• Bobby le rayon de soleil

     

    Un rayon de soleil se croit indispensable à l’éclat du soleil. Pour lui, c’est sûr, il est le plus puissant, le plus éclatant, le plus merveilleux de tous les rayons du soleil…
    Mais ses vantardises finissent par lasser ses collègues… Bobby, vexé de leurs railleries, va alors partir… Tant pis pour eux, tant pis pour le soleil ! Il va voir ailleurs… et va apprendre beaucoup !


    Il était une fois un rayon de soleil qui s’appelait Bobby.
    Depuis qu’il était né, il était persuadé que de tous les rayons, c’était lui qui brillait le plus.
    Certes, il rayonnait avec force : tout doré, d’une lumière éclatante, il luisait de mille feux.
    -« C’est vrai que je suis le plus beau des rayons du soleil. Mon éclat est superbe. Aucun autre ne m’égale. Je suis le plus fort ! »
    Mais d’autres rayons, lassés d’écouter ses vantardises, voulurent lui rabattre un peu son caquet.
    -« Pfffft, tu dis n’importe quoi, ce n’est pas toi le plus beau des rayons du soleil. Il y en a plein d’autres qui rayonnent mieux que toi… » dit l’un.
    -« Oui, je dirais même que tu parais un peu palot à côté. » ajouta un autre.
    -« Mais tu te modères ou quoi ! Brille plus, fais un effort quand même ! » s’exclama un troisième.
    Bobby les écouta, mettant leurs railleries sur le compte de la jalousie.
    -« Bof, vous dites ça parce que vous êtes jaloux de moi. C’est tout ! Moi, je connais la qualité de mon éclat. Ça vaut largement celui de tous les rayons réunis ! »
    -« Ah ben modeste en plus de ça ! » répondit l’un.
    -« Non mais pour qui tu te prends ? Tu t’es vu, oui ? Mon pauvre vieux, tu n’as rien d’exceptionnel ! » dit un autre.
    -« Oui, je suis sûr que de la terre, personne ne voit la différence. Si tu crois que l’on te remarque, tu te trompes ! » renchérit un troisième.
    Alors là, c’en était trop ! Bobby était outré. Quelle méchanceté ! Comment pouvait-on lui dire une chose pareille à lui, le trésor du soleil.
    Puisque c’était comme ça, ils allaient bien voir tous, si le soleil brillerait autant sans lui ! Il allait partir, voilà ce qu’il allait faire !
    Et tant pis pour eux, tant pis pour le soleil, tant pis pour le monde entier ! Ils l’avaient mis en colère, et ils en supporteraient les conséquences.
    Bobby fit ses valises, et quitta donc le soleil. Il partit à la recherche d’une étoile, où il pourrait faire valoir son éclat exceptionnel.
    Il en trouva une dans le ciel et s’y installa. Il entreprit alors de briller en se disant :
    -« Grâce à moi, cette étoile toute fade va retrouver de la brillance ! »
    Plusieurs semaines plus tard, il daigna regarder à nouveau vers le soleil. Alors, que se passait-il là-bas ? Est-ce qu’une partie s’était éteinte ? Il devait briller moins, forcément.
    Il chercha à repérer une zone laissée dans l’ombre, suite à son départ… Mais il eut beau scruter précisément tout le rond du soleil, il ne vit rien…
    -« Tiens, c’est bizarre… » se dit-il, « je dois regarder du mauvais côté, sans doute le trou noir est-il caché derrière… »
    Et il retourna à ses préoccupations de brillance, sur son étoile. A ses voisins, il disait :
    -« C’est petit ce que vous faites. Que diable, mettez le paquet, défoncez-vous ! Je suis sûr que nous pouvons arriver à dépasser l’éclat du soleil ! »
    Mais les autres n’en avaient pas envie, et commençaient à se lasser d’écouter la démesure de Bobby. Un jour, ils lui répondirent en chœur :-« Bon, Bobby, tu nous répètes que tu es le champion de la brillance, que tu es le meilleur… Peut-être, est-ce vrai… Mais ce qui est sûr, c’est que ta place n’est pas ici. Nous, nous nous trouvons très bien à briller ainsi. Alors rejoins ton soleil et éclate-toi là-bas, d’accord ? »
    -« Heu, bon, puisque vous ne voulez pas progresser… »
    -« C’est cela, tu as compris, alors va-t-en maintenant ! »
    Bobby reprit ses valises et chercha ailleurs. Il habita ainsi plusieurs étoiles, et, à chaque fois, le même scénario se reproduisait. Au bout d’un moment, il se faisait renvoyer par les autres rayons qu’il fatiguait avec ses critiques incessantes et ses soucis constants de performances.
    Il fit ainsi le tour du soleil, et, Ô surprise, ne découvrit aucun trou d’ombre.
    Cela n’était pas possible. Comment faisait-il pour briller ainsi, sans lui ?
    Puis, il dut se rendre à l’évidence. Son départ n’avait changé en rien la brillance du soleil. Il était toujours étincelant, éclatant de lumière.
    Finalement, ses anciens acolytes ne se débrouillaient pas si mal. Et lui, il n’était pas aussi indispensable qu’il le pensait.
    Un beau rayon, certes, il était. Un de ceux qui mettait du cœur à l’ouvrage. Mais, pas le meilleur, ni le plus puissant. Un comme un autre, voilà ce qu’il était.
    Il retourna penaud, vers le soleil, un peu inquiet. Et si on ne voulait plus de lui maintenant. Si son ancienne arrogance lui fermait les portes du soleil.
    Il toqua le soleil et lui demanda, les yeux baissés, s’il voulait bien qu’il reprenne du service. Il s’excusa aussi de son comportement d’antan.
    -« J’ai changé, je ne suis plus le même, j’ai compris plein de choses… Est-ce que vous voulez bien encore de moi ? » demanda-t-il.
    Le soleil sourit, et l’accueillit bienveillamment.
    -« Tu es le bienvenu, Bobby ! Je suis heureux de ton retour. Tu peux rejoindre tes frères. »
    Et Bobby, le cœur en joie, reprit sa place parmi les siens. Il les félicita sincèrement de leur travail, et leur dit combien il avait pu les admirer de loin.
    Il se mit au diapason, et contribua à baigner le ciel de cette si douce lumière que donne le soleil.


    Hélas bien des personnes, ne savent pas reconnaître que parfois il faut mettre son orgueil de côté. Pour redevenir comme ce rayon de soleil à la fin il faut reconnaître ses torts

    Ce conte a été écrit par Valérie BONENFANT, il se trouve sur son site, il y en a pleins d’autres, un vrai bonheur pour les petits et les grands. Je vous conseille vivement de y passer faire un petit tour

    http://environnement.ecoles.free.fr/contes

     


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  • Le monde sans  les enfants

    Un beau matin, ou plutôt, un sale matin, oui, oui, un vraiment sale matin, quand les hommes ouvrirent l'œil, ils se rendirent compte qu'il se passait quelque chose de bizarre. Pas de bruits. Pas de rires. Pas de gazouillis. Rien du tout : les enfants avaient disparu ! Quand je dis les enfants, je veux dire tous les enfants, partout dans le monde, dans tous les pays, dans toutes les villes, dans toutes les campagnes. On eut beau chercher, bien fouiller, mobiliser les pompiers, la police, les militaires, on ne trouva pas un seul enfant. La seule chose sur laquelle on mit la main, ce fut un morceau de papier un peu froissé où une très petite écriture malhabile, pleine de fautes d'orthographe, avait noté le message suivant : « On se fée tout le tems disputer, on ne nous écoutent jamais, on ne peux pas rigolé quand on veux, on doit se coucher trop taux, on ne peut pas mangé de chocolat au lit, il faut toujours qu’on se brosse les dents : on en a assez des grands : on s'en vat. On vous lesse!» Et c'était signé : «Les zenfants. »

    Panique générale ! Parents inconsolables ! Familles en larmes !

    Les princes et les chefs de gouvernement promirent qu'ils allaient retrouver les enfants. Mais ceux-ci étaient bien cachés. Ils s'étaient tous rassemblés dans l'oasis de Kerambala, tout à fait au sud de la Madéranie, une contrée inaccessible aux grands. Là, personne ne les embêtait. Il y avait à manger et à boire à profusion. On pouvait très bien ne pas se laver, se coucher à minuit. On n'allait pas à l'école. On se laissait pousser les ongles. On jouait toute la journée. On s'empiffrait de bonbons. On faisait chaque matin des jeux olympiques de saute-mouton. Et surtout, surtout, on ne se faisait jamais disputer ! Jamais !

    Sur les chaînes de télévision, le pape implora les enfants. Le dalaï-lama leur récita un poème. Les présidents de toutes les républiques leur promirent des distributions quotidiennes de glace à la fraise et des heures obligatoires de dessins animés dans les écoles. Tous les parents supplièrent leurs petits chéris. Les radios diffusaient sans cesse les sanglots des papas et des mamans, ce qui faisait bien rire les enfants. Mais surtout, surtout, le monde était devenu d'une tristesse épouvantable. Les villes ressemblaient à de grands territoires morts. Les parcs et les jardins publics étaient frappés d'un étrange sommeil. Les maisons restaient silencieuses. Les adultes erraient comme des âmes en peine, ne se regardaient pas, ne se parlaient même plus.

    Un soir, les enfants décidèrent que la leçon avait assez duré. Ils regagnèrent leur chambre tous en même temps et le lendemain, sur toute la surface de la planète, les hommes se réveillèrent de nouveau avec les enfants.

    Fête générale ! Feux d'artifice ! Flopées de bisous !

    Les enfants furent accueillis comme des héros et traités comme des rois. On leur promit tout ce qu'ils voudraient. La Terre enfin tournait de nouveau rond. Mais le temps passe pour tout le monde, et aussi pour les enfants. Et les enfants un jour ou l'autre deviennent grands, et deviennent parents en ayant eux aussi des enfants, des enfants qu'ils aiment tant mais que tout de même ils disputent, ils punissent et qui les font râler. Car le problème, voyez-vous, c'est que quand on est grand, on oublie, on oublie presque tout, et on oublie surtout qu'on a été enfant.

    Alors un beau matin, ou plutôt un sale matin, oui, oui, un vraiment sale matin, on se réveille, «Mon Dieu ! Que se passe-t-il ? » Et on se rend compte que les enfants ont disparu, quand je dis les enfants je veux dire tous les enfants, partout dans le monde, dans tous les pays, dans toutes les campagnes, et on a beau chercher, bien rouiller, mobiliser les pompiers, la police...

    (Extrait du livre de Philippe Claudel "Le monde sans les enfants et autres histoires")

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  • Mémoires Amérindiennes

    Les étoiles

     

    Les Êtres-Sacrés étaient en train d'installer les étoiles, arrangées selon des motifs représentant les principes d'une vie longue et heureuse, en harmonie avec toutes choses. D'abord, ils installèrent l'Étoile-de-Feu (Polaire), avec Mâle-qui-Tourne (Grande Ourse) d'un coté et Femelle-qui-Tourne (Cassiopée) de l'autre. Ils placèrent d'autres étoiles, dont Première-Petite (Orion), Dilyéhé (Pléiades), Première-Grosse (tête du Scorpion) et Traces-de-Lapin (queue du Scorpion). Coyote arriva, mécontent d'avoir été laissé à l'écart de cette œuvre importante. Il lui donnèrent une étoile qu'il plaça bas sur le sud, où elle avait tout juste le temps de se lever et disparaître. Insatisfait, il attendit que les autres se reposent, puis subtilisa la peau de daim où se trouvaient les cristaux restants. Il saisit les coins de la peau et projeta le reste des étoiles vers le ciel. C'est pourquoi il y a bien quelques motifs agréables représentant les lois de bonne vie pour ceux qui sont en mesure de les comprendre, mais la plupart des étoiles sont éparpillées au hasard, juste à la manière dont Coyote les a lancées.

    TRADITION ORALE | NAVAIO

     


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  • Légende Amérindiennes

     

    Tueur-de-Monstres (le frère jumeau de Né-des-Eaux, fils de Femme-Changeante et du Soleil), fit des préparatifs pour les habitants de cette terre. Il tua tous les monstres, tout ce qui pourrait menacer les gens. Quand il crut être débarrassé de tous les monstres qui pourraient être mortels pour les gens, qui pourraient dévorer les gens, il pensa avoir accompli sa mission et rentra chez lui, sur cette petite mesa qui est le berceau de nos origines. Alors il rencontra quelqu'un et lui demanda : "Je croyais avoir tué tous les ennemis du peuple. Tu sembles bien vivant, comment as-tu réussi à m'esquiver?" Il découvrit alors que c'était la Pauvreté.

    "Non, petit-fils, il ne faut pas me tuer," dit la Pauvreté. "Si tu me tues, alors ce sera la fin de l'humanité, car vous ne connaîtriez pas le besoin, la nécessité de vous entendre, l'envie d'entreprendre pour vous et pour d'autres. Je dois exister, et cela vous aidera à développer de la compassion les uns pour les autres... Cela développera votre esprit d'avoir à rechercher, à acquérir, ces choses dont vous avez besoin et dont les autres ont besoin. Si tu me tues, vous serez comme le reste du monde animal, sans compassion pour vos compagnons ni considération pour vous-même. Toi, en tant qu'humain, dois m'épargner. Mais je ne suis pas seule. Nous sommes quatre dans cette catégorie."

    Il ne tua pas la Pauvreté, il ne tua pas le besoin. Il ne tua pas le désir. Il comprit que l'homme avait besoin de la pauvreté, pour être humble, être concerné par les besoins des autres tout autant que par ses propres besoins. Il rencontra le suivant - ainsi que le premier l'avait établi, ils étaient au nombre de quatre. Il rencontra le second individu. Le Fils-du-Soleil dit : "Je croyais avoir tué tous les monstres qui pourraient nuire à l'humanité sur cette terre, mais je constate que tu es encore vivant."

    La réponse fut qu'il ne voulait pas être tué. "J'ai un rôle capital à jouer, et dois demeurer avec vous." Il découvrit que c'était la Faim. "Parce que je dois occuper une place dans votre vie pour ennuyer votre estomac. Quand votre estomac sera vide, vous sentirez la faim et vous réfléchirez, stimulerez votre esprit pour obtenir de la nourriture. Vous deviendrez entreprenants et cesserez d'être paresseux. Vous sortirez à l'affût du gibier ou récolterez dans les champs. J'ai un rôle capital, à vivre avec ton peuple. Sans moi vous seriez oisifs et ne pourriez pas développer les qualités d'esprit, la force, dont vous avez besoin dans ce monde." Ce fut donc la seconde personne qu'il laissa ainsi repartir. La Faim ne fut pas tuée. L'Esprit-de-la-Faim ne fut pas

    détruit ; mais conservé à dessein, pour nous inciter à travailler.

    En continuant il rencontra la troisième personne. Il lui posa la même question. "Je croyais avoir tué tous les ennemis de l'humanité. Et tu es là? Comment as-tu réussi à m'échapper?" Il découvrit que c'était la Fatigue. Chaque nuit nous devons dormir. C'est indispensable afin de ne pas oublier le monde de l'esprit. Nous devons connaître le sommeil pour être en bonne santé. "Si tu me tues," dit la Fatigue, "Vous ne vous reposerez jamais. Vous devez dormir chaque nuit, pour régénérer aussi bien votre force physique que spirituelle. Sans sommeil l'homme oublierait l'esprit et ne serait conscient que du monde physique. Si tu me tues, c'en sera terminé. Vos yeux s'assécheront. Vous n'obtiendrez pas le repos nécessaire pour continuer à vivre." Alors il ne la tua point... Il laissa partir la Fatigue parce qu'il était nécessaire de la retenir pour aider l'humanité.

    Il continua et croisa la quatrième personne. Il lui dit la même chose : "le croyais avoir tué tous les ennemis de l'humanité, mais te voici. Tu es toujours en vie." Découvrant que c'était la Saleté, il voulut la tuer ; mais la Saleté a également sa raison d'être. Sans saleté, les gens ne feraient pas d'efforts pour rester propres. Lorsqu'ils se retrouvent pour se peigner mutuellement les cheveux, cela est comme un moment de détente pour eux. Lors de ces moments, ils s'entretiennent de ce qui est advenu à la communauté. Cela est utile qu'ils trouvent le temps de se rendre visite. La Saleté force les gens à faire un effort pour rester propres et sociables.

    Aussi ne fut-elle pas non plus tuée. Il laissa partir la saleté, pour accompagner l'humanité. Ces quatre-là, en tant que groupe, connurent la liberté d'opérer dans leur sphère. En considérant cette légende, on constate qu'elle a véritablement un rôle à jouer, face à chaque type de problème - comment subvenir aux besoins de quelqu'un, en quels termes penser aux autres, comment se vêtir, que manger, est-il nécessaire de se nettoyer ? Selon moi ce sont ces choses qui apportent une aide véritable aux humains, nous forcent à penser, à agir. Je crois qu'il fut bon de les avoir épargnés, car dans le cas contraire nos efforts pour résoudre les besoins de la race humaine se seraient asséchés.

    TRADITION ORALE (DAVID KINDLE) | NAVAJO

     


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    CONTES DU QUEBEC

    (Jean Muzi)

    L’œuf d’ânesse

     

    Les sots ne sont pas plus nombreux au Québec qu'ailleurs. La sottise des deux héros de ce conte est telle qu'ils en deviennent grotesques. Et c'est leur outrance qui amuse les enfants et fait sourire les adultes.

     

    Un vieux couple de paysans n'avait pour toute fortune qu'une ânesse qui commençait vieillir. Le mari la confiait régulièrement à un voisin qui possédait un âne, mais jamais celle-ci ne faisait le moindre ânon.

     

    Un jour, vint à passer un marchand de citrouilles. La femme n'en avait jamais vu

    — Que rendez-vous là ? demanda-t-elle au marchand.

    — Des œufs d'ânesse.

    - Des œufs d'ânesse ? Mais ça n'existe pas !

    — Détrompez-vous, dit le marchand. La femme appela son mari.

    — Puisque notre ânesse ne fait plus d'ânons lui dit-elle, nous allons profiter du passage de ce marchand pour acheter un œuf d'ânesse

    — Que racontes-tu donc? Tu sais bien que les œufs d'ânesse n'existent pas, répliqua le mari

    — Mais si, mais si, ce sont bien des œufs d'ânesse que je vends, confirma le marchand il suffit de les couver en montant dessus comme le font les poules ou les canes. Votre femme peut s'en charger et vous aussi d'ailleurs.

    — Combien les vendez-vous ?

    — Pas très cher: une piastre* l'œuf.

    — Nous allons en prendre un, dit le mari.  Le marchand encaissa l'argent et leur donna une grosse citrouille. Le mari fît un nid dans la cuisine. Il y déposa la citrouille et la femme se mit à couver. Quand elle était fatiguée, il la remplaçait. Au bout de huit semaines, elle commença à s'impatienter.

    —Maudit œuf qui refuse d'éclore, dit-elle en saisissant la citrouille qu'elle alla jeter dans la coulée* se trouvant près de leur maison.

    La citrouille dévala la pente, roula en prenant de la vitesse et heurta une grosse pierre. Elle éclata en plusieurs morceaux. Ils atterrirent près d'un lièvre qui sortait de son terrier. Celui-ci les évita de justesse et prit la fuite en poussant un glapissement de terreur. La femme crut que l'œuf venait d'éclore et qu'un lièvre en était sorti. —Viens ici, lui cria-t-elle, je suis ta mère ! Le lièvre prit la fuite et la femme rentra chez elle. Elle raconta à son mari ce qui s'était passé

    —«-Si tu avais couvé un peu plus longtemps, lui reprocha ce dernier, on aurait peut-être obtenu un ânon.

     

     

     


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  • Contes des sages du Ghetto

    De Den Zimet

    A quoi servent les boussoles

     

    A Knelm, un jour, l’un des disciples dAza’a Scmemil trouva une boussole dans la rue. Il apporta l'objet mystérieux à son Maître, qui  l'examina soigneusement avant de soudain fondre en larmes. Quelques instants plus tard, il se mettait à rire aux éclats. On aurait pu douter de sa santé mentale! Finalement, Aza’a Scmemil se calma, et il expliqua ainsi son état à son disciple : - J ai d abord pleuré, dit-il, parce que j'étais vraiment triste de ton ignorance. Que tu ne saches pas à quoi sert cet instrument. Puis j'ai éclaté de rire quand je me suis aperçu que moi non plus, je ne le savais pas.

     

     

     


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  • Le roi et le Saint

     

    Sire, annonça le serviteur à son Roi, Narottam, le saint, n'a jamais daigné entrer dans ton temple royal. 

    Il chante les louanges de Dieu sous les arbres de la grande route. Et le temple est vide d'adorateurs. 

    Ils se pressent autour de lui comme les abeilles autour du blanc lotus, et négligent la jatte d'or pleine de miel.» 

    Le Roi, vexé dans son cœur, s'en vint là où se trouvait Narottam assis sur l'herbe. Il lui demanda : «Père, pourquoi abandonner mon temple au dôme d'or, et t'asseoir dehors dans la poussière pour prêcher l'amour de Dieu ?» 

    «Parce que Dieu n'est point là, dans ton temple», dit Narottam. 

    Le Roi fronçant le sourcil répondit : «Sais-tu que vingt millions d'or furent dépensés pour créer cette merveille de l'art, et qu'elle fut consacrée à Dieu avec des rites coûteux ?» 

    «Oui, je le sais, répondit Narottam ; ce fut l'année où des milliers de tes sujets, ayant eu leurs maisons brûlées, demandaient en vain du secours à ta porte. Et Dieu songea : "Cette misérable créature qui ne peut donner un abri à ses frères me construirait une demeure !" 

    Et il prit place avec les sans-foyer, sous les arbres de la grande route. 

    Et cette bulle de savon dorée est vide de tout, sauf d'un encens fumant d'orgueil.» 

    Le Roi s'écria dans sa colère : «Quitte mon pays !». Calmement le saint répliqua : «Oui, bannis-moi, là où tu as déjà banni ton Dieu. » 

     

    (Rabindranath Tagore,) 


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  • La Petite Fille

     

    Une petite fille marchait tous les jours pour aller et revenir de l'école.

    Bien que ce matin là, la température posait question et des nuages se formaient, elle se rendit à pied à son école élémentaire.

    Durant l'après-midi, les vents s'élevèrent et les éclairs apparurent.

    La Maman de la petite craignait que sa fillette ne prenne peur en revenant à la maison et que la tempête électrique puisse lui faire du tort.

    Inquiète, la Maman, s'empressa de prendre la route, en voiture, vers l'école.

    En route, elle vit apparaître sa petite, qui, à chaque éclair, s'arrêtait, regardait en haut et souriait.

    Quelques éclairs se succédèrent rapidement et, chaque fois, l'enfant regardait vers l'éclair et souriait.

    Sa mère parvint à ses côtés, baissa sa fenêtre et lui demanda : Mais, que fais-tu là ?

    L'enfant de répondre

    J'essaie d'être belle, car Dieu n'arrête pas de prendre ma photo

     

     

    (Inconnu) 

     

    http://touteamequis-eleveelevelemonde.hautetfort.com/felix-leclerc

     

     


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  • Papa, raconte-moi le monde 

     

    Dis papa c’est quoi le monde ? 

    Le monde est une ronde de peaux et de parfums,

    D’écorce et de sourires,

    De jours et de sommeil.

     

    Dis papa c’est quoi le mal ? 

    C’est la bêtise des hommes qui parfois vont se perdre dans les sentiers de pierre.

    Et prennent des cailloux pour les lancer en l’air.

     

    Dis papa c’est quoi le ciel ? 

    Un espace sans ligne ni partage,

    Une grande rêverie une nuit pleine de jours

    Qui n’a ni fin ni soif.

     

    Dis papa c’est quoi la vie ? 

    Une belle aventure, un jeu de mains sans les vilains,

    Une chimère qui pousse et resplendit,

    Un oranger aux racines profondes,

    Un voyage immobile qui nous charme et nous change.

     

    Dis papa c’est quoi les fleurs ? 

    De jeunes fées qui ne peuvent marcher

    Des pensées bien trop douces sorties des beaux esprits,

    Des sourires colorés de tous ceux que l’on aime.

     

    Dis papa c’est quoi la mort ? 

    Une erreur, une maison dans laquelle on s’endort

    Un songe, un grand oubli

    Un vieux malentendu,

    Un chien très fatigué qui oublie sa douleur en se couchant heureux

    Près d’un feu un beau soir.

     

    Dis papa c’est quoi les hommes ? 

    Ce sont des princes, des mendiants et des fous,

    Des artistes et des gueux,

    Des loups et des agneaux,

    De très petites choses fragiles et admirables qu’un rien

    Suffit à vaincre.

    Des montagnes éternelles où naissent les ruisseaux.

     

    (Philippe Claudel, extrait de « Le monde sans les enfants ;) 

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  • Le petit voisin 

     

    Bonjour ! 

    Mon nom c'est Wahid, et j'ai ton âge. 

    J'habite pas très loin de chez toi, dans une grande ville qui s'appelle Bagdad. Tu penses peut-être que je me moque de toi quand je te dis que ce n'est pas trop loin de chez toi? Eh bien, prends une carte du monde, regarde où se trouve Bagdad, tu verras que ce n'est pas très loin. En plus, tu sais bien qu'aujourd'hui, grâce aux avions qui vont très vite, rien n'est vraiment loin de rien. On pourrait presque dire que je suis ton petit voisin. 

    Bagdad, c'est une très ancienne ville, qui existe depuis des milliers d'années. Son nom signifie «Celle qui fut donnée par Dieu». Je ne sais pas si tu crois en Dieu, mais moi, je n'y crois plus beaucoup parce que, lorsque je regarde ma vie et ma ville, je me dis que Dieu, soit il doit être endormi pour toujours, soit il doit être tellement vieux, tellement sourd et tellement aveugle qu'il ne se rend même plus compte de ce qui se passe chez les hommes qu'il a créés. 

    Parce que tu sais, chez moi, c'est-à-dire juste à côté de chez toi, oui, là, sur l'autre palier, eh bien c'est la guerre. Oui, oui, la guerre. La guerre comme dans les films, comme à la télévision, sauf que chez moi, à Bagdad, c'est en vrai, ce n'est pas un film. Il y a du bruit, de la fumée et des morts, et pas des morts qui se relèvent après avoir joué aux morts. Non, des vrais morts qui restent morts tout le temps et pour toujours. 

    Chaque matin, lorsque je vais à l'école, enfin dans ce qui reste de mon école car les murs et le toit sont percés comme une passoire, je dois faire très attention, c'est ce que me dit ma mère. Je pense que la tienne te dit la même chose, c'est normal, les mères, elles sont toujours inquiètes pour leurs enfants. 

    Je suppose que, quand tu traverses la route, tu dois faire attention aux voitures qui passent. Moi, c'est comme toi, mais je dois aussi faire attention aux voitures qui ne roulent pas. Celles qui sont arrêtées, immobiles, avec personne dedans, parce que de celles-là, il y en a tous les jours qui explosent, sans prévenir. Le problème, c'est qu'on ne sait pas distinguer celles qui vont exploser de celles qui sont inoffensives, qui sont de vraies voitures quoi ! 

    Quand une voiture explose, c'est que des gens ont mis des bombes dedans, exprès pour tuer d'autres gens, et ça marche parce qu'à chaque explosion, il y a au moins vingt ou trente morts et du sang partout, et des hommes, des femmes et des enfants, blessés, qui hurlent et qui pleurent. Chaque jour, dans ma ville, deux ou trois voitures explosent. Si tu sais déjà faire les multiplications comme moi, tu feras le compte, ça fait beaucoup de morts en un mois. 

    Sur le chemin de l'école, il faut faire attention aux gens qui ont des fusils, car ils peuvent tirer avec, te tirer dessus, et puis là aussi tu es mort. Le problème, c’est qu'il y en a plein des gens avec des fusils : il y les militaires de mon pays, et puis des militaires d'autres pays qui sont venus dans mon pays pour faire la paix en faisant la guerre. Oui, je sais, ça parait bizarre expliqué comme ça, mais moi je te répète ce qu'ils nous disent. Je n'ai pas compris plus que toi. Et puis il y a des gens qui ne sont pas militaires mais qui ont des fusils quand même, pour se défendre, mais ne sais pas contre qui. 

    Quand tu vois les militaires ou les autres, il faut faire attention à ne pas courir, car si tu cours, ils croient parfois que tu es un ennemi et ils te tirent dessus. C'est comme ça que mon copain Kamel, il a perdu sa jambe : il était en retard à l'école, il a couru, couru pour que le maître ne le gronde pas trop, des soldats l'ont vu courir et ont cru qu'il s'enfuyait après avoir fait quelque chose de mal, alors ils ont tiré. Kamel a été blessé à la jambe. La gauche. Il a fallu la lui couper 

    Moi je l'aime bien Kamel, on rigole bien, on est amis pour la vie. C'est embêtant sa jambe, parce qu'on ne peut plus jouer au foot et on  ne  pourra  plus   être champions  du  monde comme on se  l'était promis. Mais bon, c'est pas si grave que ça, maintenant, Kamel et moi, on joue aux cartes. Plus tard, on sera champions du monde de cartes, personne ne pourra nous en empêcher, aucun soldat, aucune voiture ! Même si on perd toutes nos jambes ! 

    Tu sais, malgré tout ce qui s'y passe, je l'aime ma ville. J'y suis né, et puis j'y ai plein de souvenirs. Avant tout ça, quand j'étais très petit, ma mère m'emmenait le soir promener le long de la grande rivière. Plein de gens se retrouvaient là : on pouvait manger des gâteaux, écouter les histoires racontées par les vieillards, entendre des chansons, voir des acrobates et des serpents qui dansaient au son des flûtes. La rivière s'appelle le Tigre. Oui, oui, je ne te mens pas, le Tigre. Tu connais un plus joli nom de rivière, toi? Moi pas. Le Tigre, il ne feule pas mais il peut être féroce, plein d'eaux violentes, et très petit aussi, plaintif comme un enfant, ça dépend des saisons. En ce moment, il est toujours très gros. Ma mère elle dit que c'est les larmes de tout mon peuple qui le remplissent et qui le font déborder. Je vais te laisser parce que mes sœurs dans la chambre n'arrêtent pas de se chamailler. Elles font beaucoup de bruit. Je les aime bien, mais c'est fatigant d'habiter à six dans la même pièce : il y a ma mère, mes sœurs et grand-mère Rhadija, qui n'a plus toute sa tête et qui sourit tout le temps. Et puis moi bien sûr. La nuit, on se serre tous les uns contre les autres. C'est agréable. On a chaud, et on a moins peur comme ça. 

    Quand le sommeil me prend, je pense à mon père. J'essaie de retrouver son visage. Je ne m'en souviens plus très bien car il est parti quand j'étais tout petit, au début d'une autre guerre. Ma mère me dit qu'il reviendra un jour, mais qu'il dort au loin, dans le sable du désert, très loin, et qu'il attend qu'on pense tous très fort à lui pour se réveiller et pour revenir vers nous. 

    C'est peut-être un conte que me dit ma mère, mais tu sais, ma ville, c'est la ville des contes, la ville des Mille et Une Nuits, la ville de Shéhérazade et du calife Haroun al-Rachid ! Oui, oui, celle-là, celle-là même et pas une autre. Jadis, lorsqu'on l'a bâtie il y a des milliers d'années, on lui a donné le plus beau surnom qui soit : Madinat  

    al-Salam, ce qui veut dire La cité de la paix. C'est dommage que personne ne s'en souvienne plus aujourd'hui, tu ne crois pas ? Mais tu pourras peut-être le dire toi, à tout le monde autour de toi, aux petits comme nous et surtout aux grands, hein, tu le leur diras toi mon petit voisin ? 

    S'il te plaît, s'il te plaît... 

    Je t'embrasse bien fort. 

    Pense à moi comme je pense à toi, car c'est en pensant aux autres qu'on les fait exister, et ça, les guerres n'y peuvent rien changer. 

    Wahid 

    (Philippe Claudel extrait de son livre «  Le monde sans les enfants.) 

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