• La Campagne en Poèsie (Piéton)

    Piéton, il ne me reste plus que le chemin, 

    D'où je viens, où je vais, où je passai, demain, 

    Hier, campagne ou bois, fond plat ou côte raide, 

    Le ruisseau qui me suit et déjà me précède, 

    Rien ne subsiste au cœur stoïque du marcheur, 

    Sinon ce que son pas enjambe, la largeur 

    Du chemin qu'un rythme interminable ramène. 

    En vain l'air attiédi d'une douceur humaine 

    L'enlace (car par l'automne pur d'un long ciel) 

    Des feuilles sous mes pieds monte un parfum charnel, 

    Moins fort, ô cœur, que ne sont amères ces rosés !) 

    Par derrière moi noire ou par devant moi rosé, 

    Que mon ombre descende ou croisse avec le jour, 

    Mon pas n'en sera ni moins ferme ni plus court. 

    Le silence est profond et la campagne est vide. 

    Il ne me reste plus que la route solide 

    Et la présence douce à ce marcheur hautain 

    D'un couchant où l'aurore avec le soir s'éteint. 

     

    (Paul Claudel) 


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