• J’avance comme un âne… Petits clins d’œil au Ciel et à la terre »

     

    Extrait du livre « J’avance comme un âne… Petits clins d’œil au Ciel et à la terre »

    Du Cardinal Roger Etchegaray

     

     

    Voici plus de vingt ans .que ce livre, l'un des best-sellers religieux, est paru sous un titre insolite qui a piqué la curiosité de nombreux lecteurs. Le récit par Roger Etchegaray (l'un des huit cardinaux français) de ses premières amours d'évêque avec le peuple marseillais se trouve aujourd'hui  enrichi  d'un grand  nombre de textes inspirés par la longue   expérience   romaine   de leur auteur.

    C'est un kaléidoscope de clins d'œil, parfois malicieux, adressés au Ciel et à la Terre. C'est fou comme Dieu peut se cacher parmi nous ! Il se tient à l'affût derrière une de ces paroles de vie dont il a le secret, derrière un de ces faits divers dont il jalonne notre route.

    Ce recueil de méditations, tout en œillades et pochades, doit être pris selon la dose indiquée : deux ou quatre pages à chaque fois. Il n'a rien d'une désagréable potion : au contraire, il entend chatouiller le fond de la gorge comme le vin qui gicle par saccades d'une gourde du Pays basque... pour la bonne santé du Ciel et de la Terre !

     

    J’avance comme un âne… Petits clins d’œil au Ciel et à la terre »

     

    (Extrait de lettre écrite à Gaston Defferre, maire de Marseille)

     

    « Vous n'avez pas de sabre, je n'ai pas de goupillon. Mais ensemble, vous par mandat, moi par mission, nous portons la même passion de servir Marseille, dans l'indépendance et l'estime réciproque de nos deux charges distinctes et complémentaires. Quand il s'agit d'assurer la promotion de tous les hommes d'une cité, de tout l'homme dans sa double dimension horizontale et verticale, c'est avec confiance que le premier magistrat et l'évêque se retrouvent à la délicate jointure du temporel et du spirituel. Péguy disait que « le spirituel est couché dans le lit de camp du temporel ». J'ai plaisir à témoigner qu'à Marseille tout est bien ajusté. »

     

     

    « La prière n’est ni refuge ni dérobade, ni appel au miracle. La vraie prière exige que nous cherchions à faire nous-mêmes ce que nous demandons à Dieu de faire. La prière n’est pas faite de mots en l’air : nous ne pouvons prier que si nous sommes pleinement responsables de ce que nous disons. »

     

    « Nous sommes l’argile, tu es notre potier, nous sommes tous l’œuvre de tes mains. Quel artiste prestigieux que ce Dieu qui nous a façonnés un par un comme autant de pièces uniques, chacun portant sa signature authentique ! »

     

    « Plus vous serez proches de Dieu, plus vous  aspirerez  vous –mêmes son souffle  créateur et  plus vous soufflerez vous-mêmes sur les cendres pour révéler l’incandescence de la vie à des hommes qui ne savent plus que fabriquer des objets en série et sans chaleur. »

     

    « Obéir signifie « prêter l’oreille », écouter jusqu’au bout. L’obéissance s’enracine dans l’écoute. »

     

    « L’obéissance n’écoute pas seulement vers le haut, comme s’il n’y avait à obéir qu’à celui qui est au-dessus, à l’échelon supérieur. L’obéissant écoute autour de lui, au-dessous, partout où un appel, loin de claquer au vent, se fait imploration, voire silence. Il n’attend pas qu’on l’interpelle, il devine, il va au devant. »

     

    « Celui qui aime ne fait pas juste ce qu’il faut pour être en règle ; il aime sans mesure, il s’engage sur une route où l’horizon ne cesse de reculer. »

     

    « La contemplation de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, instaure partout la priorité de la relation et ainsi vient structurer notre propre existence. La vie intime de Dieu, dont Jésus Christ nous a soulevé le voile, éclaire l’identité profonde de l’homme créé à son image. L’icône trinitaire nous porte à régler toute l’existence chrétienne selon les lois merveilleuses de l’hospitalité. Hospitalité à l’égard de Dieu trois fois personnel qui frappe à notre porte. »

     

    « Croire en Dieu Créateur, c'est accueillir Dieu comme la source de tout ce qui existe et pas seulement le fabricateur en série de toutes choses ; car le propre de l'amour n'est pas de faire, mais d'être source. Une source qui tarit ne serait plus une source. Nous jaillissons à chaque instant de l'Amour Créateur, portant sans cesse « l'odeur des mains divines ». Un tel amour ne peut que remplir en totalité l'espace et le temps.

    Croire en Dieu Créateur, c'est entrer dans une relation vivante et personnelle avec Lui. Il s'agit de tout autre chose que d'admettre un Être pur, distant de nous. Jésus Christ, part toute son existence et jusqu’au moment du pire abandon sur la Croix, nous révèle qu’il n’y a point de solitude pour l’homme et que tout le monde demeure toujours fils d’un Père. »

    « Le Christ Verbe de Dieu 

    Instruments sans âmes 

    Pour s’accorder à l’Esprit Saint. 

    Le monde entier rassemblé dans l’homme, 

    Il s’en sert 

    Comme d’un instrument à plusieurs voix 

    Et en accompagnant son chant 

    De cet instrument complexe qu’est l’homme 

    Il joue à Dieu. 

    (Citation de Clément d’Alexandrie, « Père de l’Eglise ») 

     

    « La diversité des visages est le signe de l’inépuisable richesse de l’Eglise du Christ. Chacun doit se convertir un peu au visage de l’autre pour corriger ce que sa vison a toujours de trop particulier. Sinon ce pèlerinage devient croisade, notre cabanon forteresse, notre témoignage idéologie, notre apostolat système, et notre visage caricature. Soyons heureux d’être différents. » 

     

    « Pour accueillir l'autre, il faut savoir accueillir d'abord le temps, accueillir l'imprévu dans une vie qui ne le supporte pas parce que trop bien réglée. Les civilisations orientales qui vivent - sans doute beaucoup moins aujourd'hui - le plus clair de leur temps sur le pas de leur porte se révèlent les plus hospitalières et les mieux dotées de sagesse. Heureuse la maison dont la porte, ouverte à deux battants, est toujours encombrée de curieux, d'importuns, de mendiants ! Un proverbe africain dit que le sol n'est foulé qu'autour de bons arbres. 

    Vivre la fraternité universelle, c'est la vivre jusque dans ses racines. Nous accueillons l'autre au niveau où nous vivons nous-mêmes. Si nous vivons en surface, nous accueillons nos frères en surface. Si nous vivons en profondeur, là où Dieu nous habite, nous entraînons nos frères vers cette profondeur. Seulement, c'est quand nous vivons comme fils avec le Père, que nous pouvons donner à l'accueil d'un frère toute sa dignité en le reconnaissant à son tour comme fils du même Père. » 

     

    « La Sagesse nous envoie à l'enfance. » Seul celui qui, jusque dans sa vieillesse, garde l'esprit d'enfance lait de fraîcheur, d'audace, de confiance dans la vie toujours naissante, peut mériter le nom de sage.(Pascal) 

     

    Et ce sage, sous divers habits culturels et religieux, je le rencontre un peu partout où la paix de Dieu habite le combat de l'homme. Peu importe son nom. Tout sage m'invite simplement à me reconnaître en lui comme dans un miroir. Le pasteur Martin Luther King nous livre la clef d'une sagesse offerte à tous  

    Si tu ne peux être pin au sommet du coteau, 

    Sois broussaille dans la vallée, 

    Mais sois la meilleure broussaille. 

    Sois buisson, si tu ne peux être un arbre. 

    Sois sentier, si tu ne peux être route. 

    Sois étoile, si tu ne peux être soleil. 

    Qui que tu sois, 

    Ce n’est point par la taille que tu vaincras, 

    Mais par la force d'aimer. 

     

      

    « Ce n’est pas la télévision qui crée l’ordre ou sème le désordre dans une famille. Elle joue seulement le rôle que nous lui donnons… ou lui abandonnons. Mais elle est aussi un puissant révélateur de ce qu’est la vie familiale. Cela vaut la peine d’y réfléchir. » 

     

    « Le Christ n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est pas venu l’expliquer, mais il l’a remplie de sa présence. » 

     

    « Je n’ai jamais oublié la sérénité de ce papa marseillais qui me disait, en me montrant avec tendresse son enfant mongolien : « Pour Dieu, il n’y a pas de déchet… » 

    C’est la seule réponse qu’un chrétien peut balbutier devant la souffrance en question. » 

     

     

    « Rien ne peut altérer la relation qui unit toute une vie l’enfant et sa mère, la mère et son enfant. 

    Le cœur d’une mère est toujours en éveil. Tout ce qui vient de ses enfants, ou tout ce qu’ils oublient de lui donner, la touche profondément. Quelle pudeur nous arrête trop souvent pour ne plus oser témoigner notre tendresse à notre mère âgée, avec la spontanéité, la gaucherie d’un enfant ! Et les mères ne sont-elles pas parfois trop silencieuses avec leurs grands enfants, comme si avec l’âge les échanges de cœur devenaient moins chaleureux ? Si toutes les mères savaient garder la simplicité d’une jeune maman et tous les enfants la fraîcheur d’un tout-petit, ne serait-ce-pas alors la véritable fête de toutes les mères ? » 

     

    « Le monde moderne est bâti sur deux énormes piliers : le mensonge et l’argent. On désire avoir pour paraître et cacher sa misère, c’est pourquoi on tient à l’argent. Il faut paraître pour avoir et entasser sa richesse, c’est pourquoi on ne cesse de mentir. Cercle vicieux, au double sens du mot. Le prix de l’homme, c’est ce qu’il est, non  ce qu’il a. »  

     

    Tous les espoirs humains nous projettent hors de l’instant présent. L’espérance chrétienne, parce qu’elle sait distinguer ce qui est relatif et ce qui est absolu, ce qui est déchet et ce qui est « semence d’éternité », nous force à vivre intensément « l’aujourd’hui de Dieu. » 

    « Il est plus difficile d’éduquer en nous « la petite espérance » que « ses deux grandes sœurs » la foi et la charité. Il faut pour cela nous faire une âme de pauvre, nous reconnaître pécheurs, comme l’enseigne  Péguy sous le porche de ce mystère qui étonne le monde : 

    « On se demande : mais comment ça se fait 

    Que cette fontaine Espérance éternellement coule, 

    Éternellement jeune, fraîche, vive … 

    Bonnes gens, dit Dieu, ça n’est pas malin… 

    Si c’était avec de l’eau pure, 

    Qu’elle voulait faire des sources pures, 

    Jamais elle n’en trouverait assez 

    Dans toute ma création. 

    Mais c’est justement avec les eaux mauvaises 

    Qu’elle fait ses sources d’eau pure. 

    Et c’est aussi pour cela qu’elle n’en manque jamais. 

    Mais c’est aussi pour cela qu’elle est l’Espérance … 

    Et c’est le plus beau secret qu’il y ait 

    Dans le jardin du monde. » 

     

    « Être responsable, c’est répondre de soi devant Dieu et devant les autres. Mais ne peut répondre que celui qui ne doute pas de son identité chrétienne, celui qui se considère membre d’une Église de la réponse et pas seulement de la question. Être responsable suppose le courage de la foi.  

    Être responsable, c’est accepter toutes les conséquences de ses propres actes : assumer des choix réfléchis mais discutables, endosser les bavures inévitables de toute action, souffrir les incompréhensions et le jugement arbitraire des autres. » 

     

    « Quel art que de faire apparaître les différences, voire les divergences non comme des barrières infranchissables, mais comme des destins complémentaires au service du bien commun ! Hélas nous ne savons même pas nous entendre, tout bonnement au sens acoustique du mot : chacun demeure emmuré dans ses préjugés, ses opinions, et l’interlocuteur est déjà étiqueté, classé avant même qu’il ne parle. » 

     

    « Pour bâtir une cité terrestre, la foi ne peut offrir ni maquette ni programme, mais simplement passer au crible de la Parole de Dieu toute entreprise humaine, d’une parole qu’aucun groupe ne peut confisquer contre un autre. » 

     

    « Nous devons avoir le courage d’accepter « l’aujourd’hui de dieu » dans une « dynamique du provisoire », avec ses ambiguïtés et ses échecs. » 

     

    «  L’Église, qui nous lie en Esprit et, par là, nous libère, n’est pas une institution qu’on évalue au flair de l’opinion ou de l’histoire. Plus encore que par notre fidélité au Christ, elle ne subsiste que par le Christ qui lui garde une fidélité absolue. » 

     

    « Se réconcilier avec soi-même, c’est s’accepter, se supporter, se respecter, c’est avoir le goût de vivre. Alors qu’autour de nous aujourd’hui tout est fait pour nous porter à douter de nous-mêmes.  

    Il est certain que seul le regard de Dieu, quand nous le laissons se poser sur nous tendrement, peut nous permettre de garder confiance en nous-mêmes. C’est le regard qui, au lieu  de nous écraser, nous fait nous redresser de toute notre petite taille parce qu’il nous rappelle inlassablement que nous sommes créés à son image et que cette ressemblance  peut être ternie, mais jamais effacée. » 

     

    « Consentir doucement à soi-même, sans crispation, c’est reconnaître que le Seigneur fait en nous des merveilles, et c’est nous exercer à déchiffrer chez les autres leur bon coté. » 


     

     

     


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