de tout amour humain, en acceptant l'attrait des corps, lequel joue très facilement, très simplement. Peut-être les gens auront-ils envie ensuite de confirmer cet amour s'ils entrent dans le monde de la foi. 

     

    « Le désespoir des jeunes s'articule-t-il à la crise du sens ? » 

    D'abord évitons de généraliser. Il y a tant de jeunes dans un pays assez vaste comme le nôtre, et c'est parmi eux que l'on trouve des noyaux de renouveau spirituel, de renouveau chrétien, par exemple à travers le mouvement charismatique ou les JMJ. Ou encore dans les petites paroisses orthodoxes. Donc, tous les jeunes ne sont pas, loin de là, désespérés. Je verrais plutôt une tentation d'indifférence, la tentation de vivre pour vivre, sans réfléchir davantage. Faut-il qu'il y ait un sens à la vie ? Beaucoup de jeunes ne se posent pas la question. Cela ne les empêche pas d'être intéressés, passionnés même, par les arts, la littérature, la recherche scientifique, le sport, etc. Ce qui les aide énormément. Que certains soient touchés par une certaine désespérance, bien sûr, quand on ne leur donne pas les moyens - matériels, intellectuels et spirituels de grandir. Ce qui est vrai, c'est que beaucoup de jeunes souffrent de l'absence de père. Cette latence de paternité est caractéristique de notre époque. 

     

    «Quelle la mission première de l’école ? Favoriser l’adaptation des jeunes au modèle social existant ou d’abord leur épanouissement ? » 

    Non, pour moi, il ne faut absolument pas chercher à adapter les jeunes au modèle social existant. 

     

    « C’est pourtant le chemin que l’on prend de plus en plus aujourd’hui ! » 

    Non il faut aider l’enfant à devenir pleinement lui-même, en tous cas à se mettre en chemin, en sachant que ce chemin peut conduire à des étapes importantes, que dans  le désert il y a des oasis. S’adapter à la société existante, ce n’est pas la meilleure façon de la changer. Il faut au contraire résister un certain nombre de thèmes et d’attitudes de notre société. Cela étant, celle-ci a aussi des aspects positifs. 

    « Il y a de nombreuses définitions de la prière. Quelle est la votre ? » 

    La prière n’est pas le fruit de quelque méthode infaillible. L’erreur, c’est de vouloir l’atteindre et la construire de l’extérieur. Nous devons comprendre qu’elle nous est donnée au préalable, avant toute méthode, tout effort de notre part. Elle n’est nullement mon œuvre, mais celle d’un Autre qui, de tout temps, était présent en moi. Surtout depuis mon baptême. 

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