• EXTRAITS DE PETITES HISTOIRE DU MAKTUB DE PAULO COELHO

    Entre la France et l'Espagne se dresse une chaîne de montagnes. Là-haut se trouve un village nommé Argeles. Dans ce village passe un sentier qui mène à la vallée. Tous les après-midi, un vieillard gravit et descend cette pente. Lorsque le voyageur s'est rendu à Argeles pour la première fois, il ne l'a pas remarqué. A sa seconde visite, il s'est aperçu qu'un homme croisait sans cesse son chemin. Et chaque fois qu'il se rendait dans ce village, il notait de nouveaux détails, ses vêtements, son béret, sa canne, ses lunettes. Aujourd'hui, lorsqu'il pense à ce village, il pense aussi au Viel homme, bien que celui-ci ne le sache pas. Le voyageur ne lui a parlé qu'en une occasion. Voulant plaisanter, il lui a demandé : "Est-ce que Dieu vit dans ces belles montagnes qui nous entourent ? 

    -Dieu vit, a répondu l'homme, là où on Le laisse entrer." 

    Le maître dit : 

    « Lorsque nous sentons qu’est venue l’heure du changements, nous nous repassons inconsciemment le film de tous les échecs que nous avons connus jusque-là. 

    « Et bien sûr, à mesure que nous vieillissons, la part des moments difficiles l’emporte. Mais, en même temps, l’expérience nous a donné les moyens de surmonter ces échecs et de trouver le chemin qui nous permet d’aller plus loin. Il nous faut aussi insérer cette cassette-ci dans notre magnétoscope mental. 

    « Si nous ne regardons que le film de nos échecs nous resteront paralysés. Si nous ne regardons que le film de notre expérience, nous finirons par nous croire plus sages que nous le sommes en réalité. 

    « Nous avons besoin des deux cassettes »  

     

    « Au commencement de votre chemin, vous trouverez une porte avec une inscription, dit le maître. 

    Revenez me dire quelle  est cette  phrase. » 

    Le disciple se livre corps et âme à sa quête. Et puis, un jour, il voit la porte, et il retourne consulter son maître. 

    « Au commencement du chemin il était écrit : 

    « Ce n’est pas possible », lui annonce-t-il. 

    -Où était-ce écrit, sur un mur ou sur une porte ? demande le maître. 

    -sur une porte. 

    - Eh bien, posez la main sur la poignée et ouvrez-la. » 

    Le disciple obéit. Comme l’inscription est peinte sur la porte, elle pivote en même temps qu’elle. Lorsque la porte est entièrement ouverte, le disciple ne parvient plus à distinguer la phrase et il avance. 

     

    - Eh bien, je vous accompagne pour démontrer ma foi », répliqua l'autre.

    Ils atteignirent le soir le sommet de la montagne, et ils entendirent une Voix dans l'obscurité : « Chargez vos chevaux des pierres qui jonchent le sol. »

     

    « Vous voyez ? fit le premier cavalier. Après l'ascension que nous venons de faire, II veut encore alourdir notre charge ! Jamais je n'obéirai. »

     

    Le second cavalier obtempéra. Lorsque enfin ils arrivèrent au pied de la montagne, l'aurore pointait, et les premiers rayons du soleil illuminèrent les, pierres du pieux cavalier: c'étaient les plus purs ; Diamants.

    « Les décisions de Dieu sont mystérieuses mais  elles penchent toujours en notre faveur. » 

    Au bord de la rivière Piedra se trouve un monastère entouré d'une végétation florissante - une véritable oasis au milieu des terres arides de cette région d'Espagne. C'est là que la petite rivière devient un cours d'eau torrentueux et se divise en de multiples cascades.

    Le voyageur traverse la contrée, écoutant la musique de l'eau. Soudain, au pied d'une cascade, une grotte attire son attention. Il observe soigneusement la pierre polie par le temps et les belles formes que la nature a patiemment créées. Puis il découvre, inscrits sur une plaque, les vers de Rabin-dranath Tagore :

    Ce n’est pas le marteau qui a rendu ces pierres si parfaites, mais l'eau, avec sa douceur, sa danse et sa chanson.

    Là où la dureté ne fait que détruire, la douceur parvient à sculpter.

    Nous sommes tous désireux d'agir, de trouver des solutions, de prendre des mesures. Nous sommes toujours en train de faire un projet, d'en conclure un autre, d'en découvrir un troisième.

    Il n'y a pas de mal à cela - en fin de compte, c'est ainsi que nous construisons et transformons le monde. Mais l'acte d'Adoration aussi fait partie de la vie.

    S'arrêter de temps en temps, sortir de soi et demeurer silencieux devant l'Univers. Se mettre à genoux, corps et âme. Sans rien demander, sans penser, sans même remercier pour quoi que ce soit. Seulement vivre l'amour silencieux qui nous enveloppe. Dans ces moments-là, il se peut que jaillissent quelques larmes inattendues - qui ne sont ni de joie ni de tristesse.

    N'en soyez pas étonné. C'est un don. Ces larmes lavent votre âme.

    La peur n’est pas signe de lâcheté. C’est elle qui nous permet d’agir avec bravoure et dignité dans certaines circonstances. Celui qui éprouve la peur et ca cependant de l’avant, sans se laisser intimider, fait preuve de courage. Mais celui qui affronte des situations difficiles, sans tenir compte du danger ne fait preuve que d’irresponsabilités

    Nous sommes toujours très occupés à chercher des réponses. Nous considérons qu’elles sont essentielles  pour comprendre le sens de la vie. Mais il est plus important encore de vivre pleinement et de laisser le temps se charger de nous révéler les secrets de notre existence. Si nous sommes trop occupés à trouver un sens, nous ne laissons pas faire la nature, et nous sommes incapables de lire les signes de Dieu.

    Pendant que le maître voyageait pour répandre la parole de Dieu, la maison dans laquelle il vivait avec ses disciples prit feu.

    « II nous a confié la maison et nous n'avons pas su en prendre soin », dit l'un des disciples.

    Et ils se mirent sur-le-champ à réparer ce qui avait survécu à l'incendie. Le maître, revenu plus tôt que prévu, vit les travaux de reconstruction.

    « Eh bien, les choses s'améliorent : une maison neuve ! » dit-il gaiement.

    Embarrassé, l'un des disciples lui avoua la vérité : leur résidence avait été détruite par les flammes.

    « Je ne comprends pas ce que vous me racontez là, lui rétorqua le maître. Je vois des hommes qui ont foi en la vie, qui entreprennent une nouvelle étape. Ceux qui ont perdu l'unique bien qu'ils possédaient sont dans une meilleure position que la plupart des gens car, dès lors, ils ont tout à gagner. »

    Nous parcourons le monde en quête de nos rêves et de nos idéaux. Très souvent, nous rendons inaccessible ce qui se trouve à portée de main. Lorsque nous découvrons notre erreur, nous comprenons que nous avons perdu notre temps en cherchant très loin ce qui était tout près. Nous nous culpabilisons pour nos faux pas, notre quête inutile et le chagrin que nous avons causé.

     

    Le maître dit :

    « Bien que le trésor serait enterré dans votre maison, vous ne le découvrirez que si vous ne le cherchez plus. Si Pierre n'avait pas éprouvé la douleur du reniement, il n'aurait pas été choisi pour chef de l'Eglise. Si le fils prodigue n'avait pas tout abandonné, il n'aurait pas été reçu et fêté par son père.

    « Certaines choses dans la vie portent le sceau qui dit : "Vous ne comprendrez ma valeur que lorsque vous m'aurez perdu... et retrouvé." Il ne sert à rien de vouloir rendre plus court ce chemin. »

     

    « La peur n'est pas signe de lâcheté. C'est elle qui nous permet d'agir avec bravoure et dignité dans certaines circonstances. Celui qui éprouve la peur et va cependant de l'avant, sans se laisser/' intimider, fait preuve de courage. Mais celui qui affronte des situations difficiles sans tenir compte du danger ne fait preuve que d'irresponsabilité.

     

     

    Un dompteur de cirque parvient à dresser un éléphant en recourant à une technique très simple ; alors que l'animal est encore jeune, il lui attache une patte à un tronc d'arbre très solide. Malgré tous ses efforts, l'éléphanteau n'arrive pas à se libérer. Peu à peu, il s'habitue à l'idée que le tronc est plus fort que lui. Une fois qu'il est devenu un adulte doté d'une force colossale, il suffît de lui passer une corde au pied et de l'attacher à un jeune arbre. Il ne cherchera même pas à se libérer.

    Comme ceux des éléphants, nos pieds sont entravés par des liens fragiles. Mais, comme nous avons été accoutumés dès l'enfance à la puissance du tronc d'arbre, nous n'osons pas lutter.

    Sans savoir qu'il nous suffirait d'un geste de courage pour découvrir toute notre liberté.

     

     Il n'avance à rien de demander des explications sur Dieu ; vous pouvez entendre de très belles paroles, au fond ce sont des mots vides. De même, vous pouvez lire une encyclopédie entière sur l'amour et ne pas savoir ce qu'est aimer.

    Le maître dit :

    « Personne ne réussira à prouver que Dieu existe ni qu'il n'existe pas. Certaines choses dans la vie doivent être vécues, et jamais expliquées.

    « L'amour en fait partie. Dieu - qui est amour également. La foi est une expérience d’enfant sens magique où Jésus a dît : "Le Royaume des Cieux appartient aux enfants."

    «Dieu n'entrera jamais dans votre tête. La porte par laquelle II passe est votre cœur. »

    Le maître dit « Très souvent, il est plus facile d'aimer que d'être aimé.

    « Nous avons du mal à accepter l'aide et le soutien des autres. Nos efforts pour paraître indépendants les privent de l'occasion de nous prouver leur amour.

    «Nombre de parents, lorsqu'ils vieillissent, empêchent leurs enfants de leur prodiguer la tendresse et le soutien qu'ils ont eux-mêmes reçus lorsqu'ils étaient petits. Beaucoup d'époux (ou d'épouses), quand le destin les frappe, ont honte de dépendre de l'autre. Résultat : les eaux de l'amour ne se répandent plus.

    «Nous devons accepter les gestes d'amour de notre prochain. Nous devons permettre à quelqu'un de nous aider, de nous soutenir, de nous donner la force de continuer.

    « Si nous acceptons cet amour avec pureté et humilité, nous comprendrons que l'Amour ne consiste pas à donner ou à recevoir, mais à participer. ».

    Extraits d'une « Lettre à mon cœur » anonyme

    « Mon cœur, jamais je ne te condamnerai, je ne te critiquerai, je n'aurai honte de tes paroles. Je sais que tu es un enfant chéri de Dieu et qu'il t'entoure d'une radieuse lumière d'amour.

    J'ai confiance en toi, mon cœur. Je suis de ton côté, je réclamerai toujours ta bénédiction dans mes prières, je demanderai toujours que tu trouves l'aide et le soutien dont tu as besoin.

    Je crois en toi, mon cœur. Je crois que tu parta¬geras ton amour avec ceux qui le méritent ou qui en ont besoin. Que mon chemin sera ton chemin, et que nous marcherons ensemble vers le Saint-Esprit.

    Je t'en prie, aie confiance en moi. Sache que je t'aime et que je m'efforce de te donner toute la liberté dont tu as besoin pour continuer à battre joyeusement dans ma poitrine. Je ferai tout ce qui sera à ma portée pour que tu ne te sentes jamais incommodé par ma présence autour de toi. »

    Le maitre dit : '

    « Dorénavant, et pour quelques centaines d'années, l'univers va boycotter tous ceux qui ont des opinions préconçues.

    « L'énergie de la terre exige d'être renouvelée, .es idées nouvelles ont besoin d'espace. Le corps et l'âme ont soif de nouveaux défis. L'avenir frappe à notre porte, et toutes les idées - excepté celles qui reposent sur des préjugés - auront une chance de se manifester.

    « L'important demeurera, l'inutile disparaîtra. Mais que chacun se contente de juger ses propres conquêtes : nous ne sommes pas juges des rêves de notre prochain.

    « Pour avoir foi dans notre propre chemin, il n'est nul besoin de prouver que celui de l'autre n'est pas le bon. Celui qui agit ainsi n'a pas confiance en ses propres pas. »

    Le maitre traverse avec son disciple le désert d'Arabie. Il met à profit chaque moment du voyage pour lui enseigner ce qu'est la foi. « Ayez confiance en Dieu, dit-il, Dieu n'abandonne jamais Ses enfants.

    Un soir, au campement, il demande au disciple d'aller attacher leurs montures à un rocher voisin. , Le disciple se souvient alors des enseignements de i son maître. « II est en train de me mettre à I l'épreuve, pense-t-il. Je dois confier les chevaux à Dieu. » Et il laisse les bêtes en liberté.

    Le lendemain matin, il découvre qu'elles se sont enfuies. Révolté, il va trouver son maître.

    « Vous n'entendez rien à Dieu, s'exclame-t-il. Je

    J’ai confié la garde des chevaux, et les animaux le sont plus là !

    - Dieu voulait prendre soin des chevaux, rétorque-le

    Maître. Mais, à ce moment, II avait besoin de vos

    Mains pour les attacher. »

     

    Saint jean de la croix nous enseigne que, sur notre chemin spirituel, nous ne devons pas chercher des visions, ni suivre les déclarations de ceux qui sont déjà passés par là. Seule notre foi doit nous soutenir, parce que la foi est limpide, transparente ; elle naît en nous et ne peut être confondue.

    Un écrivain, qui bavardait avec un prêtre, lui demanda ce qu'était l'expérience de Dieu.

    « Je l'ignore, répondit le prêtre. La seule expérience que je connaisse jusqu'à présent est celle de ma foi en Dieu. »

    C'est cela, le plus important.

    Un vieux sage chinois se promenait dans la campagne enneigée, quand il aperçut une femme en larmes.

    « Pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-il.

    - Parce que je me souviens du passé, de ma jeunesse, de la beauté que me renvoyait le miroir, des hommes que j'ai aimés. Dieu a eu la cruauté le me donner la mémoire. Il savait que je me rappellerais le printemps de ma vie et que je pleurerais. »

    Le sage contempla  la campagne enneigée,  le regard fixé sur un point déterminé. A un moment, la femme cessa de se lamenter : « Que regardez-vous là-bas ? demanda-t-elle.

    - Un champ de rosés, répondit le sage. Dieu a été généreux avec moi en me donnant la mémoire. Il savait qu'en hiver je pourrais toujours me rappeler le printemps, et sourire. »

    Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche a dit un jour « II est vain de peser sans cesse le pour et le contre ; se tromper de temps à autre fait partie de la condition humaine. »

    Le maître dit :

    « II y a des gens qui mettent leur point d'honneur à avoir raison jusque dans les moindres détails. Nous-mêmes, très souvent, nous ne nous permettons pas de commettre une erreur. Tout ce que l’on obtient par cette attitude, c'est la crainte d'aller de l'avant.

    « La peur de se tromper est la porte qui nous enferme dans le château de la médiocrité. Si nous parvenons à la vaincre, nous faisons un pas décisif vers notre liberté. »

     

    Il y a des moments où, malgré notre désir de venir en en aide à une personne en particulier, nous ne pouvons rien faire. Ou bien les circonstances ne nous permettent pas de l'approcher, ou bien la personne est fermée à tout geste de solidarité et de soutien.

    Le maître dit :

    « II nous reste l'amour. Dans les moments où tout le reste est inutile, nous pouvons encore aimer, sans attendre de récompense, de changement, de remerciements.

    « Si nous parvenons à agir ainsi, l'énergie de l'amour commence à transformer l'univers qui nous entoure. Lorsque cette énergie apparaît, elle fait toujours son travail. »

     

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