02 Septembre 2014, Ste Ingrid
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Castille

 

Tu me soulèves, terre de Castille,

Sur la paume rugueuse de ta main,

Vers le ciel qui t’embrase et rafraîchit,

Le ciel, ton maître.

 

Terre nerveuse et sèche et bien ouverte,

Mère de cœurs et mère aussi de bras,

Le présent prend en toi les vieilles teintes

D’un jadis noble.

 

La creuse prairie du ciel délimite

Tout à l’entour tes grands champs dénudés ;

Tu es, pour le soleil, berceau, sépulcre,

Et sanctuaire.

 

Ta vaste et ronde face est toute cime,

Où je me sens porté plus près du ciel ;

Et c’est l’air des sommets que l’on respire

Là, sur tes landes.

 

Autel géant, ô terre castillane,

C’est dans cet air que j’exhale mes chants :

S’ils sont dignes de toi, ils descendront

Du haut de toi.

 

(Miguel d’Unamuno)

 

désert réduit
Mardi 06 Décembre 2011 à 09h02 dans La Montagne en poèsie2 commentaire(s)

Sur les collines de l’Ardèche

 

Sur les collines de l’Ardèche,

L’aube, demi-nu a frémi …

Je me souviens d’une aube fraîche

Sur Paris à peine endormi.

 

Nous allions, nombreux, dans cette aube ;

Tour à tour, l’un de nous parlait.

Je me souviens de votre robe,

Quand votre hanche me frôlait.

 

Je me souviens de votre chambre

Aux rideaux baissés que le jour

Traversait de poussières d’ambre ;

J’entends les oiseaux dans la cour.

 

Ah ! je me souviens des caresses

De vos bras souples et musclés ;

De votre front parmi les tresses

De vos beaux cheveux écroulés.

 

Je me souviens de l’aube fraîche …

Mais à quoi bon ? Puisque, devant

Les monts paisibles de l’Ardèche,

Je suis seul, au soleil levant !

 

(Jean Marc Bernard)

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Lundi 05 Décembre 2011 à 09h39 dans La Montagne en poèsiePoster un commentaire

Dans la montagne vierge

 

Les herbes et les fleurs, ne m’abandonne pas,

Leur odeur suit le vent

 

Les chevreaux jouent de leur jeunesse,

Un aigle fait le point dans le ciel sans secrets.

 

Le soleil est vivant, ses pieds sont sur la terre,

Ses couleurs font les joues rougissantes d’amour,

Et la lumière humaine se dilate d’aise.

 

L’homme en grandeur au cœur d’un monde impérissable

Inscrit son ombre au ciel et son feu sur la terre.

 

(Paul Éluard)

 

col de la bonette.jpg
Samedi 03 Décembre 2011 à 10h29 dans La Montagne en poèsiePoster un commentaire

 

L'Alpiniste

 

La montagne est bâtie sur un secret que l'alpiniste,

cordage et pic à ses pieds, partage avec la crête conquise.

Le cœur se livre en dernier. La neige, réfléchissant le soleil ou incendiant le soir, le dissimule au regard du monde. À travers elle, l'oreille collée à sa peau, j'ai' autrefois, entendu battre le sang de la roche.

Le secret de la montagne, c'est le silence bourdonnant de la ruche aux fleurs fléchies sur lequel s'acharne en vain, le vent.

Au loin - déjà présente - il y a la plaine peuplée du retour, la parole, tel l'amer fruit sur la branche muette-impatiente de régner sur la nudité de l'homme.

 

(Edmond Jabes)

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Jeudi 01 Décembre 2011 à 09h24 dans La Montagne en poèsiePoster un commentaire

Prose des cimes

 

De temps à autre, je vais dans la montagne.

Neige et feu.

Pendant des heures, suivant la ligne noire de la rivière,

Je monte à pas lents jusqu’au sommet.

Ou bien, après la fonte des neiges,

Je traverse la forêt pour arriver,

là ou l’herbe est rare,

Parmi les rochers.

Besoin de terre vierge.

Là-haut, dans le grand silence.

Ne pensant à rien ; le corps seul en mouvement.

Et parfois une pensée, comme l’éclat du soleil dans l’eau.

Pensée née de l’intégration du corps.

Avançant à un rythme spirituel.

Les plus hautes instances.

 

(Kenneth White)

 

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Mardi 29 Novembre 2011 à 13h29 dans La Montagne en poèsie2 commentaire(s)

C’est un Pays

 

C’est un pays de montagne,

Mettez vos pas dans mes pas,

Mes chers amis, soyez purs

Soyez fin comme la neige

On entend siffler déjà

L’ombre d’un hiver futur ;

C’est bien plus haut qu’on ne pense,

Vous n’êtes pas seuls, suivez

Suivez-moi ; où êtes-vous ?

C’est bien plus haut qu’on ne pense

C’est un pays de silence

Celui qui parle est perdu.

 

(Norge)

 

Calvaire de Thorame-Basse 09.JPG plus grand.jpg
Lundi 28 Novembre 2011 à 20h22 dans La Montagne en poèsiePoster un commentaire

Dans la Sierra

J'aime d'un fol amour les monts fiers et sublimes !

Les plantes n'osent pas poser leurs pieds frileux

Sur le linceul d'argent qui recouvre leurs cimes ;

Le soc s'émousserait à leurs pics anguleux.

 

Ni vigne aux bras lascifs, ni blés dorés, ni seigles ;

Rien qui rappelle l'homme et le travail maudit.

Dans leur air libre et pur nagent des essaims d'aigles,

Et l'écho du rocher siffle l'air du bandit.

 

Ils ne rapportent rien et ne sont pas utiles ;

Ils n'ont que leur beauté, je le sais, c'est bien peu ;

Mais, moi, je les préfère aux champs gras et fertiles,

Qui sont si loin du ciel qu'on n'y voit jamais Dieu !

(Théophile Gautier)

 

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Samedi 26 Novembre 2011 à 19h28 dans La Montagne en poèsiePoster un commentaire

La demeure entourée

 

Le corps de la montagne hésite à ma fenêtre :

« Comment peut-on entrer si l'on est la montagne,

Si l'on est en hauteur, avec roches, cailloux,

Un morceau de la Terre, altéré par le Ciel ? »

Le feuillage des bois entoure ma maison :

« Les bois ont-ils leur mot à dire là-dedans ?

Notre monde branchu, notre monde feuillu

Que peut-il dans la chambre où siège ce lit blanc,

Près de ce chandelier qui brûle par le haut,

Et devant cette fleur qui trempe dans un verre ?

Que peut-il pour cet homme et son bras replié,

Cette main écrivant entre ces quatre murs ?

Prenons avis de nos racines délicates,

II ne nous a pas vus, il cherche au fond de lui

Des arbres différents qui comprennent sa langue. »

Et la rivière dit : « Je ne veux rien savoir,

Je coule pour moi seule et j'ignore les hommes.

Je ne suis jamais là où l'on croit me trouver

Et vais me devançant, crainte de m'attarder.

Tant pis pour ces gens-là qui s'en vont sur leurs jambes,

Ils partent, et toujours reviennent sur leurs pas. »

Mais l'étoile se dit : « Je tremble au bout d'un fil,

Si nul ne pense à moi je cesse d'exister. »

 

(Jules Supervielle)

 

 

Vendredi 18 Février 2011 à 19h59 dans La Montagne en poèsiePoster un commentaire

Moi le Berger

 

Moi le berger des hommes aux ailes ouvertes

moi le berger des hommes au cœur fermé

moi le berger du fond des vallées tièdes

je roule aux plumes de l'oubli

les férocités de la solitude

les ciels impénétrables

les impossibles retours sur soi-même

moi le berger de bonne confiance

j'émousse l'épine de la découverte

je lisse les ronces des poursuites

moi je jette l'eau froide

sur le sang inquiétant de l'enfance

moi je parle d'homme à homme aux archanges

moi je fais jaillir les sources de la soif

je fais cuire le pain blanc de la faim

je casse les dents aux chiens de la peur

j'endors les maladies dans la fraîcheur végétale

je jette la mémoire aux morts

moi

je fonds sous le regard simple d'une femme

moi

je suis un homme de bonne race.

(Gaston Massat)

 

Jeudi 17 Février 2011 à 08h36 dans La Montagne en poèsie1 commentaire(s)

Morte Saison

 

J'entends la pluie, les vents, jouer aux osselets

Mes coteaux de beau temps ont la robe des biches

Une feuille est collée sur la joue de l'été

Des feux d'herbe, la nuit, fument sur les villages.

C'est ton nom qui se perd aux grandes eaux du vent.

Ton nom qui parle haut quand minuit nous délivre,

C'est ton front qui se prend aux vitres de goudron

La flamme d'un flambeau peut effacer tes lèvres.

La pluie sourde nourrit les plis chauds de ta bouche

Des ailes de bois mort bougent dans la nuit louche.

 

(Luc Bérimont)

Mercredi 16 Février 2011 à 09h06 dans La Montagne en poèsiePoster un commentaire
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