• Fredy Kunz et le peuple des souffrants

    Extrait du livre « Fredy Kunz et le peuple des souffrants » 

    De Michel Bavarel 

     

    J'ai rencontré pour la première fois Frédy Kunz en 1983, au cours d'un reportage au Nordeste du Brésil. Au milieu de quelques centaines de compagnons affaiblis par la faim, il poussait une brouette de glaise sur l'un des chantiers d'urgence ouverts aux victimes de la sécheresse. Frédy - on l'appelle là-bas "Alfredinho" - avait alors 63 ans. C'était sa manière d'exercer son ministère de prêtre à Crateus. Un ministère qu'il avait commencé en vivant au milieu des prostituées, comme le relate L'Anesse de Balaam. Avec ses compagnons de chantier - et d'autres -Alfredinho a fondé la Fraternité du Serviteur souffrant. Pour révéler à ceux qui ne savent pas lire, qui ne vont pas à l'église, qui n'ont pas de travail, aux laissés-pour-compte, le mystère du Christ qui, en eux, purifie le monde de ses immondices. 

     

     

    « Je dirai que Dieu est tout petit, tout humble. Dieu tout puissant n'est pas celui qui m'a séduit. Je ne mets pas ma confiance en lui parce qu'il peut tout, parce qu'il est le roi de l'univers. Il s'oblige à attendre le oui de la personne pour agir. Tu te rends compte, il mendie un oui de notre part ! Notre Dieu est le Dieu saint. Son infinie petitesse lui permet d'aller partout, d'être partout présent, accessible à tous. De se faufiler dans le cœur de chacun, d'une victime de la prostitution comme d'un incroyant.

    Le choix, pour nous, ne consiste-t-il pas soit à nous fier à Dieu, soit à compter sur la force et la puissance ?

     Les faux dieux s'imposent toujours par la force et la puissance. Ils envahissent notre société — il suffit pour s'en rendre compte de regarder la publicité à la télévision. Il n'est question que d'avoir plus, sans effort, d’aller plus vite, de disposer de plus de pouvoir. Voilà les faux dieux. Si on leur oppose un dieu tout puissant, du même type qu'eux, on a perdu d'avance. Alors que notre Dieu est né dans une crèche et est mort sur la Croix. Comme il est vulnérable ! Il se révèle dans le cœur du petit, de l'innocent massacré. Il est le Dieu de l'humilité, l'abandon, de la paix, de la joie.

    Si l'on est puissant, on écrase les autres, on ne peut pas entrer en communion avec eux. Alors que la joie vient de la communion.

    — Il n'y en a pas d'autre. »

     

    « C'est dans ces chants du Serviteur de Dieu que Jésus a découvert sa mission. Il est le Serviteur soufrant par excellence. Et aujourd'hui, il continue sa passion et sa résurrection dans la chair, dans la vie des pauvres, humiliés, rejetés, conduits à l'abattoir — parce que plus que jamais, c'est un peuple massacré. Ce sont ces pauvres qui purifient notre humanité dégénérée par a consommation, le luxe, le gaspillage, la sexualité débridée, la violence. Ce sont leurs blessures qui nous guérissent. »

     

    « A mon avis, la non violence est la manière évangélique de transformer le monde. Au Brésil, nous utilisons volontiers l’expression « fermeté permanente », il s’agit de rester attentifs, vigilants, unis, sans jamais blesser, mais en sachant désobéir aux ordres quand ils conduisent à la destruction du peuple. »

     

    Donc la mission du Serviteur souffrant, c’est de convertir ceux qui exploitent et écrasent les autres ? (Michel Bavarel) 

    « Oui, dans notre monde de violence, où la richesse est inégalement répartie, dans notre monde dominé par la force et l'argent, il faut croire à cet impossible que Dieu rend possible : la conversion de l'oppresseur. Sinon, il ne reste qu'à brûler l'Evangile, il ne sert à rien. Il n'y a alors qu'une issue : tuer l'oppresseur. Et retomber dans le cycle de la violence. La mystique du Serviteur souffrant, en liaison avec tout un mouvement souterrain qui est en train de faire craquer l'égoïsme, provoquera un jour une explosion spirituelle qui changera le cœur des oppresseurs. Voilà ma foi ! »

     

    « Il faut que les pauvres crient l’injustice dont ils sont victimes. Même si ce cri reste sans écho, il sauvegarde la dignité de l’homme. C’est Dieu qui crie par la bouche des pauvres en disant : « Moi, Dieu, je dénonce le fait que des enfants meurent de faim. »

     

    « Le Père a mis dans notre cœur la mystique du Serviteur souffrant. C’est par notre bouche que Jésus crie : «  Serviteurs souffrants de tous les pays, unissez-vous ! Et par nos mains que l’Esprit transforme le monde. »

     

    « Je demande à Helena ce qu’est la Fraternité. 

    Un lieu où tous sont reconnus comme des personnes, partagent le pain et la Parole de Dieu. C’est un coin de ciel que nous vivons sur terre. »

     

     

    « L’espérance n’est pas morte pour qui croit en Dieu »

     

     

    « Nous prêchons l’Evangile et les pauvres le vivent, sans le savoir. Or ils ont besoin de le savoir, « pour que leur joie soit parfaite. »

     

    « La manière de lutter, c’est la non-violence. Le peuple est du côté de la vie. Le pauvre veut vivre et veut que la création vive. Avant-hier, à Barra do Vento, l’on m’a parlé d’une femme qui a adopté les cinq enfants d’une de ses compagnes qui venait de mourir. Elle a ainsi doublé la taille de sa famille, avec un parfait naturel. »

     

    « Je demande à Dona Maria ce qu’est la Fraternité. 

    Un ciel de fleur. Les problèmes qu’on garde en soi, on peut les dire à la Fraternité. Ensemble, on trouve des solutions, on s’entraide. Du coup, alors qu’on a tant de difficultés, on se retrouve en train de chanter. Et l’on retourne chez soi soulagé. »

     

    « Une église locale qui reçoit un homme comme Frédy doit en remercier mille fois le Seigneur. C’est un don de Dieu, parce que Frédy a une foi profonde qu’il exprime simplement, de telle manière que tout le monde la perçoit. Parce qu’il a le sens de la prière la participation de tous, pour établir un climat de joie. Parce qu’il est un pauvre qui a vécu avec les pauvres comme eux. Il les a beaucoup écoutés, mettant tout son cœur dans cette présence chaque jour. 

    Il n’a jamais cultivé sa popularité. Il restait un homme simple, un compagnon qui souffrait comme les autres. Un frère aîné, proche, accueillant, surtout pourles malades, pour les plus pauvres. 

     Il croyait dans les plus pauvres, dans ceux qui portent la croix la plus lourde. Il croyait dans ces gens qui ne savent pas parler et qui n’attirent pas l’attention. Il trouvait toujours des saints parmi eux. 

    Toute la vie de Frédy était inspiré par la non-violence. A Crateus, il était l’homme le plus respecté de tous. Même pour ceux qui n’acceptait pas sa façon de vivre, ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui l’admiraient et l’aimaient.

    (Dom  Fragoso)

     

     

     

    « Si les pauvres d'ici sont encore vivants après quatre siècles d'oppression, c'est grâce à une manière de résister qui nous échappe. Nous organisons des partis politiques, des syndicats. Ils s'organisent autrement — d'une façon remarquable —ils se défendent autrement. Quand ils voient une issue, ils luttent. Cependant, ils ont si souvent été massacrés quand ils se sont soulevés qu'ils s'efforcent de n'agir qu'à coup sûr. Ils ont beaucoup plus d'expérience que nous. Il nous est difficile de les comprendre, parce que nous réfléchissons à partir de (schémas qui ne sont pas ceux du peuple opprimé. »

     

    « Frédy possède les mêmes qualités que les pauvres : il est libre, simple et joyeux et plein d’espérance. Il a le don d’approcher les plus abandonnés et de faire naître quelque chose d’eux. Le peuple abandonné qui se croyait totalement incapable se découvre capable. »

     

    « Chaque fois que les circonstances m’ont amené à jeûner, cela a été bénéfique non seulement pour l’objectif que j’avais en vue, mais pour la purification personnelle, la pacification, la sérénité. »

     

    « Les gens ont bon cœur, mais il faut leur donner l’occasion de le montrer. »

     

     


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